Deux jours à Tetiaroa avec Teiki Pambrun

    lundi 2 novembre 2015

    Teiki Pambrun, navigateur et naturaliste, vit avec sa compagne, Tea, et sa fille, Temanu, dans une pirogue, près d’un des motu de Tetiaroa, depuis bientôt trois ans. Pour survivre, la famille Pambrun pêche, ramasse des noix de coco, et fait des allers-retours à Papeete, de temps en temps, pour se réapprovisionner en eau douce, fruits, viandes et vivres.  Actuellement la cible de plusieurs procès intentés par les sociétés Frangipanier et Beachcomber, il a accepté de recevoir la rédaction à bord de son fare afin de nous faire partager, pendant 24 heures, son mode de vie atypique.

    Teiki Pambrun zigzague entre les patates de corail qui minent le lagon les yeux fermés. Debout sur son hors-bord, il est heureux de rentrer chez lui, après son séjour à Papeete où il comparaissait devant le tribunal correctionnel.
    Grand, les cheveux gris attachés en queue-de-cheval, la peau tannée par l’air marin et le soleil, Teiki Pambrun vit sur une pirogue, à Tetiaroa, avec sa femme Tea et sa fille Temanu.
    Le bateau est une embarcation traditionnelle. Elle est construite et décorée comme une pirogue de guerre. Le fare comprend trois chambres, dont une en mezzanine, une salle de bains et une cuisine.
    La petite famille s’éclaire grâce au soleil. Deux grands panneaux solaires surplombent le toit. Lady, le chien de Temanu, un beau dalmatien, nous accueille en remuant la queue. Elle arrive à la nage, avant de monter sur le petit hors-bord qui nous amène à destination. Pour le dîner, ce sera du riz au maïs et la prise du jour, un repas simple accompagné d’un petit verre de vin blanc. Ce soir-là, c’est fête, le procès s’est bien passé et Teiki Pambrun est de retour à la maison. L’ambiance est détendue et bon enfant.
    Leur vie est cadrée. “Il faut deux heures pour s’occuper de la nourriture, deux heures pour faire le ménage et s’occuper de la pirogue. Le reste du temps, c’est que du plaisir. Je fais l’école de Temanu, on fait de la musique, on va nager et se balader…”, raconte Teiki Pambrun. “C’est la belle vie, ici”, rajoute-t-il dans un haussement d’épaules.
    “C’est le paradis sur Terre”, confirme Tea, sa compagne, ancienne hôtesse de l’air pour Air Tahiti Nui.
    Si elle s’est très vite faite à cette vie d’ermite, elle admet avoir “longtemps hésité”. “Je me disais : ‘À tout moment, je peux faire marche arrière’. Mais la vie a fait qu’on s’est lancé là-dedans, et je ne regrette pas.”
    Elle peut vivre comme ça aujourd’hui parce qu’elle a “déjà bien vécu”, son ancien métier d’hôtesse de l’air lui a permis de parcourir le monde. “Je peux vivre ici parce que j’ai voyagé, j’ai découvert beaucoup de pays. Maintenant que j’ai vu tout ça, je sais qu’il n’y a rien de mieux ailleurs que ce que j’ai ici”, avoue-t-elle franchement.
    En riant, elle nous présente Honu’ea et Aie, deux des énormes carangues qu’ils ont adoptées. “Elles protègent la pirogue des requins et veillent à ce qu’ils ne s’approchent pas trop. Quand ils sont trop près à leur goût, elles les chargent.”

    “Notre mode de vie est particulier”

