Des travaux d’extraction ont débuté à Pirae

    vendredi 12 février 2016

    Des travaux d’extraction ont débuté mardi à l’embouchure de la Fautaua, à Pirae. Ils provoquent
    l’agacement des riverains. Si les services du Pays concernés indiquent surveiller ce qui se passe, aucun pointeur n’a été observé sur place.

    Les rivières n’en ont pas fini de faire couler beaucoup d’encre. Alertés par des riverains surpris puis agacés par une certaine forme de méprise et de discours paradoxaux, nous nous sommes déplacés, hier matin, en fin de matinée, à l’embouchure de la Fautaua, dans le quartier de Taunoa, à Pirae, où les camions et une pelle mécanique sont entrés en action, dès lundi.
    L’objectif est le curage de l’embouchure de la rivière Fautaua, au PK 1,95, pour un volume autorisé de 500 m3, comme le stipule l’arrêté 822 du 3 février du ministère de l’Équipement, “portant autorisation d’extraction de matériaux dans le cadre du curage du domaine public fluvial, en faveur de Monsieur Rémy Chung, gérant de l’entreprise Rémy Chung”.
    Oui, mais voilà, depuis de longs mois maintenant, les associations de protection de l’environnement montent au créneau, face aux travaux de curage et d’aménagement des rivières de Tahiti et n’ont manqué d’alimenter la rivière de l’information, courant 2015, jusqu’à en bloquer l’assemblée, comme l’avait fait le collectif No te Aru Tai Mareva, en septembre dernier (lire La Dépêche de Tahiti du 8 septembre 2015, “Les anti-extractions ont bloqué une partie de l’assemblée”).
    Et 2016 redémarre de plus belle, à la vue du spectacle offert dans la baie de Taaone, depuis lundi. Certes, ce curage à l’embouchure de la Fautaua semble une priorité du plan rivières du ministère de l’Équipement, et l’arrêté est bien là et comporte une kyrielle de contraintes (volume, horaires, etc), comme l’atteste le journal officiel du 9 février.
    “Il y a beaucoup moins de plage qu’auparavant, c’est indéniable et ensuite, avec les travaux faits par le tractopelle pour accéder à l’embouchure, même si la mer va reprendre le dessus, cela grignote nos terrains du bord de mer”, constate, avec amertume, un riverain, qui voit défiler, dès 7 heures, le balai des camions depuis lundi matin, sept heures, devant son café-pain-beurre et La Dépêche de Tahiti, évidemment.
    Cinq cents mètres cubes, ce sont 50 allers-retours de camions de 10 m2, soit plus d’une semaine de désagrément pour les riverains, dont certains ont déjà perdu un bout de mur,
    grignoté par les eaux lors d’un précédent curetage, en juin 2015.
    Cet autre voisin a fait les mêmes désagréables constats : “La pelle mécanique est arrivée lundi matin, a fini l’accès à l’embouchure mardi en fin de matinée et les extractions de sable ont commencé, dans la foulée mardi, en début d’après-midi.” Avec son association de protection de l’environnement, il avait prévu une opération nettoyage de plage, le week-end prochain, opération reportée sine die, avec ces travaux. De surcroît, l’entreprise est censée, selon le ministère, prévenir les riverains, à l’approche des travaux de curage, ce qui ne semble pas avoir été fait, selon les riverains que nous avons rencontrés.

    Le ministère joue la transparence

    Alors que le balai des camions a commencé en début de semaine, la mairie a feint de ne pas être au courant, selon les riverains – alors que l’arrêté stipule qu’une copie est envoyée au maire, qui a validé également les travaux en amont de l’arrêté – et l’arrêté n’a été que posé hier, là où rentrent les camions pour accéder au bord de plage… au pied d’un panneau où est stipulé : “Il est interdit de prendre du sable”.
    Le ministre de l’Équipement, joint par téléphone, n’a pas manqué de jouer la transparence, ainsi que ses services sous sa tutelle, joints également par téléphone. “On est derrière au maximum”, assure un responsable de la direction de l’équipement, en charge du dossier “curage des rivières”. “Nous avons un pointeur sur place, qui est chargé de contrôler le volume extrait ainsi que la zone et la profondeur d’extraction, le nombre de camions nécessaires pour extraire les 500 m3 de tout-venant” afin de dresser un procès-verbal de conformité à l’expiration du délai d’exécution, comme le stipule l’arrêté publié au journal officiel. Sauf que force est de constater que la théorie (l’arrêté) n’engendre pas la pratique (la réalité). Contrairement à ce que nous tenait mordicus notre interlocuteur hier, les travaux d’extraction ont bel et bien commencé depuis mardi midi, dans une zone qui ne nous a pas semblé clairement identi-fiée.
    Alors que les services de l’équipement pensaient que l’extraction proprement dite n’avait pas encore démarré, nous avons pu compter trois allers-retours de camions, remplis de sable hier, aux alentours de midi, sans compter le moindre pointeur officiel du Pays, censé pourtant être là. Il en est de même pour les riverains, qui n’ont vu que les chauffeurs de camion et le maître de la pelle mécanique officier à l’embouchure de la Fautaua.
    “Mais s’il y a des fraudes de la part de nos prestataires derrière notre dos, nous prendrons les mesures nécessaires”, nous assure-t-on. Encore faut-il être face aux (éventuels) problèmes pour le constater.

    Christophe Cozette

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