Crise monétaire en Russie : quelle cause et quel impact pour les Russes et pour Poutine ?

    mardi 16 décembre 2014

    Envolée des prix, entreprises à la peine pour payer leurs dettes : en entrant de plein pied dans la crise monétaire, la Russie se prépare à une longue et douloureuse récession, causée par les sanctions occidentales et par la chute des cours du pétrole, que les autorités semblent impuissantes à combattre.

    Pourquoi un tel effondrement du rouble ?

    Déjà sur la pente descendante, le rouble a d’abord piqué du nez avec la crise ukrainienne. Les sanctions occidentales de plus en plus sévères introduites contre Moscou à partir de l’annexion de la Crimée en mars ont rendu de plus en plus compliqué pour les sociétés russes la possibilité de se financer sur les marchés internationaux. Surtout, les capitaux ont fui en masse, un phénomène évalué par les autorités russes à plus de 120 milliards de dollars.
    Le coup de grâce est venu du marché pétrolier, qui a toujours exercé une forte influence sur les marchés russes. L’or noir représente avec le gaz la moitié des revenus budgétaires russes, des flux réguliers de devises, et pèse lourd dans le produit intérieur brut du pays.
    Au fur et à mesure que la situation économique se dégradait et que le rouble chutait, l’idée d’une dépréciation inexorable s’est installée, la confiance dans le rouble s’est érodée et aussi bien le marché que les ménages ont vendu leurs roubles, aggravant la spirale.
    L’échec des mesures successives prises par la banque centrale a fini par convaincre le marché qu’elle était impuissante. Sa hausse de taux radicale mardi n’a pas changé cette opinion, arrivée en outre trop tard pour bien des ménages, qui se sont rués vers les bureaux de changes. 
    Pour Mikhaïl Kouzmine, analyste de la société financière Investcafe, la chute du rouble révèle ainsi « un manque total de confiance envers la mise en œuvre de réformes et les actions des autorités ».
    Dans ce contexte, nombre d’experts mettent aussi en avant l’absence de réelle réaction du gouvernement, pour une crise aux origines en grande partie politiques.
    « Le plus important, c’est la perte de confiance envers la politique du pouvoir », estime l’ancien ministre de l’Économie Andreï Netchaïev.

    Quelles conséquences pour la population ?

    Conséquence directe de l’effondrement de la monnaie, l’inflation s’envole et approche déjà 10% sur un an. La banque centrale prévoit un pic à 11,5% en début d’année prochaine. Et selon une étude du site d’annonces superjob.ru, seul un quart des entreprises prévoit des hausses de salaire.
    Pour les produits importés, l’inflation est mécaniquement bien plus élevée : Samsung et Apple ont déjà annoncé des augmentations de leurs téléphones. Mais le renchérissement gagne progressivement tous les secteurs, comme Ikea qui a augmenté les prix de ses meubles pourtant fabriqués localement à 60%.
    Les taux d’intérêt des crédits devraient pour leur part dépasser les 20%, un niveau difficile à tenir pour des ménages dont le pouvoir d’achat baisse déjà comme pour les entreprises coupées des marchés financiers à cause des sanctions.
    De nombreuses sociétés voient leurs traites en devises flamber et risquent l’étranglement. Les économistes de la banque américaine Wells Fargo ont évalué à 500 milliards de dollars les dettes totales en devises accumulées par les sociétés russes.
    Mais contrairement à 1998, le risque de défaut de paiement de l’État semble très faible : si la spirale du rouble rappelle cette douloureuse période, le pays est bien mieux préparé. Sa dette extérieure ne représente qu’environ 10% de son PIB et la rente pétrolière lui a permis de constituer des réserves de devises qui ont diminué de 20% en moins d’un an et demi mais dépassent toujours 400 milliards de dollars.
    Le durcissement monétaire de la banque centrale va « limiter les ressources financières de l’économie réelle, ce n’est pas pour rien qu’elle ne voulait pas augmenter son taux » jusqu’alors, note Andreï Iakovlev, de la Haute Ecole d’Économie de Moscou. « Cela va provoquer une récession notable ».

    Vladimir Poutine fragilisé?

    La banque centrale n’étant pas parvenue à calmer la tempête, tous les regards se tournent vers Vladimir Poutine, qui s’exprime jeudi lors de sa grande conférence de presse annuelle.
    L’homme fort du Kremlin, silencieux cette semaine, traverse sans doute la crise la plus violente depuis son arrivée au pouvoir il y a 15 ans. Paradoxalement, sa cote de popularité, à plus de 80% n’a jamais été aussi élevée, dopée par l’annexion de la Crimée et sa fermeté face aux Occidentaux dans la crise occidentale.
    Pour le politologue Constantin Kalatchev, « une chute de la popularité de Poutine est inévitable en 2015 », d’autant que le cœur de son électorat est composé de femmes d’âge moyen et âgées sensibles aux étiquettes dans les supermarchés.
    De son côté, Nikolaï Petrov, de la Haute Économie de Moscou, relève que le président pourrait faire porter le chapeau à d’autres : « Il doit dire quelque chose et il est possible que l’on assiste à des punitions pour l’exemple » avec le limogeage de ministres.

    AFP

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