Culture – Décorée de la médaille de chevalier de l’ordre national du Mérite demain

    mercredi 20 juillet 2016

    Pour Tumata Robinson, la danse, c’est toute sa vie. (Photo : Élénore Pelletier)

    Pour Tumata Robinson, la danse, c’est toute sa vie. (Photo : Élénore Pelletier)


    Tumata Robinson, le ‘ori Tahiti depuis 55 ans

     

    Demain soir, Tumata Robinson se verra remettre, par Maiana Bambridge, la médaille de chevalier de l’ordre national du Mérite. Une récompense effectivement méritée pour cette grande dame qui a consacré sa vie à la danse et au rayonnement du ‘ori Tahiti à travers le monde.

    Chef du groupe Tahiti Ora, professeur émérite de danse tahitienne, créatrice de costumes et de bijoux, cofondatrice du concours ‘Ori Tahiti Nui, Tumata Robinson est sur tous les fronts. Retour sur le parcours d’une artiste passionnée.

     

     

    Née en 1954 d’un père américain, le navigateur William Robinson, et d’une mère sino- tahitienne, Philomène, Tumata Robinson suit des cours de danse dès l’âge de 7 ans, avec la célèbre danseuse et chef de groupe Paulina.

    “À l’époque, il n’y avait pas d’écoles de danse. Il y avait des groupes de danse et parfois les chefs de groupe donnaient des cours de ‘ori Tahiti aux enfants. Mon père connaissait bien le compagnon de Paulina, qui était américain, comme lui. C’est comme ça que,mes sœurs et moi, nous nous sommes retrouvées à suivre des cours avec cette grande dame, chez elle”, se souvient Tumata Robinson.

    C’est à l’âge de 12 ans qu’elle participera à son premier Heiva, au côté de Paulina. À 18 ans, elle fonde son premier groupe de danse.

    “Le Tahara’a m’a demandé de former un groupe et de danser chez lui. C’est comme ça que tout a commencé. Je n’ai pas fait de grandes études et je n’étais pas du genre à me mettre dans la comptabilité ou à devenir infirmière. La seule chose que je savais faire, c’était danser. Ce qui est dommage, c’est que c’est le seul métier à Tahiti qui ne rapporte pas un rond, sauf si on ouvre son école de danse”, s’amuse-t-elle à raconter.

    En 1998, Tumata Robinson s’associe au directeur artistique Teiki Villant et au chorégraphe Lorenzo Schmidt. Ensemble, ils fondent les Grands ballets de Tahiti.

    “L’idée, c’était de créer un groupe de danse tahitienne avec une impulsion plus moderne. Nous voulions présenter une autre façon de danser le ‘ori Tahiti”, explique-t-elle.
    Les spectacles des Grands Ballets de Tahiti voyagent à travers le monde et connaissent un vif succès auprès du public international.

    Après neuf ans de collaboration, les fondateurs du groupe se séparent.

     

    “Je vais continuer encore cinq à six ans”

     

    “À ce moment-là, je ne pensais pas continuer la danse, mais un certain nombre de filles et de garçons qui étaient dans les Grands Ballets de Tahiti, et qui voulaient continuer à danser, m’ont sollicité pour que je monte un groupe”, explique-t-elle.

    C’est comme ça que Tahiti Ora est né en mars 2008. Constitué de 15 artistes à l’origine, le groupe en compte aujourd’hui une quarantaine. En 2011, le groupe s’impose au Heiva i Tahiti avec son spectacle sur la légende de Marukoa et remporte le premier prix en catégorie professionnelle.

    Puis, en 2014, rebelote. Tahiti Ora est à nouveau le grand gagnant du Heiva en catégorie hura tau avec son spectacle “Pifao, la malédiction”. Mais l’aventure du Heiva, pour Tumata Robinson, s’arrêtera là.

    “Je ne suis plus du tout dans l’état d’esprit de repartir sur un Heiva. C’est très difficile de travailler avec deux tiers de la troupe que l’on ne connaît pas. Les costumes, les répétitions, faire le gendarme dans le parking, c’est beaucoup d’énergie, c’est éreintant. Je suis admirative de voir tous ces groupes qui participent au Heiva, chaque année. Cela représente un tel travail. Tout ça pour passer un seul soir sur scène. Tout le monde te voit, t’applaudit et après, c’est fini. À croire qu’on est un peu maso”, déclare-t-elle.

    Si, pour le moment, participer au Heiva n’est pas sa priorité, Tumata Robinson reste bien occupée. Entre son école de danse qui compte aujourd’hui une centaine d’élèves, les tournées du groupe au Japon et en métropole et les shows hebdomadaires de Tahiti Ora à l’hôtel du Méridien, elle n’a pas le temps de s’ennuyer.

    Depuis cinq ans, elle a également créé, avec la chef de groupe Manouche Lehartel, le grand concours de ‘Ori Tahiti Nui, un événement qui rassemble, chaque année, de plus en plus de danseurs du monde entier. Lors de la dernière édition, ils étaient d’ailleurs 70 à prétendre au titre de meilleur danseur.

    Si la danse, c’est toute sa vie, Tumata Robinson, qui a dépassé la soixantaine, a conscience qu’il lui faudra un jour s’arrêter.

    “Je vais continuer encore cinq à six ans, et en profiter pour faire de belles créations avec ma troupe. Mais il faut savoir s’arrêter avant d’entendre dire : ‘Elle aurait dû s’arrêter’. J’espère que je trouverai quelqu’un qui aura assez d’énergie et assez de courage pour continuer à diriger le groupe, car ce n’est pas une mince affaire. Il faut être dévoué, ne pas compter ses heures, travailler jour et nuit, et même le week-end. C’est beaucoup de sacrifice”, conclut-elle.

     

    É.P.

     

     

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