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Devenir une « nation digitale », le défi de la prochaine décennie

lundi 26 février 2018

Philippe Lemonnier, fondateur de Pacific Ventury, société de conseil en leadership et en développement humain, a participé les 19 et 20 février à une importante conférence organisée par le gouvernement néo-zélandais. Acteurs publics et privés ont planché sur les défis à relever pour mener à la création des nations digitales de 2030.

Ces défis ne sont pas seulement techniques mais surtout institutionnels, sociaux et économiques. « On peut aujourd’hui difficilement continuer à parler ‘d’économie numérique’ tant le numérique est désormais partie prenante de toute forme d’activité économique et, plus généralement, de tout activité sociale », écrit Philippe Lemonnier. Mais « socialement, les communautés humaines peinent à suivre le rythme, au risque de créer d’importantes inégalités ».

 

« Pas une énième usine à gaz »

 

Alors, quel rôle pour les institutions publiques ? Elles ne doivent surtout pas rater le coche et agir en amont de l’évolution : « Il s’agit d’envisager la digitalisation comme un moyen de revoir leur fonctionnement et de la concevoir non pas du point de vue de l’administration, mais du point de vue du citoyen. »

Philippe Lemonnier a été, comme tous les participants à la conférence, bluffé par le modèle estonien, premier pays à avoir organisé une élection en ligne et dont l’administration est organisée de façon à ne jamais demander deux fois le même document aux citoyens, par une mutualisation des données. Le projet digital devient ainsi « un outil de simplification et de proximité, et non pas une énième usine à gaz qui copie-colle des processus désormais dématérialisés. (…) Si le gouvernement ne montre pas l’exemple, rien ne se fera. »

“Le succès, ce n’est pas construire une infrastructure et ensuite croiser les doigts pour que cela marche (…) c’est ensuite éduquer les populations pour qu’elles soient prêtes à accueillir le changement« , a déclaré Clare Curran, ministre néo-zélandaise des Services digitaux. Son gouvernement voit la technologie comme un droit humain.

Pourquoi pas nous ? Que nous manque-t-il pour prendre le virage numérique ? « Le terme qui est revenu le plus souvent au cours des débats est bien la ‘transparence’ : transparence dans la gestion des données (collecte et traitement), transparence dans la stratégie et dans les échanges avec la population. » Inclusion et créativité sont les conditions d’une digitalisation réussie.

C.P.

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Philippe Lemonnier, spécialiste du « leadership » en entreprise, met en garde contre une approche classiquement bureaucratique de l’ère numérique.

 

 

 

Philippe Lemonnier, fondateur de Pacific Ventury

« L’occasion de repenser notre modèle »

 

Le numérique est partout. Lui consacrer un ministère, ce n’est plus la peine ?

Si, dans la situation dans laquelle est le pays, c’est évident que oui, parce qu’il faut quelqu’un justement pour pousser ces réformes et cette digitalisation. Maintenant, effectivement, parler de l’économie numérique, ça n’a plus de sens. Le numérique est partout, au quotidien, quoi qu’on fasse, on fait du numérique à un moment donné.

Ce qu’il faut penser, c’est comment l’économie qu’on connaît est impactée positivement ou négativement, comment on s’adapte à ce changement du numérique au quotidien.

 

Vous faites référence à l’avancée de pays comme la Nouvelle-Zélande ou l’Estonie dans leurs rapports avec l’usager, beaucoup plus bienveillants et positifs que ce que nous avons vécu jusqu’à présent, qui est un rapport centré sur le renseignement, l’obligation, etc.. Chez nous, le numérique n’est pas encore développé pour l’usager, mais pour l’administrateur ?

C’est ça. En fait, ce qui se fait bien souvent, que ce soit en Polynésie ou dans l’Hexagone, c’est qu’on va copier-coller le fonctionnement administratif dans le numérique, et en gros, on va refaire exactement les mêmes procédures. Alors que ça devrait être l’occasion de repenser notre modèle et notre système en utilisant ces outils qui permettent de faciliter les choses. Regardez la régulation : finalement, il y a moins besoin de contrôles administratifs parce que le contrôle se fait directement par les usagers, à travers des sites comme TripAdvisor ou Yelp, où les gens, en notant les enseignes, les poussent à s’améliorer. Du coup, ça réduit le rôle de l’administration qui peut se concentrer sur des choses plus utiles.

 

Où en est la Polynésie ? Que doit-on faire ?

Je pense qu’il y a une envie, mais on ne sait pas trop par quel bout prendre le sujet. Il faut libérer les potentiels. Il y a de plus en plus de compétences en local, je suis persuadé que le potentiel est là, les idées sont là. Mais il faut repenser notre façon de faire. Je pense que le Pays oublie de regarder cette transformation digitale du point de vue humain. On la regarde du point de vue technique, un tas d’experts sont venus nous expliquer comment il fallait faire, mais on ne s’est jamais dit comment on veut cette société digitale, comment on veut que ça impacte notre quotidien, notre façon de vivre locale, comment on fusionne tout ça.

 

Quelles conclusions a tiré cette conférence ?

D’abord dire que l’accès au numérique est un droit, je ne pense pas jamais l’avoir entendu ici, en tout cas, ce n’est pas démontré dans les actes, puisqu’il suffit de regarder l’infrastructure ou les tarifs. Les deux autres mots-clés sont transparence et compassion. On voit souvent la technologie comme quelque chose d’assez abstrait, qu’on a du mal à comprendre, on a vu des débats récemment sur certaines technologies qui favorisent un individualisme forcené, or là, l’ensemble des personnes présentes à la conférence disaient qu’il faut se tourner vers l’humain, le collectif, le collaboratif, et faire en sorte d’être le plus transparent possible. Par exemple, comment équilibre-t-on la dissémination des données avec le respect de la vie privée ? L’Estonie et la Nouvelle-Zélande ont mis en place des plateformes qui permettent au citoyen d’identifier quelle data est collectée.

Je pense qu’on a une approche trop verticale, qui renvoie au modèle culturel d’avant. Il faut être plus circulaire. C’est ça qui est intéressant dans cette révolution digitale, c’est que si on sort de la technique, on se rend compte que c’est un questionnement complet du monde dans lequel on vit. Pour le pire ou pour le meilleur, mais ça, c’est nous qui décidons.

 

La Polynésie est-elle à un moment charnière sur ce plan ?
Absolument. On est au bon moment pour faire notre choix. Et le choix ne doit pas être fait par une seule institution, il doit être fait par toute la population.

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