    Teiki et Tea apprennent à leur fille à vivre selon leurs valeurs. En plus de lui faire l’école traditionnelle avec les cours à distance du Cned, ils lui font découvrir la pêche, la faune et la flore qui l’entourent, mais aussi la culture et les histoires tahitiennes.
    “Nous essayons de lui inculquer un mode de vie écologique en respect avec la nature”, indique le père de famille.
    “Notre mode vie est particulier, nous ne voulons pas non plus trop l’isoler du monde, c’est pourquoi nous recevons de la visite assez souvent”, raconte Teiki Pambrun.
    Tea de rajouter : “L’année prochaine, elle entre en troisième. Nous allons la faire réintégrer le collège parce qu’elle va passer son premier gros examen, le brevet, et ça lui fera une année de transition avant l’entrée au lycée.”
    Temanu réalise bien la chance qu’elle a de vivre sur une pirogue avec ses parents et appréhende l’année à venir et tous les changements qui l’attendent. La vie de Robinson qu’ils mènent ne l’empêche pas de se tenir au courant des tendances. C’est une adolescente de son époque, elle pianote sur son vini, surfe sur les réseaux sociaux et mange du beurre de cacahuètes au petit-déjeuner. Elle nous accueille en petit short en jean, une plume dorée en tatouage éphémère dans le creux de l’épaule et des ongles assortis, parfaitement laqués de vernis or. Ce qui la différencie des autres adolescents, c’est qu’elle sait pêcher, faire de l’huile de tamanu, chasser le crabe et, surtout, elle a appris à vivre en quasi-autarcie. Sa chienne Lady la suit partout, on verra d’ailleurs rarement Temanu sans elle.
    Vers 7 heures du matin, Tea et Temanu nous accompagnent pour faire le tour du motu. Nous longeons tranquillement la plage jusqu’au phare. “J’aime bien me promener sur la plage avec Temanu”, avoue Tea. “Les paysages sont splendides. Parfois, quand ça nous prend, nous faisons des couronnes de lianes que l’on agrémente avec des petites fleurs blanches.”
    Quand il fait trop chaud, on s’arrête pour piquer une tête dans l’eau et se rafraîchir avant de repartir. Leur quotidien alterne en fonction du temps et du vent.

    Au fil de la météo

    La météo leur “suggère” des activités : une balade en canoë, un peu de kitesurf, du bodyboard ou encore de la plongée.
    Pendant la balade, un bruit de bateau nous interpelle. Ce sont les gardiens de l’hôtel The Brando qui viennent veiller à ce qu’on n’entre pas dans le motu, qui est une propriété privée.
    “Ils viennent souvent nous surveiller”, assure Tea. Ce jour-là, nous verrons deux bateaux de surveillance.
    Le retour est suivi d’un repas frugal à base de fromage, pâté de campagne et de pain. C’est l’heure de la pause, Tea s’arme de son ‘ukulele et entonne des chants tahitiens, pendant que Temanu et Lady jouent. Teiki est parti préparer le bateau pour notre départ. La journée se déroule lentement, tranquillement, au rythme du clapotis des vagues au 17e parallèle sud.
    La vie de Robinson a ses inconvénients. Quand les vivres viennent à manquer, il reste la pêche et les noix de coco, mais l’eau douce est leur bien le plus précieux. Quand ils reçoivent de la visite, les invités viennent toujours les bras chargés d’eau, de fruits et de légumes. Cette vie paisible au rythme de la nature ne tient qu’à une décision de justice, reste à savoir si le tribunal demandera la saisie de la pirogue ou bien si Teiki Pambrun remportera cette bataille dans la guerre qui l’oppose à l’hôtel The Brando.

    M-C.C.

    Teiki Pambrun et The Brando en quatre dates

    > 4 novembre 2015 : le tribunal civil de grande instance se prononcera sur la demande de la SA Frangipanier tendant à la réalisation de la sûreté : vente forcée, autorisation de vente amiable ou attribution d’un bien immobilier constitutif de la sûreté à l’encontre de Teiki Pambrun.

    > 27 octobre 2015 : Teiki Pambrun comparaît devant le tribunal correctionnel pour des motifs de transport de passager sans notification, défaut de changement de propriété et non-respect de stationnement sur les eaux publiques.
    Le délibéré est attendu pour le mois de décembre.

    > 22 janvier 2015 : la cour d’appel a rejeté l’appel de Teiki Pambrun, contre le jugement en référé lui signifiant son expulsion de Tetiaroa.

    > Août 2014 : la justice lui interdit de mouiller
    à 10 km autour de l’atoll de Tetiaroa.

    jacques 2015-11-02 15:32:00
    Un homme normal ( je connais beaucoup d'habitants de bateaux comme je l'ai été ) face à un hotel de luxe qui veut vendre des motus autour ....
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