Sa culture de paka indoor indirectement financée par l’Adie

    mardi 17 janvier 2017

    justice tribunal

    C’est une dénonciation anonyme faite aux douanes qui a permis de démanteler une production et un trafic de paka de grande ampleur, à Paea. (© Florent Collet)

     

    L’association pour le droit à l’initiative économique (Adie) accorde des microcrédits pour lancer son entreprise individuelle. Après avoir pris sa patente de revendeur de voiture, P.-L.P. avait obtenu 800 000 F de l’Adie pour acheter un véhicule d’occasion. Une fois la plus-value dégagée, c’est dans un tout un autre type d’entreprise que l’homme de 34 ans s’est lancé, dans sa maison de Paea : la culture de pakalolo en intérieur.

    Un moyen de ne pas se faire remarquer du voisinage en obtenant une productivité plus importante. “Quatre mois, de la graine au stick”, a-t-il expliqué, mais qui a nécessité près d’un million d’investissement.

    Les trois chambres de la maison avaient ainsi été mobilisées. La première servait à récupérer les plants au début de la floraison.
    Avec une climatisation et un extracteur d’air munis de filtres pour empêcher les odeurs de paka de s’échapper, des lumières halogènes et des murs réfléchissants, la première chambre recevait les plants semés en extérieur.

    La deuxième, “service emballage et expédition”, a ironisé le juge hier et la troisième en devenir devait servir au séchage. Elle n’aura finalement servi qu’à héberger sa femme et ses trois enfants quand il faisait chaud.

    L’histoire de ce commerce florissant, qui aurait rapporté plus de 6,5 millions de francs en un an et demi, a pris fin le 12 janvier. Les douanes ont effet reçu un renseignement anonyme sur ce trafic et, après enquête puis surveillance, sont intervenues au domicile pour mettre la main sur 9,4 kilos de cannabis sous diverses formes.

    Pour écouler sa marchandise, P.-L.P. pouvait compter sur S.T., jardinier dans un hôtel, qui recevait six sticks lorsqu’il en vendait 20, ce qu’il parvenait à faire trois fois par semaine.

    À leurs côtés, l’épouse de P.-L.P. était également à la barre, hier, pour non-justification de ressources, la justice ayant estimé qu’elle avait profité de cet argent.

    “On ne pouvait plus sortir à cause de cela. On était prisonnier”, s’est-elle défendue, hier, expliquant avoir voulu chercher du travail et ne plus laisser son mari se consacrer à “cette passion. Ce n’était plus pour l’argent.”

    Comme son complice vendeur, P.-L.P. est un fumeur invétéré depuis de nombreuses années, “dépendant”, a-t-il expliqué pendant sa garde à vue. “Mais ne vous sentez-vous pas bien depuis trois jours où vous êtes à la gendarmerie et à Nuutania ?” l’a interrogé le juge. “Ah si, ça va, je veux tout arrêter”, lui a répondu P.-L.P.

    “C’est un trafic organisé de manière industrielle”, a estimé le procureur de la République qui a notamment demandé 24 mois de prison dont 12 avec sursis et un million d’amende douanière pour P.-L.P., et 18 mois de prison dont 12 avec sursis pour S.T.

    “Ce ne sont pas les seuls. Ils sont des centaines à le faire pour remplir la marmite”, a défendu l’avocate des trois prévenus, avant de rappeler que ses clients n’avaient jamais eu maille à partir avec la justice. “Je peux m’occuper de mes enfants, mais mon mari est le seul à pouvoir nous nourrir”, a imploré l’épouse, en larmes  à l’attention du juge.

    C’est aussi les yeux embués que S.T. a expliqué sa situation. “Je suis la seule personne qui travaille et nourrit les 10 personnes de ma famille.”
    P.-L.P. a finalement été condamné à 18 mois de prison dont 15 avec sursis et une amende de 200 000 F. S.T. a écopé de 12 mois de prison avec sursis et 80 000 F d’amende et l’épouse de six mois avec sursis.

     

    F.C.

     

     

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