Deux cent cinquante nouveaux professeurs, arrivés de l’Hexagone, accueillis

    mercredi 9 août 2017

    rentrée des professeurs

    “Lorsque vous êtes en Polynésie, vous avez des conditions de vie privilégiée, mais aussi la nécessité d’adapter vos pratiques pour faire progresser nos jeunes polynésiens”, a-t-on indiqué hier aux nouveaux professeurs. (© Marie Guitton)


    Deux cent cinquante nouveaux professeurs feront bientôt leur rentrée dans les établissements scolaires du fenua. Les spécificités de nos îles sont nombreuses… C’est à eux de s’adapter, pour faire réussir les jeunes polynésiens.

    Tout juste débarqué de l’Hexagone, un bataillon de 250 professeurs, dont quelques Polynésiens, a été accueilli, hier, à l’université. Excitation, bâillements, bavardages et textos… Les rangs étaient un peu dissipés, mais curieux. Car dans quelques jours, c’est à Papara, Bora Bora, Raiatea ou Nuku Hiva que ces “nouveaux” profs feront leur rentrée.

    Géographie, répartition des compétences entre l’État et le Pays, organisation des familles, langues et cultures des archipels, aléas climatiques… Les spécificités sont nombreuses, sur leur nouvelle terre d’affectation. Et la journée d’hier avait donc pour objectif de leur donner des “clés” d’entrée.

    “Ne prenez pas d’avis définitif sur ce qu’est la Polynésie française dans les jours à venir”, les a prévenus le vice-recteur Philippe Couturaud. “Lorsque vous êtes en Polynésie, vous avez des conditions de vie privilégiée, mais aussi la nécessité d’adapter vos pratiques pour faire progresser nos jeunes polynésiens, j’insiste bien là-dessus”, a ajouté Thierry Delmas, à la tête de la direction générale de l’éducation et des enseignements (DGEE).

    Le responsable s’est arrêté sur les “problématiques” majeures qui doivent retenir leur attention. Le décrochage scolaire, d’abord, qualifié de “fléau”. “On a, dans la grande majorité des établissements scolaires, un climat serein. Globalement, les élèves sont extrêmement gentils, mais ils ont une réserve et, quelques fois, un manque d’ambition que vous aurez à changer, à réveiller”, a-t-il exhorté. “Ils sont tout à fait aptes à réussir. Il faut tout simplement les accompagner, les mettre en confiance (…). C’est vous, avec votre pédagogie, qui devrez faire en sorte que les jeunes restent scolarisés.”

    Pour aider les professeurs à adapter leurs programmes, une journée de formation sera organisée à la rentrée dans chaque spécialité. “Ce qui nous importe aussi, c’est l’égalité des élèves sur le territoire, réduire la fracture”, a ajouté le représentant de la ministre Tea Frogier, en évoquant la “grande hétérogénéité” des élèves. “Il y a quand même des points d’inquiétude. Le climat scolaire est en train de se dégrader sur des zones bien précises”, a-t-il affirmé. 

    Enfin, les nouveaux professeurs sont invités à tenir compte de l’isolement des îles et de l’éloignement entre le domicile et le lieu d’étude de leurs élèves. “À Taravao, certains se lèvent à 4 heures du matin pour être à l’heure. Aux Tuamotu, d’autres sont à cinq heures de bateau de leurs familles…”

    Depuis l’an dernier, un rapatriement supplémentaire est prévu à la Toussaint pour les élèves arrachés très jeunes à leur île. Mais la séparation pendant plusieurs semaines reste une véritable épreuve affective qui peut favoriser le décrochage.

    Certains nouveaux professeurs en feront eux-mêmes l’expérience, à des milliers de kilomètres de l’Hexagone.

    M.G.

     

     

     

     

    Les chiffres de l’éducation

     

    • Entre 700 et 1 200

    C’est le nombre de décrocheurs scolaires en Polynésie française, sur près de 32 000 élèves scolarisés dans les établissements du second degré (publics et privés). Soit environ 3 %.

     

    50 %

    C’est la proportion d’enseignants locaux dans le second degré. Elle progresse, mais le ratio tombe à 30 % pour les personnels de direction.

     

    Multiplié par 2…

    Lorsqu’il est affecté pour deux ans en Polynésie française, le professeur qui arrive de l’Hexagone voit son salaire métropolitain être multiplié par 1,84 s’il est affecté dans les îles du Vent et par 2,08 dans les autres subdivisions.
    À cela s’ajoute une “indemnité d’éloignement”, visant à “compenser l’éloignement de l’agent par rapport à sa résidence habituelle”. Elle correspond à dix mois de salaires bruts métropolitains, donc non majorés.
    Enfin, certains agents peuvent toucher, sous condition d’ancienneté, une “indemnité de frais de changement de résidence”, qui a pour but de couvrir leurs frais de déménagement et de transport. Un professeur célibataire affecté en Polynésie française peut ainsi percevoir une aide de 7 000 euros (835 000 F) environ. Pour un couple avec deux enfants, le montant tourne autour de 14 000 euros, soit 1,7 million de francs.
    De quoi alimenter de nombreuses interrogations, jusqu’à l’administration d’Emmanuel Macron, quand on sait que le coût de la vie au fenua n’est “que” 39 % plus élevé que dans l’Hexagone.

     

    • 26 566

    C’est le nombre d’élèves, tous niveaux confondus, qui sont domiciliés à plus d’un kilomètre de leur établissement (souvent bien plus loin) et qui bénéficient du transport scolaire public. 87 % sont acheminés à leur école par voie terrestre, 7,7 % par voie maritime et 5,3 % par voie aérienne (seulement trois rapatriements annuels sont alors prévus pour qu’ils retrouvent leur famille : à la Toussaint, à Noël et à la fin de l’année scolaire).
    Chaque année, le budget alloué au transport scolaire est de 1,5 milliard de francs. L’État participe à hauteur de 322 millions.

     

     

    67,8 milliards

    C’est le budget total, en francs pacifique, alloué à l’éducation en Polynésie française. L’État le finance à hauteur de 92 %.

     

     

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