Décolonisation : “Ce n’est pas une vision pro-indépendantiste »

    vendredi 1 juillet 2016

    Moetai Brotherson, le 3e adjoint au maire de Faa’a, et l’ancien sénateur Richard Tuheiava, représentant souverainiste à Tarahoi, ont donné hier une conférence  publique sur la réinscription de la Polynésie française sur la liste onusienne des pays à décoloniser. Les Établissements français d’Océanie (EFO) avaient été inscrits dès 1946 sur cette fameuse liste des Nations unies. Mais en 1963, la France était parvenue à y arracher ce territoire devenu la “Polynésie française”.
    Pouvana’a enfermé, construction de l’aéroport à Faa’a… “De manière très pratique, le centre d’expérimentations du Pacifique démarre, et ça mène au 2 juillet 1966, le premier tir nucléaire”, a résumé hier soir Moetai Brotherson devant la trentaine d’auditeurs, en longue blouse blanche de professeur. L’adjoint a ensuite rappelé l’incroyable combat de son tavana, Oscar Temaru, un “simple citoyen pas d’accord” qui se rend en 1978 devant les instances onusiennes où la France occupe un siège permanent au conseil de sécurité.
    L’affaire est sérieusement relancée en 2011, avec un lobbying poussif de responsables locaux dans la région Pacifique, puis à New York, délégation après délégation… Finalement déposée par Tuvalu, les îles Salomon et Nauru, trois “petits pays” qui n’ont pas froid aux yeux, une résolution est adoptée le 17 mai 2013 par consensus à l’Assemblée générale de l’ONU.
    La colonisation, le procès de Pouvana’a, les essais nucléaires… “Le 17 mai 2013, tout cet historique s’est finalement retrouvé sur le banc des accusés, devant les 193 États membres”, a souligné hier Richard Tuheiava, l’un des plus fins connaisseurs du dossier, en revivant ce moment “d’ébullition” : “Nous étions en fait en train de réécrire l’histoire.”
    Alors trois ans après, où en est-on ? Chaque année, une nouvelle résolution, enrichie, est adoptée à l’ONU. La dernière est passée hier, le 30 juin : “Elle contient une nouveauté : les ressources marines, a annoncé l’ancien sénateur. Elle prévoit que la puissance coloniale doit “s’assurer de la souveraineté permanente du peuple polynésien sur ses ressources naturelles”, notamment marines et océaniques.”

     

    Indépendance, association ou intégration

    Une “énorme avancée” pour Oscar Temaru, également président du Tavini Huiraatira. La question du nucléaire, en revanche, n’a toujours pas fait l’objet d’une ligne. Les militants polynésiens plaident aussi pour y ajouter petit à petit des éléments sur la culture, l’éducation, etc. “Pour mener ce combat-là pendant des années, il faut être vraiment motivé”, a donc volontiers concédé le maire de Faa’a.

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    Au final, pourquoi s’être tant battu pour réinscrire le fenua sur la liste de l’ONU ? “En 1963, la Polynésie avait été extraite du cadre multilatéral pour pouvoir y faire ce qu’on voulait y faire à l’abri des regards. Il fallait retrouver un arbitre pour jeter un regard neutre sur ce qui n’allait pas, rappelle Richard Tuheiava. Ce n’est pas un discours, une vision pro-indépendantiste. C’est juste dire qu’à un moment donné, c’est aux peuples de se prononcer librement sur les trois choix possibles : l’indépendance, l’association ou l’intégration, c’est-à-dire l’assimilation. C’est ça, la décolonisation ! Ce n’est pas démoniaque. C’est un choix. C’est là où l’on soigne tous les pe’ape’a avant de choisir son destin.”
    D’un point de vue juridique, l’historien Jean-Marc Regnault, interrogé plus tôt à l’occasion de la réédition de l’un de ses essais (lire p. 19) et qui était présent hier soir comme simple auditeur, rappelle que “pour l’ONU, la Polynésie n’est toujours pas décolonisée puisqu’elle reste soumise à la primauté des intérêts de la France”.
    En effet, tandis que l’article 74 de la Constitution prévoit que “les collectivités d’outre-mer ont un statut qui tient compte des intérêts propres de chacune d’elles au sein de la République”, l’article 73 de la charte des Nations unies ordonne de reconnaître “la primauté des intérêts des habitants des territoires” non autonomes.  K

    M.G.

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