Dans le Pacifique sud, l’archipel français de Wallis et Futuna se meurt

    vendredi 17 octobre 2014

    « Chaque année, on ferme des classes. Les jeunes sont obligés de s’expatrier parce qu’il n’y a pas beaucoup d’avenir ici », constate Nadia Kavakava, institutrice à Wallis et Futuna, un archipel qui se vide inexorablement de sa population. « Les maisons abandonnées se multiplient. Des jeunes reviennent parfois après leurs études en métropole ou à Nouméa mais c’est au compte-goutte », explique cette trentenaire enjouée, qui a étudié quatre ans à Strasbourg. Perdu au beau milieu du Pacifique, à 2 100 km à l’est de la Nouvelle-Calédonie, les îles de Wallis et Futuna forment le territoire français le plus éloigné de la métropole (22 000 km) et l’un des plus atypiques. Trois pouvoirs y cohabitent : l’État, les monarchies coutumières, et l’église catholique, toute puissante.
    L’archipel est découpé en trois royaumes – un à Wallis et deux à Futuna -, doté chacun d’un roi et de « ministres ». Rétribués par l’État, ils perpétuent les us et coutumes polynésiens, qui ont fusionné, depuis l’évangélisation en 1837, avec les croyances religieuses. Représentant l’autorité de la France, l’administrateur supérieur (préfet) gère l’archipel, en étroite collaboration avec le Conseil du territoire, où les rois siègent de droit. L’Assemblée territoriale compte 20 élus, mais la réalité du pouvoir est entre les mains des familles royales et des prêtres. Isolées et dépourvues de ressources, ces îles se dépeuplent. En dix ans, la population s’est érodée de 20% et ne s’élève plus aujourd’hui qu’à 12 197 habitants. Parallèlement, le taux de fécondité est passé de 4,5 enfants par femme en 1983 à 2,1, en 2013. « Dans cinq ans, cet archipel est mort, des familles entières partent chaque mois. On crée 15 emplois par an à Wallis, les jeunes sont condamnés à l’exil », confie un commerçant d’origine métropolitaine.
    Sur les 2 155 salariés, 60% travaillent dans la fonction publique et semi-publique, où les salaires indexés sont confortables, tandis que le secteur privé, dominé par quelques commerces en situation de monopole, est sclérosé. La majorité de la population vit d’agriculture, de pêche et d’artisanat, créant une société fortement inégalitaire, aggravée par une fiscalité reposant uniquement sur les taxes à l’importation et aucun impôt direct.

    « On est tous sur Facebook »
    Fenêtres sur le monde, internet et la TNT incitent en outre les jeunes, souvent lassés des impératifs de la coutume et de l’église, à plier bagages. « On est tous sur Facebook, on y passe des heures pour faire des connaissance et parler avec la famille en France ou en Australie. C’est triste Wallis pour les jeunes et il n’y a pas de débouchés », lâche Lovaïna, en terminale dans l’unique lycée. Chaque année, la France injecte dans ces terres lointaines 120 millions d’euros, dont une grande partie est consacrée au traitement des fonctionnaires d’État détachés. Le Fonds Européen de développement (FED) octroie tous les cinq ans entre 10 et 15 millions d’euros mais l’économie ne décolle pas. « L’organisation en place ne permet pas d’attirer les investisseurs car on ne peut pas acquérir de foncier. Il faudrait libérer du foncier », a expliqué à l’AFP, Michel Auboin, préfet dans l’archipel. Toutes les terres sont coutumières et, en l’absence de cadastre, elles sont souvent sujettes à des revendications contradictoires, qui paralysent les projets. En janvier, la Cour des Comptes avait préconisé une modernisation de l’organisation juridique et institutionnelle de Wallis et Futuna, jugeant le statut de 1961 « peu propice au développement ».
    Faute d’avenir chez eux, Wallisiens et Futuniens migrent donc en masse en Nouvelle-Calédonie où la communauté est estimée à plus de 25 000 personnes. Amorcé dans les années 1970 par la construction d’un barrage et le « boom » du nickel, leur flux ne s’est depuis jamais tari. Plusieurs milliers de Wallisiens et Futuniens sont également installés en Métropole.

    AFP

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