Habillage fond de site

Daniel Nagy, un des concepteurs de l’ether la troisième crypto-monnaie mondiale, est à Tahiti

vendredi 5 janvier 2018

Le Dr Daniel Nagy, l’un des concepteurs de la fondation Ethereum, défend l'idée que la sécurité et la transparence financières seraient mieux garanties par des bases de données infalsifiables et des programmes informatiques aux règles strictes que par des êtres humains. (© Caroline Perdrix)

Le Dr Daniel Nagy, l’un des concepteurs de la fondation Ethereum, défend l’idée que la sécurité et la transparence financières seraient mieux garanties par des bases de données infalsifiables et des programmes informatiques aux règles strictes que par des êtres humains. (© Caroline Perdrix)


Daniel Nagy est docteur en mathématiques et l’un des concepteurs de la fondation Ethereum de Vitalik Buterin, l’inventeur de l’ether, la crypto-monnaie de deuxième génération. La technologie blockchain sur laquelle est basée l’ether permet non seulement de créer et échanger de la crypto-monnaie, mais également de concevoir des “smart contracts”. Invité à Tahiti par les promoteurs de l’île flottante qui souhaitent lever les fonds dont ils auront besoin en crypto-monnaie, Daniel Nagy a donné la semaine dernière une présentation à une trentaine de personnes qui s’intéressent à cette nouvelle technologie appliquée.

L’origine du bitcoin se trouverait dans l’archipel de Yap, en Micronésie ?

Les gens de Yap utilisent comme monnaie de grands cercles de pierre percés de différentes tailles. Elles sont difficiles à bouger, alors quand une pierre change de propriétaire, au lieu de la déplacer, chaque transaction est rendue publique par une annonce à la communauté ; à chaque pierre est attachée une longue histoire que tous connaissent, qui décrit comment elle est passée de main en main. Cette tradition orale – la séquence de toutes les transactions –, c’est la blockchain, une énorme base de données. La légende dit que c’est l’une des inspirations du créateur du bitcoin.

Les crypto-monnaies sont créées par minage, pouvez-vous expliquer ?

Le minage fait référence à la combinaison de deux processus qui sont irrémédiablement fusionnés : d’une part, la validation des transactions sur la blockchain – s’assurer que toutes les transactions sont conformes aux règles – et d’autre part, la résolution d’énigmes computationnelles difficiles. Et celui qui les résout en premier va publier le block. Là, non seulement tout le monde a connaissance de la transaction, mais tout le monde sait que tout le monde sait. Vous pouvez voir le minage comme une loterie dont le tirage a lieu toutes les dix minutes et il y a un gagnant dans le monde qui va remporter un nombre prédéfini de bitcoin.

Et les smart contracts ?

Les smart contracts sont des transactions conditionnelles sécurisées sur une blockchain. Contrairement à la blockchain de bitcoin qui ne contient que des transactions en bitcoin, la deuxième génération de blockchain, dont le pionnier a été Ethereum, peut contenir du data supplémentaire, que les smart contracts peuvent utiliser. Pour garantir la sécurité des transactions, on peut mettre en œuvre des systèmes de multi-signatures, des canaux de paiement qui permettent des transactions beaucoup plus rapides ou des lettres de crédit. Les coûts de transaction sont réduits de manière drastique. C’est cela qui, je pense, va déverrouiller des pans entiers du commerce électronique qui actuellement n’existent pas. C’est cette technologie qui a donné à Ethereum une longueur d’avance et en a fait un succès. Ethereum est essentiellement un ordinateur qui est entièrement transparent pour tout le monde : tout le monde sait quels programmes tournent sur cet ordinateur, ce qui y entre et ce qui en sort et l’ordre dans lequel ces programmes sont exécutés.

La première question des gens qui ne connaissent pas les crypto-monnaies, c’est la sécurité.

La blockchain est un registre infalsifiable des transactions passées. Pour procéder à une modification rétroactive de la blockchain, il faudrait résoudre un nombre d’énigmes computationnelles égal à celles qui ont été résolues depuis le moment auquel vous voulez apporter des changements, ce qui est sans espoir, donc c’est bien sécurisé. L’autre aspect est plus personnel. Il y a deux menaces : quelqu’un d’autre obtient l’accès à vos bitcoins ou vous perdez l’accès à vos propres bitcoins. Plus vous faites des clés simples, plus la probabilité est grande que quelqu’un d’autre en trouve l’accès, mais plus vous compliquez vos clés, plus la probabilité est grande que vous-même en perdiez l’accès… il y a du matériel spécifique que l’on peut utiliser.

Comment se procurer de la crypto-monnaie ?

