Développer un réseau de circulation d’artistes océaniens

    vendredi 30 juin 2017

     

    putahi

    Le Putahi a été créé afin de permettre aux étudiants du Centre des métiers d’art l’accès à un réseau d’artistes et à d’autres points
    de vue. L’établissement souhaite aujourd’hui aller plus loin en développant un réseau de circulation afin que ses étudiants puissent trouver des espaces pour exposer et vivre de leur pratique. (© Photo : Vaiana Hargous)


    La 5e édition du Putahi, le rassemblement d’artistes océaniens organisé par le Centre des métiers d’art (CMA), s’achèvera ce soir dans ses locaux par le vernissage d’une troisième exposition d’œuvres réalisées par les invités et les étudiants du centre. L’occasion ici de revenir sur l’exposition d’ouverture, qui s’est tenue du 21 au 28 juin à la galerie Winkler, tenue par Vaiana Drollet. Elle nous parle de cette première qu’elle espère pérenne et régulière, de la place des galeries d’art dans le développement de la circulation des artistes et des liens à créer à cet effet.

     

    Combien d’artistes océaniens ont exposé chez vous dans le cadre du Putahi ?
    Il y a eu 22 artistes, la plupart des délégations de Hawaii et de Nouvelle-Zélande, et il y avait aussi des Tongiens, deux personnes des îles Cook et une Calédonienne. Parmi les œuvres exposées, il y avait des sculptures sur verre, du tressage, des œuvres sur papier, des toiles, des collages, de la photographie, de la sérigraphie, de la gravure… Il y avait vraiment beaucoup de procédés différents. Il y avait aussi des objets en bois plus traditionnels, de Hawaii notamment.

     

    Pourquoi avoir adhéré au projet d’exposer des artistes de l’extérieur ?
    Quand ils m’ont proposé ça, j’étais partante tout de suite parce que ça permet notamment aux artistes locaux de pouvoir échanger avec les artistes qui viennent de l’extérieur et aussi le public. Pour moi, ça permettait de créer une dynamique et finalement d’interroger le spectateur parce que j’ai remarqué que l’attitude était un peu différente par rapport à ces œuvres. Par rapport à ce que j’expose d’habitude, le regard était différent, certaines personnes ont été surprises, elles ne s’attendaient pas à voir ce genre de peintures dans la galerie. C’était intéressant.

    À terme, le Putahi a pour but de développer un réseau de circulation d’artistes océaniens. Quelle peut être la place des galeries d’art dans ce dessein ?
    Je crois que l’étape a été franchie d’exposer dans une galerie privée et je crois que c’est une bonne chose parce que ces artistes qui sont à l’extérieur fonctionnent aussi dans des galeries dans leur propre pays. Donc il n’y a pas de raison que ce réseau-là soit mis à l’écart. C’est-à-dire que ça fait partie du jeu, ça fait partie finalement du rayonnement de l’art en Océanie. Plus il y aura de lieux d’exposition, plus il y aura de chance que ça circule, que ça s’échange, que ça partage. C’est dans ce sens-là qu’il faut aller, et j’espère que la prochaine fois, on pourrait passer encore une étape supplémentaire en faisant voyager aussi, par exemple, les artistes que je représente à la galerie. Il faut que ça fonctionne dans les deux sens.

     

