Des artistes à la recherche des rituels de deuil du Pacifique

    vendredi 30 octobre 2015

    Que se passe-t-il dans notre région lorsqu’un proche ou un un chef meurt ? Quels sont les rituels de deuil observés dans nos îles du Pacifique ? C’est la question que s’est posée la conservatrice Loketi Niua Latu. Elle a invité plusieurs artistes de la région à s’emparer du sujet. Leurs oeuvres – des photos, des vidéos, des danses – ont été présentés récemment lors d’une soirée dans une galerie de Melbourne.

    Célébrer la mort. C’est le terme qu’utilise la conservatrice Loketi Niua Latu, à l’origine de cette soirée-exposition, égayée par des chants et des danses. Si les rituels de deuil sont différents dans chaque pays du Pacifique, parfois même dans chaque archipel, dans chaque île… il y a des points commun. Le plus visible, c’est le bouleversement provoqué par l’arrivée de la religion chrétienne. Loketi Niua Latu : « Je pense qu’il y a un mélange de traditions du fait de l’influence du christianisme, et aussi parce que beaucoup ont quitté leur île et veulent s’intégrer dans leur nouveau pays. Ils modifient ou ajustent donc leurs rituels selon le moment. Et évidemment, les enfants ne comprennent pas tout ce qui se fait ; par exemple le fait qu’aux Tonga, les gens portent un ta’ovala, une natte enroulée autour de la taille. »
     Si la natte est restée, beaucoup de traditions ont été mises de côté aux Îles Tonga. Lorsqu’un grand chef mourait, par exemple, son épouse pouvait se faire couper des doigts, ou arracher les yeux. Manière de souligner qu’avec la perte de son époux, elle perdait aussi une part d’elle-même. Cette tradition n’a en fait pas totalement disparu… mais ce sont seulement les cheveux qui peuvent parfois être coupés.
    Bien souvent, il faut chercher, demander l’aide d’anciens ou d’anthropologues pour retrouver les rites du passé. C’est le travail qu’a fait Noelani Le Nevez, née à Hawaï et vivant en Australie : « J’ai fait quelques recherches et j’ai découvert le kanikau, qui est un chant funèbre, une lamentation. Ce n’est pas tellement pratiqué aujourd’hui, il n’y a quelques chanteurs célèbres qui sont capables de le faire. Mais au XIXe siècle, beaucoup de personnes en écrivaient et en envoyaient aux journaux, donc j’ai décidé d’essayer d’écrire mon propre kanikau. »
    Une fois que les rituels de deuil sont retrouvés, il faut les transmettre, pour éviter qu’ils ne soient de nouveau perdus, plaide Vaepa Brown-Nafatali, née de parents samoans et mariée à un Tuvaluan. Les transmettre à tout prix, quitte à faire quelques entorses à la tradition : « C’est un homme qui chante normalement, lors des cérémonies funéraires à Tuvalu. Mais si nos pères, si les hommes ont oublié les chants ou ne les enseignent pas, il faut alors que nous, en tant que mères, nous transmettions ces chants à nos enfants pour les conserver. »
     À Tuvalu comme à Hawaï, il faut donc lutter pour retrouver et préserver les rituels de deuil. Mais d’autres pays du Pacifique, comme les Îles Samoa et les Îles Tonga, sont parvenus à conserver leurs traditions, estime la Néo-Zélandaise Vea Mafile’o : « Même les Tongiens qui vivent en Nouvelle-Zélande ou en Australie respectent les rites qui entourent la mort : ils ramènent le corps du défunt chez eux et restent auprès du cercueil. Tout le monde s’habille en noir et porte certaines nattes, qui sont différentes selon le rapport que chacun entretenait avec la personne décédée. Les Tongiens ont réussi à conserver leurs traditions. » Des traditions plus ou moins anciennes, donc, entre l’habit noir chrétien  et le ta’ovala polynésien.

    Radio Australia
     

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