Généralement, il y a deux façons de faire : faire du minage ou les acquérir auprès de quelqu’un qui en a déjà. Le minage nécessite pas mal d’électricité et un système de refroidissement, donc Tahiti n’est pas l’endroit idéal. Sinon, tout travail dont le produit est de l’information pure, programmation, traduction, journalisme, design graphique est parfaitement adapté à des transactions en crypto-monnaie. C’est le plus simple. Vous pouvez ensuite l’utiliser pour payer des services à d’autres personnes ou vous pouvez l’échanger. Il existe des plateformes, mais personnellement je le les recommande pas, parce que quelque part, elles sont contraires à l’éthique des crypto-monnaies : ce sont des tiers centralisés à qui ils faut confier son argent et il y a déjà eu plusieurs faillites spectaculaires. Quand on entend des histoires de bitcoins qui se sont évaporés, c’est habituellement sur une de ces plateformes. Il y a également une infrastructure décentralisée qui s’appelle Local Bitcoins, les gens postent simplement un message comme quoi ils veulent échanger du bitcoin et ils se rencontrent. Mais ce n’est pas encore actif à Tahiti.

Pour l’achat de biens physiques, vous avez besoin soit d’un marchand qui accepte les bitcoins – et leur nombre augmente – ou d’intermédiaires, ce qui est également un business qui grandit. Par exemple, j’ai réglé mon vol pour Tahiti en bitcoin. De toute évidence les intermédiaires font un profit, parce que rien n’est jamais gratuit. Il y a un proverbe russe qui dit : “Le seul endroit où il y a du fromage gratuit, c’est dans la tapette à souris”. Mais en réalité, les marchands consentent souvent une remise de prix si vous payez en bitcoin.

Pourquoi certaines crypto-monnaies ont du succès et d’autres non ?

Je ne prétends pas avoir la réponse et si jamais vous rencontrez quelqu’un qui prétend l’avoir, soit il n’est pas complètement honnête, soit il n’est pas complètement qualifié. Mais de façon évidente, il y a un avantage au premier arrivé. Bitcoin a eu du succès parce que c’était la première crypto-monnaie qui répondait à la plupart des besoins pratiques des gens, même si en réalité il existe des technologies supérieures, comme celle de Litecoin. Ethereum n’est pas basé sur le code de Bitcoin, mais amène une nouveauté : des smart contracts écrits dans un langage universel.

Quel a été votre parcours ? Sur quoi portent vos travaux ?

J’ai eu un diplôme d’ingénierie télécoms à Budapest, suivi d’un doctorat en mathématiques au Canada. Mon intérêt pour une monnaie alternative datait du crash dotcom de 2001. La crise de 2008 a renforcé cette certitude. J’étais très enthousiaste à l’idée qu’on puisse construire un système financier à partir de rien, sans référence au système existant. Un de mes amis qui travaillait déjà pour Ethereum m’a proposé de les rejoindre.

Je travaille sur Swarm, une plateforme qui permet le stockage d’énormes quantités de données en dehors de la blockchain. L’analogie que j’aime utiliser, c’est que si la blockchain Ethereum est l’ordinateur du monde, Swarm est le disque dur du monde, l’endroit où tout sauvegarder. Swarm est décentralisé : les règles qui le régissent sont fixées non pas par une entité centrale ou une corporation type Amazon ou Google, mais par un programme informatique.

Qu’est-ce qui vous a amené à Tahiti ?

J’ai été invité par les promoteurs du projet de l’île flottante. Le projet sera financé en crypto-monnaie, ce qui à mon sens est une très bonne idée, parce que les gens qui détiennent des crypto-monnaies partagent des vues similaires avec les Seasteaders. Ils perçoivent ces technologies comme propices à la liberté. Et aussi parce qu’ils sont naturellement plus enclins à prendre des risques. J’ai été invité pour les aider dans cette perspective.

Créer de la monnaie à partir de rien et la mettre en compétition avec des monnaies dont nous pensons qu’elles sont garanties par des États ou des organisations solides, n’est-ce pas une énorme remise en cause ?

Oh, évidemment ! Le bitcoin a été sciemment conçu et immédiatement perçu par ses utilisateurs initiaux comme un défi direct à l’infrastructure financière existante, parce que le bitcoin ne nécessite pas de confiance particulière dans des humains ou des groupes d’humains, il repose sur la confiance dans des principes mathématiques, issus en partie de la théorie des jeux. Et puis, les gens comme moi, qui n’ont pas été élevés dans le monde occidental, ont vu le pouvoir d’achat de monnaies garanties par des gouvernements tout simplement s’évaporer. Donc les garanties des banques centrales ne sont pas les mêmes pour tous autour du monde.

Propos recueillis par Caroline Perdrix

 

Désiré Teivao
0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Pour vous, la rentrée scolaire est :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete