Défilés massifs en province avant la marche internationale à Paris contre le terrorisme

    samedi 10 janvier 2015

    La France a massivement manifesté en province samedi et s’apprêtait à en faire autant dimanche à Paris lors d’une marche très internationale, pour dire non à un terrorisme islamiste qui a fait 17 morts en France.
    Un total de 700.000 personnes ont participé à des défiles spontanés en régions, selon le ministre de l’Intérieur qui en attendait « plusieurs centaines de milliers » dans la capitale le lendemain. « Des millions », a renchéri Manuel Valls
    Ce qui était au départ hommage aux victimes de jihadistes revendiqués, à commencer par les irrévérencieux dessinateurs de Charlie Hebdo massacrés mercredi, se muait progressivement en sommet à haute résonance diplomatique : le couple royal jordanien était attendu à Paris, tout comme Benjamin Netanyahu.
    Une prise de bec à distance a justement opposé samedi soir le Premier ministre israélien et son homologue français.
    Venu par surprise se joindre à un rassemblement convoqué par le Crif devant la supérette casher parisienne où ont péri quatre personnes, M. Valls a assuré que « la France, sans les juifs de France, n’est plus la France ».
    Il a laissé entendre que la mort des quatre personnes dans l’Hyper Casher avait pu être occultée par le « soulagement » après l’opération policière réussie de vendredi soir.
    Le chef de gouvernement faisait allusion à l’élimination des frères Chérif et Saïd Kouachi, nés à Paris de parents algériens, poursuivis après le massacre à Charlie Hebdo, et de leur acolyte, Amedy Coulibaly, né en France de parents maliens, auteur de la prise d’otages au magasin casher.
    Surtout, il répliquait à M. Netanyahu, qui venait de déclarer : « A tous les juifs de France, tous les juifs d’Europe, je vous dis: Israël n’est pas seulement le lieu vers lequel vous vous tournez pour prier, l’Etat d’Israël est votre foyer ».
    N’ayez pas peur et restez en France, a au contraire dit en substance M. Valls.
    But originel des manifestants : dire non au terrorisme, rendre hommage aux 12 morts de Charlie Hebdo mercredi, suivis le jeudi par une jeune policière tuée et vendredi quatre personnes massacrées porte de Vincennes.
     
    ‘Une manifestation inouïe’
     
    30.000 à Pau – plus d’un habitant sur trois – au moins 120.000 à Toulouse… les chiffres venus de province étaient impressionnants.
    A Orléans, Rouen ou Marseille, les marcheurs brandissaient des crayons, des unes de l’hebdomadaire satirique.
    Ce qui laissait augurer d’un dimanche historique à Paris. L’affiche de hauts dirigeants internationaux devant accompagner le président François Hollande à partir de 15H00 entre République et Nation, ne cessait de s’enrichir : les chefs de gouvernement allemand Angela Merkel, britannique David Cameron, italien Matteo Renzi, espagnol Mariano Rajoy, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker…
    Pour représenter les Etats-Unis, Eric Holder, ministre de la Justice, qui devait également participer à une réunion sur le terrorisme place Beauvau, avec 11 ministres européens.
    Avant le début de la marche, M. Hollande accueillera à l’Elysée ces dirigeants internationaux.
    A ce stade, 45 chefs étaient prévus, selon l’Elysée. Parmi eux huit africains : Niger, Mali, Gabon…
    « Tout le monde doit venir », s’est exclamé samedi Manuel Valls. « Ce sera une manifestation inouïe… »
     
    500 militaires supplémentaires
     
    La polémique née de l’invitation ou non de Marine Le Pen s’est soldée par l’appel de la présidente du FN à manifester en province et non à Paris, elle-même allant à Beaucaire (Gard), mairie d’extrême droite.
    C’est donc le monde entier qui devrait défiler – sous haute surveillance – avec les grandes organisations religieuses, politiques et syndicales françaises, entre les deux grandes places de l’est parisien. 
    Plus de 5.500 policiers et militaires seront mobilisés à Paris et dans son agglomération, dont 2.200 pour assurer la sécurité de cette manifestation historique, a détaillé le ministre de l’Intérieur.
    Quelque 500 militaires supplémentaires vont être déployés en région parisienne, a indiqué pour sa part l’armée française.
    L’affluence prévisible montre l’ampleur du séisme déclenché par l’attaque contre Charlie Hebdo, dont cinq des plus fameux dessinateurs ont été assassinés. Parmi eux, Cabu et Wolinski, et le directeur de l’hebdomadaire satirique Charb.
    Coup de tonnerre suivi d’une traque de trois jours et de cinq autres meurtres.
    Le bilan de 20 morts par actes de terrorisme est sans précédent depuis au moins un demi-siècle en France. Il inclut les trois assaillants qui se sont réclamés d’Al-Qaïda au Yémen et du groupe Etat islamique.
    La compagne de ce dernier, Hayat Boumeddiene, objet d’un mandat de recherche, est probablement  passée en Syrie, selon une source turque.
    Vendredi soir, un responsable religieux d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), dont se sont réclamés les assassins de Charlie Hebdo, a menacé la France de nouvelles attaques. A l’opposé, le mouvement islamiste palestinien Hamas a condamné l’attentat contre le journal.
     
    Hollande omniprésent
     
    Omniprésent et hypermobilisé depuis mercredi, le président Hollande a rendu visite à des policiers hospitalisés après l’assaut de la Porte de Vincennes. Tôt le matin, il avait dirigé une nouvelle réunion de crise. 
    Agenda des plus chargés pour lui dimanche matin : réception de la communauté juive, puis de l’ensemble du gouvernement, puis des ex-présidents et ex-Premiers ministres.
    L’enquête s’est parallèlement engagée et une montagne de travail attend les spécialistes pour déterminer d’éventuelles complicités: analyse de téléphonie, des pièces perquisitionnées, d’éventuels flux financiers. Un débat ne manquera pas de naître sur le dispositif de sécurité. « Quand il y a 17 morts, c’est qu’il y a eu des failles », a reconnu Manuel Valls. 
    Quelques couacs ont terni le consensus national : l’hebdomadaire Le Point a choqué en publiant samedi la photo de l’exécution d’un policier par les tueurs de Charlie Hebdo. La famille de Charb a tenu à démentir tout « engagement relationnel » entre le dessinateur et l’ex-ministre Jeannette Bougrab.
    Willem, star du crayon, a dit « vomir » ceux qui « subitement disent être nos amis ». Au-delà de ces remous, les survivants de Charlie Hebdo, dont un membre est entre la vie et la mort, travaillent à la sortie mercredi d’un numéro tiré à un million d’exemplaires.
     
    AFP

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