Créer son propre emploi grâce au microcrédit

    mardi 1 septembre 2015

    La 6e Semaine du microcrédit de l’Adie, lancée hier, durera jusqu’au 4 septembre. Au fenua, plus de 1 700 entreprises et 2 500 porteurs de projet ont été financés. L’Adie espère pouvoir aider de nouveaux entrepreneurs.

    Teamo et Marie-Laure sont déjà associés, mais n’ont pas encore d’entreprise. Hier, profitant du lancement de la 6e Semaine du microcrédit, ils ont frappé à la porte de l’Adie ( l’Association pour le droit à l’initiative économique), située à Papeete derrière le cinéma Liberty.
    “On voudrait créer une entreprise d’apiculture aux Tuamotu, racontent-ils. On est venu ici pour se renseigner.”
    Deux conseillères les ont accueillis. “On ne savait pas trop comment faire. Elles nous ont orientés vers les bons services, indiqués un établissement de budget prévisionnel afin de monter un business plan… Si notre projet est viable, je pense qu’on reviendra vers l’Adie pour obtenir un crédit.” Reconnue d’utilité publique, cette association qui existe depuis vingt-cinq ans en métropole, a ouvert au fenua en 2010. Subventionnée par des acteurs publics comme le haut-commissariat, le Pays ou la mairie de Papeete, elle regroupe aujourd’hui dix salariés à Tahiti, Moorea, Tupua’i, Raiatea et Hao, renforcés par 15 bénévoles qui mettent leurs compétences spécifiques en droit, comptabilité ou gestion par exemple, au profit des demandeurs.
    L’objectif ? “La création de son propre emploi par la création d’entreprise, explique Yoann Capmas, délégué territorial de l’Adie à Tahiti-Moorea. On est là pour aider, appuyer les porteurs de projets qui n’ont pas accès aux crédits bancaires, à créer ou développer leur activité.”
    Après un bilan complet sur le parcours, l’expérience, le projet et le budget du demandeur, deux outils peuvent lui être proposés : le microcrédit, allant de 12 000 à 1,2 million de francs sur une durée qui dépasse rarement trois ans, et l’accompagnement dans les démarches administratives, la gestion d’entreprise, la finance, etc.
    L’Adie emprunte elle-même à la Socredo et la Banque de Polynésie avec la garantie de l’Agence française de développement.
    Près de150 millions de francs ont ainsi été injectés dans l’économie du fenua au premier semestre 2015, pour 376 personnes financées. “80 % des personnes que nous aidons se lancent dans les secteurs traditionnels de la pêche, de l’agriculture et de l’artisanat, et 80 % sont bénéficiaires du régime de solidarité (RSPF)”, précise Yoann Capmas.
    “On s’adresse surtout aux populations précaires, qui n’ont pas fait beaucoup d’études et qui ne se sentent pas forcément à l’aise dans les bureaux. C’est, souvent, des personnes en situation d’échec sur le marché de l’emploi et qui se sont repliées sur leurs savoir-faire, transmis par leurs parents notamment. Elles vont repartir sur des choses qui demandent moins de capital culturel ou financier, comme la couture, la pêche… On est là pour leur simplifier la tâche, faire le médiateur avec les différentes structures, leur remettre le pied à l’étrier.”

    “L’Adie était ma dernière chance”

    “L’Adie était ma dernière chance, reconnaît Jacques Leou, dessinateur, calligraphe et sérigraphe. En tant qu’artiste, j’ai beaucoup vécu d’amour et d’eau fraîche. J’avais des projets, mais j’étais en délicatesse financière et ils ne correspondaient pas aux moyens dont je disposais… Il fallait que je trouve un projet viable.”
    L’idée lui a été soufflée vingt fois par jour au marché de Papeete, raconte-t-il : “ Je vendais de la calligraphie pour vivoter. Tout le monde me demandait : ‘Ce sont des tatouages ?’ J’ai fini par céder à la pression !” Il y a quelques mois, Jacques Leou a donc bénéficié d’un microcrédit de 300 000 F, à rembourser en environ 30 échéances mensuelles.
    L’un de ses proches s’est porté garant à hauteur de la moitié de son emprunt, l’Adie prenant un risque sur la seconde partie du crédit. “Ça m’a permis d’acheter tout le matériel nécessaire pour les tatouages temporaires : l’encre, l’adhésif, le support papier, le film de protection, etc. La marchandise de Chine a mis un certain temps à arriver, puis j’ai fait des tests qui ne se sont pas déroulés comme prévu, donc j’ai dû m’adapter, détaille le calligraphe. Mais maintenant je suis prêt ! Je vais rentrer en phase de création et commencer la commercialisation de mes tatouages à la Foire-exposition DB Tahiti du mois d’octobre.”
    Grâce au microcrédit de l’Adie, Jacques Leou a pu acheter du matériel pour un chiffre d’affaires potentiel estimé entre 2 et 3 millions de francs.
    “Nous, à partir du moment où le porteur de projet arrive à se dégager un salaire, on est heureux, sourit Yoann Capmas. Souvent, on fonctionne progressivement, en commençant par un petit prêt qu’on augmente au fur et à mesure.”
    Grâce à l’accompagnement et au suivi des entrepreneurs, l’Adie aurait “moins de casse” que les banques et séduirait de plus en plus de Polynésiens chaque année, peut-être à cause de la crise économique, mais aussi grâce à sa notoriété croissante.
    Au fenua, plus de 1 700 entreprises et 2 500 porteurs de projet ont déjà été financés.
    Jusqu’à vendredi, pendant toute la Semaine du microcrédit, l’Adie espère en dénicher de nouveaux, qui seront accueillis sans rendez-vous de Papeete à Moorea, en passant par Taravao et Raiatea.

    Marie Guitton

    6e Semaine du microcrédit

    Du 31 août au 4 septembre 2015
    Programme disponible sur Facebook : Adie Polynesie
    Tél. : 40.53.44.23.

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