Deux anciens marumaru bientôt abattus à Papeete

    vendredi 12 février 2016

    Dans le cadre du réaménagement de la voirie entre la piscine de Tipaerui et le rond-point Chirac, la direction de l’Équipement projette d’arracher deux marumaru qui bordent actuellement le foyer des jeunes filles de Paofai.  L’un pourrait causer, à terme, des problèmes de sécurité, tandis que le second, trop large, empêchera le passage des fauteuils roulants sur les nouveaux trottoirs.
    “Il est possible que ce soit l’un des plus gros marumaru de Papeete et il ne présente pas de risques, donc c’est dommage”, regrette toutefois un expert, qui appelle les autorités à mettre en place
    un véritable plan de gestion des arbres remarquables.

    Pollution, urbanisation, circulation… Encaissant les coups, les vieux arbres de Papeete ont-ils encore de beaux jours devant eux ? L’aménagement de la voirie entre la piscine de Tipaerui et le rond-point Chirac pose la question avec acuité puisque la direction de l’Équipement projette d’arracher deux des trois marumaru septuagénaires qui se dressent fièrement entre la voie rapide et le foyer des jeunes filles de Paofai.
    L’espèce aurait été introduite en Polynésie française durant la première moitié du XXe siècle, en provenance d’Amérique tropicale. Entre la clinique et le temple Paofai, les trois marumaru concernés auraient été plantés juste après la Seconde Guerre mondiale, pour ombrager les rues de la capitale. Mais aujourd’hui, leurs branches portent les cicatrices d’élagage à répétition, leurs bases sont coulées dans le goudron et leurs racines s’emmêlent aux réseaux électriques déployés sous leurs troncs… Des perturbations susceptibles d’entraîner des chutes de branches ou des déracinements, comme au pont de l’Est, où un arbre s’était brutalement effondré il y a trois ans.
    Dans le cadre de la réfection des trottoirs, qui seront désormais “colorés avec des petits parterres fleuris”, la direction de l’Équipement s’est donc interrogée sur l’état de santé des mastodontes. Une expertise a été réalisée le 30 décembre dernier par Jean-François Butaud, consultant en foresterie et botanique, qui n’a préconisé l’abattage que de celui du milieu, qui souffre de “grosses blessures” et de l’ombre de ses congénères. Mais au final, la direction de l’Équipement a également demandé l’abattage de son voisin de droite (côté clinique), afin de libérer le passage pour les fauteuils roulants.

    Impossible de faire repousser “des arbres comme ça”

    “Il ne présente pas de risque, donc c’est dommage”, regrette Jean-François Butaud, qui observe que le nombre d’arbres en ville (hors parcs et jardins) ne cesse de diminuer. Avec un tronc de 1,46 mètre de diamètre et une hauteur maximale de 20 mètres, “il est possible que ce soit l’un des plus gros marumaru de Papeete, ses dimensions pouvant en faire un des arbres remarquables de la ville”, écrit-il dans son rapport. “Ce ne sera pas possible de faire repousser des arbres comme ça”, prévient-il. “Il n’y a plus assez d’espace…”
    Une employée du foyer des jeunes filles de Paofai est, elle, bien heureuse de savoir que l’Équipement pense aux handicapés, qu’il y aura désormais moins de feuilles à balayer et que les marumaru ne s’effondreront pas dans sa cour au prochain cyclone… “Mais en même temps, c’est dommage, parce qu’ils sont plus vieux que moi”, soupire-t-elle, à l’instar d’un autre usager (lire ci-contre) qui aurait espéré une solution alternative.
    “Il est impossible de libérer un espace suffisant pour laisser passer les chaises roulantes entre la clôture du foyer et le tronc”, tranche toutefois Patrick Mercier, chef de l’arrondissement infrastructure à la direction de l’équipement, qui précise que le troisième marumaru septuagénaire, à l’angle de la voie rapide et du temple, ne doit sa survie qu’à la possibilité de décaler, à cet emplacement précis, le muret du foyer des jeunes filles.
    Un effort qu’appréciera sûrement Jean-François Butaud, mais qui confirme bien son impression d’arrangements “au petit bonheur la chance” (lire ci-dessous). “On a l’impression que les gens subissent les arbres en ville, alors que ce devrait être une chance. De façon générale, il conviendrait d’œuvrer à un véritable plan de gestion des arbres.”

