Des carrières pour préserver les rivières

mardi 7 avril 2015

En 2011, dans un rapport dédié aux extractions de matériaux sur les sites et espaces naturels en Polynésie française, le Conseil économique, social et culturel (CESC) dénonçait un « pillage des rivières » qu’il convenait de cesser. Un curage devenu nécessaire après avoir canalisé les rivières mais que les associations de protection de l’environnement dénoncent comme un business. Deux sites de carrières sont à l’étude au ministère de l’Equipement. La première pourrait ouvrir dans trois ans.
 
 La Taharuu est en chantier. La rivière de Papara va être la première à subir des travaux dans le cadre d’un projet de réhabilitation et de protections des berges des rivières de Tahiti. Le plan rivière du ministre Albert Solia concerne 64 cours d’eau de Tahiti. Certains font le lien entre ce réaménagement global et les grands chantiers du programme orange (Mahana Beach, le terrain d’Atimaono…). « La Taharuu est une des rivières les plus dangereuses. Elle a entraîné des crues terribles. Il y a beaucoup d’habitations », se défend le ministre de l’Équipement qui dément formellement « un lien direct » avec le Mahana Beach. « Ces travaux ne sont pas faits pour extraire des agrégats. Ils sont faits pour protéger les habitations et aménager la rivière. Dans les matériaux prélevés dans le cadre du curage et de la protection, une partie sera utilisée pour des travaux de bitumage ou de bétonnage. »
Les associations continuent, elles, de faire le lien entre curage et extractions : sous prétexte de mieux contrôler les inondations, on canalise les rivières, ce qui permet également de se fournir en agrégats, selon elles.
Mais canaliser une rivière a des conséquences : « Une fois canalisée, la rivière devient une ligne droite. Les alluvions ne se déposent plus sur les côtés mais au milieu. D’où la nécessité ensuite de faire des curages pour nettoyer le fonds des rivières afin d’éviter des débordements », explique Matthieu Aureau, hydrogéologue auteur d’une thèse sur la Punaruu. Les extractions en rivières sont interdites mais des dérogations sont accordées « dans le cadre du curage ».
« Le curage est devenu un business », dénonce Winiki Sage, président de la Fédération des associations de protection de l’environnement. Ainsi, régulièrement le ministre de l’Équipement dont ses services ont la gestion des rivières, donne des dérogations à des entreprises privées pour qu’elles curent les rivières. Elles obtiennent l’autorisation pour prélever un certain volume d’agrégats sur lequel elles se payent et s’acquittent d’une taxe qui revient au Pays. Une redevance qui a rapporté 23 millions de Fcfp au Pays en 2010 (selon le rapport du CESC de 2011 sur « Les extractions de matériaux sur les sites et espaces naturels en Polynésie française »).

Lire notre dossier complet de cinq pages, avec notamment les interviews du ministre de l’Equipement Albert Solia et de l’hydrogéologue Matthieu Aureau, dans La Dépêche de Tahiti de mardi 7 avril ou au feuilletage numérique
 

 

 

 

 

      Edition abonnés
      Le vote

      Le Kitesurf :

      Loading ... Loading ...
      www.my-meteo.fr
      Météo Tahiti Papeete