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Une décision qui pourrait faire du bruit à Huahine

mardi 27 juin 2017

Pierre Colombani

Pierre Colombani, arrière-petit-fils de Pascal Marcantoni, au côté de son épouse Turia. (© Photo : Malissa Itchner/LDT)


La cour d’appel de Papeete a reconnu, le 16 mars, aux consorts Marcantoni, la propriété de 700 hectares de terres à Huahine. Une décision qui concerne les districts de Fare, Maeva, Parea et le motu Araara, qui abritent aujourd’hui de nombreuses maisons d’habitation, des commerces et autres bureaux administratifs. Reste à savoir maintenant si toutes les personnes qui jouissent aujourd’hui de ces terres seront prochainement expulsées, comme le souhaite la famille qui a remporté ce bras de fer judiciaire vieux de 55 ans.

C’est une histoire vieille de 97 ans et un bras de fer judiciaire de 55 ans qui semble avoir trouvé un début d’épilogue. Dans cette affaire, deux clans s’opposent : celui des descendants de Pascal Marcantoni, un colon qui a acquis de nombreuses terres à Huahine, et celui des descendants de Charles Brown-Petersen, un riche homme d’affaires. Tous revendiquent être les propriétaires de différents domaines de l’île, des terres qui, mises bout à bout, représentent un patrimoine de plus de 700 hectares. Et le 16 mars, à la cour d’appel de Papeete, “on a enfin été déclaré propriétaire”, se réjouit Turia Colombani, l’épouse de Pierre Colombani, l’arrière-petit-fils de… Pascal Marcantoni.

“Depuis 1962, nos parents réclamaient leurs droits au tribunal”, poursuit-elle. “Et pendant qu’on était au tribunal, pendant 50 ans, de 1967 à 2017, les héritiers Brown-Petersen ont dilapidé tous nos biens. Dans leurs actions de vente, ils ont reçu 1,330 milliard de francs. En 1988, les taxes à payer pour l’enregistrement s’élevaient à 325,85 millions, et comme ils ne pouvaient pas payer, ils ont pris nos terres propres et les ont données au Territoire pour payer leur dette. Et pendant qu’on était au tribunal, ils ont continué à vendre, et moi, je prévenais les acheteurs : n’achetez pas, on est au tribunal, on va devenir propriétaires. Ils nous riaient au nez. Ils n’ont pas arrêté de nous rire au nez et, aujourd’hui, on est reconnu propriétaire. L’acte de vente de 1920 a été frappé de nullité absolue (lire ci-contre), donc tout ce qui se suit après est caduc.”

 

“Des voleurs de terre”

 

Les 700 hectares en question représentent 1/10e de l’île de Huahine et concernent les districts de Fare, Maeva, Parea et le motu Araara. Des terres qui abritent aujourd’hui de nombreuses maisons d’habitation, des commerces, des exploitations agricoles, un hôtel, une pension de famille, le collège, la mairie et d’autres bureaux administratifs comme ceux de la poste, de la Caisse de prévoyance sociale (CPS), d’Électricité de Tahiti (EDT)…

“Sur l’île de Huahine, nous sommes vus et considérés comme des voleurs de terre”, écrit Pierre Colombani dans une lettre adressée à notre rédaction. “Et je voudrais dire à tous ceux qui ont acheté dans les domaines de Huahine de se préparer à restituer nos biens et de se retirer, car tous les acheteurs étaient au courant que des procédures étaient au tribunal et que c’était risqué pour eux. Je remercie le tribunal et la justice française d’avoir tranché ce litige qui a duré 97 ans. Aujourd’hui, j’ai 84 ans et j’espère voir la fin de cette histoire. Mon père Hinoi est décédé en 1995 à l’âge de 81 ans sans récolter son bien et il m’a dit en tahitien Ne lâche pas notre patrimoine Marcantoni, va jusqu’au bout mon fils.” “Et on a tenu jusqu’au bout”, complète son épouse.

Sur l’île Sauvage, les habitants des terres concernées ne prêtent plus trop attention à cette histoire. “Elle (Turia Colombani, NDLR) va voir tout le monde et essaie de faire peur aux gens”, souffle l’un.
“Si on devait l’écouter, toute l’île lui appartient”, dit un autre. “Du coup, il y a des gens qui ont peur de perdre leur terrain, mais on a tous les titres de propriété, donc on ne voit pas comment ce serait possible…”

Selon l’avocat de la famille Colombani, “cette décision de la cour d’appel remet bien en cause tout ce qui s’est passé depuis 1920”. Mais il est compliqué pour les juristes de se prononcer sur les conséquences réelles qu’aura cette décision. Les personnes qui jouissent actuellement de ces terres seront-elles expulsées ? Comment les consorts Marcantoni seront-ils dédommagés de leur préjudice ? D’autres audiences à venir devraient apporter des réponses à ces questions.

 

V.H.

 

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