Deux milliardiaires choisis pour construire des vaisseaux spatiaux privés

    dimanche 21 septembre 2014

    Elon Musk, fondateur de SpaceX, et Jeff Bezos, créateur d’Amazon et de Blue Origin, deux milliardaires d’internet rivaux mais fans d’espace viennent de sceller chacun d’importants contrats qui vont bouleverser le paysage spatial et le faire dépendre davantage du secteur privé.
    Jusqu’à la fin des navettes en 2011, l’agence spatiale américaine était le seul maître du jeu aux États-Unis dans le transport spatial pour accéder à l’orbite terrestre basse.
    Or la Nasa vient de sélectionner cette semaine SpaceX et Boeing pour construire les deux premiers vaisseaux privés de transport de personnes à la Station spatiale internationale (ISS) à partir de 2017 avec un contrat total de 6,8 milliards de dollars.
    Quant au marché juteux des lancements de satellites militaires et de sécurité nationale, il revient jusqu’à présent exclusivement à United Launch Alliance (ULA), société conjointe entre Boeing et Lokcheed Martin, un quasi-monopole que SpaceX entend briser, affirmant pouvoir offrir des prix nettement inférieurs.
    Or mercredi Blue Origin et ULA ont dévoilé un partenariat pour développer un nouveau moteur de fusée basé sur les technologies de Blue Origin censées réduire nettement les coûts de lancement.
    Il doit aussi mettre fin à la dépendance du moteur russe RD-180 qui équipe la fusée Atlas V, un des deux lanceurs de UAL qu’utilisera Boeing pour lancer son futur vaisseau spatial habité.
    Depuis le dernier vol de la navette, les États-Unis dépendent exclusivement des Soyouz russes à 70 millions de dollars le siège pour transporter leurs astronautes à l’ISS, une situation délicate vu la très forte détérioration des relations américano-russes en raison de la crise en Ukraine.
     
    Concurrence accrue
     

    Face aux contraintes budgétaires, la Nasa a dès la fin des années 2000 encouragé le secteur privé à prendre la relève pour offrir à moindres coûts des services de transport de fret et de passagers à l’ISS, faisant aussi appel à de nouveaux venus dans ce secteur.
    SpaceX et Orbital Sciences ont ainsi obtenu dès 2011 des contrats de respectivement 1,6 et 1,9 milliard pour des missions de livraison à l’ISS.
    Ces premiers contrats ont sonné l’avènement de vols privés orbitaux et dopé les ambitions de sociétés cherchant à développer le tourisme spatial, comme Virgin Galactic du milliardaire britannique Richard Branson ou l’américain Begalow. Virgin va offrir des vols suborbitaux à la frontière de l’espace et Begalow des séjours dans des hôtels orbitaux formés de modules gonflables pour lesquels il aura besoin des vaisseaux de SpaceX ou de Boeing.
    Avec la commande de la Nasa à SpaceX et Boeing et l’investissement de Blue Origin dans un nouveau moteur de fusée et probablement un nouveau lanceur, l’espace relève de plus en plus du secteur privé, notent des analystes.
    « Nous avons vécu une semaine remarquable dans l’histoire spatiale avec l’émergence de deux fournisseurs de vaisseaux commerciaux de transport spatial, Boeing et SpaceX, et la création d’un partenariat privé bien financé (ULA/Blue Horizon) pour développer la prochaine génération de lanceurs », relève John Logsdon, ancien directeur du Space Policy Institute à Washington.
    Pour lui, l’accord entre Jeff Bezos et ULA « est très sérieux car Bezos qui dispose de beaucoup de moyens –il pèse plus de 30 milliards de dollars– parie sur le marché des vols spatiaux pour gagner de l’argent ».
    Selon John Logsdon, il ne s’agit pas seulement de remplacer le moteur russe RD-180 mais aussi de développer un nouveau lanceur qui succédera aux deux lanceurs américains actuels.
    « C’est très significatif de voir quelqu’un comme Jeff Bezos qui a eu un tel succès en affaires croire en la rentabilité de ce marché », a-t-il ajouté.
    Bien que Elon Musk et Jeff Bezos soient des rivaux, « ils partagent une grande passion de l’espace, un bon sens des affaires et des ressources financières importantes et tout cela bouleverse le secteur spatial », résume cet expert.
    « La privatisation de l’espace s’accroît avec une concurrence accrue, ce qui fait baisser les prix et permettra aux États-Unis d’être compétitifs sur le marché du lancement de satellites face aux lanceurs européen Ariane et russe Proton », affirme à l’AFP Michael Lopez Alegria, président de la Commercial Spaceflight Federation, groupement professionnel de promotion des vols spatiaux commerciaux.

    AFP

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