Décès du compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez, grande figure musicale du 20e siècle

    mercredi 6 janvier 2016

    Le compositeur et chef d’orchestre français Pierre Boulez, figure majeure de la musique contemporaine connue et célébrée dans le monde entier, est décédé mardi soir à Baden-Baden en Allemagne.

    Pierre Boulez, qui était installé en Allemagne depuis plus de 50 ans, jouissait à l’étranger d’une aura plus grande qu’en France, où il souffrait depuis son exil volontaire d’une réputation de dogmatisme et d’aridité qui ne rendait pas justice à l’homme, réputé chaleureux et pédagogue.

    Pierre Boulez a presque été « un demi-dieu » pour nous, la « jeune génération », a témoigné Michael Haefliger, l’intendant du Festival de musique de Lucerne où Boulez avait fondé en 2003 une académie fréquentée chaque année par 130 étudiants du monde entier.

    Epris de poésie et de peinture autant que de musique, il restera comme une des grandes figures intellectuelles de la deuxième moitié du 20e siècle.

    « Il a marqué son époque. Il a été un des plus grands compositeur du XXe siècle et je pense que des oeuvres comme +Répons+ ou +Le Marteau sans maître+ resteront à jamais dans l’histoire de la musique », a déclaré le directeur de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, mercredi à l’AFP.

    « Pierre Boulez a fait briller la musique française dans le monde. Comme compositeur et chef d’orchestre, il a toujours voulu penser son époque », a réagi le président François Hollande.

    « C’est la personnalité musicale de la deuxième moité du XXe siècle qui laissera la trace la plus importante », a estimé Laurent Bayle, président de la Philharmonie de Paris, un projet initié par Boulez.

    « Il ressentait avec sa tête et pensait avec son coeur », a réagi le chef d’orchestre israélo-argentin Daniel Barenboim, regrettant la perte d' »un esprit créatif admirable et un ami proche ».

    – Sans baguette -Chef d’orchestre génial, il dirigeait sans baguette, mais avait codifié précisément ses gestes. Presque aveugle, il ne pouvait plus diriger depuis plusieurs années, mais les Parisiens se souviennent des concerts gratuits qu’il a dirigés jusqu’en 2011 sous la Pyramide du Louvre, pour un public captivé.

    L’oeil vif mais la démarche hésitante, il était venu à Paris en 2013 pour la parution de l’intégrale de son oeuvre chez Deutsche Gramophon, qu’il considérait comme « une bouteille à la mer », « un travail en progression ».

    Refusant de figer une oeuvre qu’il retravaillait constamment, Pierre Boulez avait lancé avec son franc-parler habituel: « je ne veux pas être une tapisserie historique qu’on déplie aux anniversaires ».

    Ses prises de positions tranchées (« Il faut brûler les maisons d’opéra ») lui ont valu une réputation de sectarisme que réfutent ceux qui l’ont bien connu.

    « C’était une personnalité très forte, on s’en rendra compte très vite et les Français ne savent pas encore tout ce qu’on lui doit sur la place de la musique en France »,  a témoigné le violoniste Renaud Capuçon. « Les Français ont ce grand talent de ne pas apprécier leurs grands hommes », renchérit le pianiste Pierre-Laurent Aimard, installé comme Boulez en Allemagne.

    Né le 26 mars 1925 à Montbrison dans la Loire et extrêmement secret sur son enfance, Pierre Boulez a fait ses études au Conservatoire de Paris, où il a été l’élève d’Olivier Messiaen.

    « Le Marteau sans maître » pour contralto et six instruments, qu’il écrit entre 1953 et 1955, fonde un nouveau langage musical. En 1954, il fonde à Paris les concerts du Domaine musical, qu’il a animés jusqu’en 1967 pour défendre l’avant-garde de son temps.

    Chef recherché des deux côtés de l’Atlantique, il a dirigé l’Orchestre de Cleveland (1967-1972), le Symphonique de la BBC (1971-1975) et le Philharmonique de New York (1971-1977).

    A l’opéra, Pierre Boulez a participé à de mémorables productions, comme le « Ring du centenaire », avec Patrice Chéreau au Festival de Bayreuth (1976-1980).

    Exaspéré par l’attitude conservatrice du monde musical français, il s’était exilé à Baden-Baden à l’aube des années 1960, déclenchant des réactions virulentes en France. Il n’était revenu en France qu’en 1974, lorsque le président Georges Pompidou lui avait demandé de fonder un laboratoire pour la musique contemporaine unique au monde, l’Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique) et l’Ensemble intercontemporain.

    Cet inlassable bâtisseur d’institutions a également été à l’origine de la Cité de la musique (inaugurée en 1995) et de la Philharmonie de Paris, ouverte en janvier 2015 sans lui, alors qu’il était déjà malade.

     Agence France-Presse

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