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Pourquoi deux adolescents ont failli se noyer

vendredi 6 janvier 2017

papeno'o danger

Le système automatique à l’entrée de la vallée a bien fonctionné en passant au rouge au plus fort de la crue, mais il n’y avait pas de dispositif pour aller avertir les baigneurs déjà dans la vallée. (© Jean-Luc Massinon)


Imprudence des baigneurs, méconnaissance des dangers de la montagne et absence d’alerte ont bien failli coûter la vie à deux adolescents, mardi. D’origine naturelle, la crue n’a pas été provoquée par un lâcher de barrage. Les appareils de mesure de Marama nui ont enregistré 45 mm de précipitation en cinq heures. Le dispositif d’alerte à l’entrée de la vallée a montré ses limites, et l’absence d’intervention dans la vallée montre les trop faibles moyens de la commune.

Mardi, deux adolescents ont failli mourir noyés dans la Papeno’o. À qui la faute ? Trois jours après cet accident, qui aurait pu être dramatique, personne ne semble vouloir tirer des conclusions ni prendre de mesures. Pourtant, un retour sur les événements montre qu’il y a eu nombreuses de négligences.

Le film de cette journée a pu être reconstitué par les mesures hydrométriques que Marama nui a bien voulu nous transmettre. Un temps accusé d’avoir ouvert les vannes d’un de ses barrages dans la vallée, la société d’hydroélectricité a démenti catégoriquement un lâcher dans la rivière ou un incident sur ses infrastructures. À la minute près, les appareils de mesure de Marama nui ont enregistré ce qui s’est passé.

Comme l’avait annoncé Météo France la veille au soir, la chaleur était bien écrasante mardi, et seules des pluies étaient à prévoir au cœur de l’île. Sur la côte est, le beau temps est effectivement au rendez-vous. Et comme c’est de tradition en début d’année, les familles vont chercher un peu de fraîcheur dans la rivière de la Papeno’o.
À la côte 45, au pont suspendu, beaucoup sont à l’eau, profitant du bassin naturel en amont du gué.
Si, en début d’après-midi, l’eau est cristalline et calme, au fond de la vallée les appareils de Marama nui s’affolent. Il pleut… et il pleut beaucoup !

Une crue tombée du ciel

 

À 13 h 30, au barrage de Vainavenave, on enregistre un pic d’averse. Mais les 90 km2 de la vallée se transforment en vraie cuvette. Les eaux qui tombent du ciel sont collectées par les bassins versants naturels de la montagne.
Toute cette eau dévale vers le lit principal. Le niveau d’eau monte toujours plus vite. C’est ce que vont constater, à 14 heures, des techniciens de Marama nui qui travaillent sur le captage appelé “G” (voir infographie).

La Vaitamanu grossit. Bloqués par ces conditions, ils mettent leur chantier en sécurité et contactent le chargé d’exploitation. Le responsable de maintenance électrique leur dit de se replier, les travaux attendront le lendemain.
Et à 14 h 45, les appareils constatent que la crue s’amplifie. Le responsable de Marama nui vérifie avec son équipe que tout le monde est sorti de la vallée.
En descendant, les ouvriers font sortir de l’eau des vacanciers qui se baignent au niveau de la retenue d’eau de la cote 85. Il y a même quatre voitures dans la rivière !
Plus bas, au pont suspendu, les ouvriers sont obligés d’insister lourdement sur le fait qu’une arrivée d’eau très importante est attendue. Selon le responsable, les équipes ont eu du mal à faire sortir de la rivière les gens satisfaits par le beau temps. Pas moins de cent personnes, dont certaines alcoolisées, se baignent sur ce site.

L’alerte étant donnée par des agents de Marama nui, peut-être que certains ont cru qu’il s’agissait d’un lâcher de barrage alors que le phénomène de crue, qui arrivait, était naturel.

Dispositif d’alerte en cause

 

À 14 h 52, l’eau déborde du bassin à la côte 85. Le gué n’est plus praticable, il y a 30 centimètres d’eau sur la route. Le système automatique déclenche l’alerte. L’alarme de crue de niveau 3 fait passer le feu au “rouge” à la guérite située à l’entrée de la vallée.
C’est une mise en garde ; on ne peut plus monter à la Maroto en raison d’une crue. Le chargé d’exploitation d’astreinte prévient la police municipale, selon la procédure. Il est obligé de laisser un message sur le vini, car personne ne répond.
À 15 h 19, les détecteurs enregistrent 60 cm de débordement au bassin de la côte 85.

Pendant ce temps, un drame se joue plus bas. Une famille de Tiarei voit disparaître dans les flots tumultueux et boueux ses deux adolescents, un frère et une sœur.
Peut-être n’ont-ils pas entendu la mise en garde des équipes de Marama nui ? Un adulte de la famille a expliqué qu’ils étaient tous en aval du pont suspendu.
Mais comment n’ont-ils pas vu que l’eau devenait trouble à cause des particules de terres. C’est pourtant un signe d’alerte connu de tous.

Pourquoi la police municipale ou les pompiers n’ont pas assuré l’évacuation ? Selon le chef de la sécurité de Hitia’a o te Ra, le pompier de garde n’était en poste que jusqu’à 15 heures.
Il faut savoir que le pauvre permanencier n’a même pas un véhicule de service pour intervenir !
Et selon les informations, les équipes étaient occupées sur une autre intervention à Hitia’a.
Si la commune s’est protégée en adoptant une délibération qui informe que les utilisateurs entrent dans la vallée à leur “risque et péril”, la mission d’alerte n’a pas été assurée.

Le feu rouge de la guérite ne pouvait pas prévenir du danger ceux qui étaient déjà dans la vallée. Il fallait bien aller sur place pour les faire évacuer ! 

 

J.-L.M.

 

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Orianne Obrize
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