    Marie Guitton

    Une gestion “au petit bonheur la chance”

    “On avait un dilemme : est-ce qu’on favorise le passage des piétons ou le maintien des grands arbres ?”
    La décision d’abattre deux marumaru septuagénaires devant le foyer des jeunes filles de Paofai ne satisfait personne, pas même la direction de l’équipement. “Mais on n’avait pas le choix”, assure-t-elle, tout en promettant la replantation d’autres arbres, peut-être des palmiers ou des petits arbustes, moins encombrants.
    “Les grands arbres anciens ont été plantés à un moment où l’urbanisme était totalement différent. Il peut s’avérer que certains d’entre eux ne sont plus adaptés”, ajoute Rémy Brillant, directeur général des services à la mairie de Papeete.
    Aujourd’hui toutefois, les évolutions futures de la ville ne seraient-elles pas plus prévisibles ? Afin “d’assurer la préservation, la mise en valeur et le maintien le plus longtemps possible des arbres remarquables”, Jean-François Butaud, consultant en foresterie et botanique, recommande à l’avenir la mise en place d’un “véritable plan de gestion des arbres en ville”. Car pour l’heure, rien n’existe, ou presque, et l’expert regrette des arrangements “au petit bonheur la chance”, au gré des projets d’aménagement.
    Le pays a bien un service des parcs et jardins, et la capitale un service de l’embellissement, “mais c’est vrai qu’on ne vérifie l’état de santé des arbres que lorsqu’il y a des travaux, et les arbres ne font pas partie du domaine classé de la commune”, explique Rémy Brillant. “Il n’y a pas véritablement de plan vert. À chaque aménagement, on essaye de préserver les arbres, mais dans la mesure du possible…”
    Lorsqu’ils présentent un intérêt et un espoir de repousser, les pieds peuvent être replantés plus loin. Le plan général d’aménagement de Papeete prévoit aussi que, dans le centre-ville, “des retraits ponctuels des constructions restent envisageables, par exemple pour assurer la préservation d’un arbre intéressant ou la mise en valeur d’un espace planté”.
    “Mais après, on ne peut pas empêcher les projets. Ce sont des arbres qui ont vu et traversé toute une époque, mais on pourrait imaginer autre chose…”, souligne Rémy Brillant.
    La ville concentrerait surtout sa réflexion sur les essences à privilégier : “Ce qu’on essaye de faire, c’est d’ombrager la circulation piétonne, tout en contenant les racines, ce qui n’est pas tout le temps évident. En gros, on cherche des espèces avec un long tronc et une touffe.”
    L’expert Jean-François Butaud appelle, lui, à surtout préserver l’existant. “Il est important de mener un travail en amont sur tous les arbres de Papeete, avant qu’ils ne s’avèrent gênants”, préconise-t-il.
    Quant aux marumaru septuagénaires : “Les travaux de réfection des trottoirs doivent blesser le moins possible leur système racinaire afin de pouvoir les conserver encore probablement plusieurs dizaines
    d’années.”

    M.G.

    TEITI ANNICK 2016-02-14 07:53:00
    Bonjour, il est bien dommage que la solution la plus radicale est prise en compte. En effet dès que ces MARUMARU seront coupés vous n'aurez plus qu'un grand vide avec plus de goudron et surtout moins de travail pour les personnes qui entretiennent les espaces verts. A quand une ville sans voiture avec des véhicules qui restent sur des parkings à l'entrée de la ville, des minibus électriques gratuits à la disposition de la population, et au moins là vous ne risquez plus d'avoir des personnes âgées ou des enfants bousculés par des véhicules. Il serait souhaitable que vous preniez le temps de réfléchir à un centre ville plus vivable pour tous. Je suis contre l'abattage des MARUMARU, j'espère que nous serons entendus. Cordialement
    tonton 2016-02-13 11:21:00
    Je viens de passer des vacances à Hawaii où il y a dans toutes les îles de grands et vieux arbres sublimes et magnifiquement taillés. Il y a aussi une association ont l'objet est la préservation de ces trésors de la nature. Je pense donc qu'il y a sûrement de bonnes idées à prendre là-bas pour la bonne gestion de notre patrimoine naturel. En attendant, je suis suis sûr qu'on doit pouvoir trouver des solutions pour faciliter le passage des piétons, même handicapés, sans abattre ces grands beaux arbres
    Lips 2016-02-13 03:10:00
    C'est quoi le plan ? On casse tout et on repart de zéro?
    alain 2016-02-13 02:53:00
    ils marcheraient plus, et pourraient s'arreter dans des magasins et ACHETER des trucs. mais les arbres, ca fait des feuilles qui tombent et il faut les ramasser, alors FIU, on coupe tout au moins on est tranquille.
    Papeete est, je m'excuse, a l'image de nombreuses villes du tiers-monde que je connais : trottoirs défoncés, pas à la même hauteurs, façades délabrées, voire fumée par incendie ou vieillesse, circulation completement bouchée, signalitique ( shop, lieux remarquables ) désordonnés et illisible, parking trop petit pour le nombre de véhicules, etc.......
    AVANT d'attirer des touristes, il faut faire une ville agréable pour SES habitants, c'est APRES que les étrangers viennent...et oui, c'est comme çà dans le monde entier.......
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