Les deux frères écopent d’un mois de prison ferme

    vendredi 3 février 2017

    faaite deux frères prison correctionnelle

    Les deux frères ont été conduits à Nuutania à l’issue du procès. (© Florent Collet)

    Alors que leur jeune frère était inhumé au lendemain de ce qui aurait dû être son seizième anniversaire, H.T., 29 ans, et M.T., 21 ans, ont été jugés en comparution immédiate, hier, dans une affaire assez confuse sur fond d’alcool, qui s’est conclue mardi par le suicide d’un jeune adolescent. “Un dommage collatéral”, selon le procureur, d’une affaire “difficile, délicate”.

    En effet, dans ce différend familial, les témoignages récoltés durant l’enquête ont difficilement permis de faire la lumière sur le déroulé des faits. Dès le début de l’audience, les victimes –  le maire délégué et son adjointe – avaient indiqué ne pas porter plainte ni se constituer partie civile pour ne pas envenimer la situation, demandant simplement à ce que leur autorité soit respectée sur l’île.
    Tout débute avec l’arrivée de la goélette sur l’atoll. La famille de coprahculteurs réinvestit les 61 000 F de la vente des cocos dans des caisses de bières. Dans la journée, c’est près de 30 litres de bières qui sont consommées par le père de famille et cette importante fratrie. La dispute aurait débuté au sujet d’une inégale répartition des gains du coprah, sans pour autant que cela ne dégénère.

    Ensuite les témoignages diffèrent de la version des deux prévenus. Ces derniers prétendent simuler une bagarre, mais un coup touche le plus jeune, particulièrement ivre qui s’en énerve, et s’empare d’une hache pour calmer ses nerfs sur un cocotier. Une excitation qui déplaît au père qui, faute de pouvoir contrôler la situation, chasse ses deux fils de la maison. Un frère s’en émeut et fait part de son intention de mettre fin à ses jours en quittant la maison avec du fil de pêche pour aller se pendre. Il est finalement rattrapé par H.T. qui l’aurait poussé par terre – ou frappé selon les versions – et aurait récupéré le fil de pêche. C’est ce jeune homme qui était recherché mercredi et qui a finalement été retrouvé hier matin après avoir passé une nuit, endormi couvert de sable, sur un motu de l’île.

     

    Un atoll isolé où la tension peut vite monter

     

    Après les cris, et une course-poursuite dans les rues du village, la population de l’île sent la tension monter. La mère, elle-même, est dépassée, et demande au maire et à son adjointe de venir chez elle pour calmer la situation.
    À leur arrivée, le message ne passe pas ou plutôt… n’a pas le temps de passer. Les deux frères brandissent une hache en leur demandant de repartir. S’ils reconnaissent cet échange musclé, ils nient avoir jeté la hache, comme certains le prétendent. Mais les élus se sentent suffisamment menacés pour faire appel à la gendarmerie.

    Quand le Casa se pose sur l’atoll, avec 16 militaires à bord, la situation s’est calmée. L’un des plus jeunes frères s’est suicidé sans que personne dans son entourage n’ait perçu l’imminence d’un tel acte. H.T. est interpellé alors qu’il veille son frère, M.T. ne montre aucune difficulté à être appréhendé.

    Selon le procureur, il faut apporter de l’importance au contexte de cet atoll isolé où la tension peut vite monter lorsque des individus s’insultent et se montrent menaçants avec les seuls dépositaires de l’autorité alors qu’en général, “le muto’i, le diacre ou le maire suffisent à apaiser la situation”.

    S’il ne retient pas les violences de H.T. contre son frère, persuadé qu’il a agi pour l’empêcher de se suicider, il requiert néanmoins entre quatre et six mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Aux yeux de l’avocate des deux frères, cette affaire a pris des proportions inédites “car dans l’inconscient collectif, Faaite est une île maudite” et que ce dossier n’aurait pas été jugé de même si elle avait eu lieu à Bora Bora ou à Taravao.
    “Il faut rentabiliser le voyage des gendarmes à Faaite”, s’est-elle insurgée, estimant que l’élue avait perdu pied en contactant les gendarmes. Les deux hommes ont finalement écopé de six mois de prison dont cinq avec sursis et mandat de dépôt. Le plus jeune, qui souhaitait ne pas voir sa condamnation figurer à son casier pour poursuivre une carrière militaire, a obtenu satisfaction.

     

    F.C.

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