    Mais n’est-il pas envisageable, en dehors du cadre du Putahi, que les galeries du Pacifique se mettent elles-mêmes en accord pour faire circuler les artistes océaniens ?
    Je ne sais pas, j’ai été voir un peu en Nouvelle-Zélande et je n’ai pas réussi à nouer de contacts. Mais peut-être que par le biais du Putahi, ça serait plus facile.
    Si, la prochaine fois, ils incluent une galerie à l’étranger, le lien peut se créer à ce moment-là, mais ce n’est pas évident entre galeries de “s’échanger” les artistes. Je ne sais pas dans quel état d’esprit sont les autres, mais personnellement, ça ne m’est jamais arrivé d’échanger avec une galerie étrangère. J’aimerais bien, ça serait un beau projet. Surtout que j’ai l’impression que c’est dans l’air du temps. Il y a de plus en plus d’échanges, les artistes voyagent beaucoup. Il faut juste arriver à s’entendre, à se croiser, se parler. J’ai l’impression que, jusqu’à présent, les établissements privés ou publics étaient très cloisonnés. Chacun dans son coin, on se regardait en chien de faïence et au final, il faut que ça bouge parce que c’est une vision un peu passéiste de l’art aujourd’hui.

    Par exemple, il y a quelque chose qui m’a touchée dernièrement. Dans le dernier Hiro’a, il y a un article sur le Putahi et à aucun endroit il n’est cité que la galerie Winkler participe à l’événement. Et ce n’est pas la première fois que ça arrive. Le Musée (de Tahiti et des îles, NDLR) m’a sollicitée au mois de février pour faire l’expo Tiki, et pareil, on n’a pas été cité. Pourtant, c’est un magazine culturel, mais ce sont les services publics qui le gèrent et on dirait qu’il ne faut pas qu’une entreprise privée puisse avoir une part dans ce magazine. Je ne comprends pas. Ce sont ces établissements publics qui me sollicitent pour participer et en retour, ils ne veulent pas nous mettre dans leur magazine. Qu’est-ce que ça veut dire ? Il y a cette espèce de frontière privé/public qui est encore trop active ici et il faut que ça
    bouge.

    Cette année, cela fait déjà deux fois qu’on me sollicite pour participer à des choses en partenariat avec le ministère, donc les lignes sont en train de changer, mais il y a encore beaucoup de travail. Parce que c’est en valorisant tous les espaces qui existent que l’on va avancer. Que ce soit ma galerie ou d’autres, il faut mettre tout le monde en avant. Parce que finalement, ce sont les artistes qui font le lien aujourd’hui. Bien qu’on voit encore qu’il y a des réticences au niveau des autorités pour ne pas faire figurer ce lien. C’est dommage. Il faut que ça change.

     

    Au niveau des œuvres exposées, tout a été vendu ?
    Non, ce n’est pas des choses qu’on vend comme ça. Souvent, il faut un peu de temps et le problème de cette exposition est qu’elle n’a duré qu’une semaine. J’ai eu des gens qui ont voulu réfléchir, mais les artistes repartent avec leurs œuvres demain, donc c’est compliqué. Ce n’est pas comme avec les autres artistes avec lesquels je travaille toute l’année. On peut découvrir un artiste et acquérir une œuvre trois mois après. Là, c’est un one shot comme on dit et c’est un peu compliqué.
    Mais j’ai eu quelques ventes, donc ça veut dire que c’est un bon début. Et puis c’était la première fois que le Putahi exposait dans une galerie, donc le temps que les gens réagissent, c’était passé. Mais si ça devient quelque chose de pérenne et régulier, je pense que les gens vont attendre l’événement et venir plus nombreux.

     

    Un mot pour la fin ?
    Je pense que c’était une bonne initiative de prolonger ce Putahi dans d’autres lieux d’exposition que le Centre des métiers d’art. Je remercie Viri (Taimana, directeur du CMA, NDLR) et Tokainiua (Devatine, enseignant en histoire et culture polynésienne au CMA, NDLR), qui sont les deux personnes qui ont été à l’origine de tout ça, de nous avoir inclus dans ce projet et je veux dire que ça va dans le bon sens. Ça va faire bouger les choses et c’est tout ce qu’on demande.

     

    Propos recueillis par V.H.

     

    Capture d’écran 2017-06-30 à 09.45.28

        Edition abonnés
        Le vote

        Recensement : Êtes-vous prêt à répondre à toutes les questions même intime malgré une garantie de l'anonymat ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete