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Diplomatie – L’Australie parie sur la Polynésie française

mardi 2 juillet 2019

Paul Wilson, consul général d’Australie à Nouméa.

Paul Wilson, consul général d’Australie à Nouméa.


Il y a près d’un an, le Premier ministre australien, Scott Morrison, annonçait l’implantation du consulat général en Polynésie française. Le consul général d’Australie à Nouméa, Paul Wilson, fait le point avec nous sur la question, et parle plus largement des accords commerciaux et politiques dans la zone, ainsi que des relations avec l’État français.

Votre venue en Polynésie française se fait dans un contexte où l’Australie souhaite ouvrir un consulat en Polynésie française.

“Tout à fait. Je suis consul général en Nouvelle-Calédonie et je suis en Polynésie française tous les quatre ou cinq mois.

Ma visite avait plusieurs objectifs. Tout d’abord accompagner des étudiants australiens sous l’égide du nouveau “Colombo plan” mais évidemment, cela a été l’occasion pour moi de discuter avec les autorités polynésiennes et de l’État de l’implantation d’un consulat général ici, à Papeete.

C’est une volonté de l’Australie. Nous attendons un accord formel entre l’Australie et la France sur ce sujet et espérons ouvrir ce consulat au premier semestre 2021. Il y a des choses techniques à régler mais tout le monde est très positif dans ce cheminement. Cela prend un peu de temps puisque ces discussions doivent être menées avec le gouvernement local, mais aussi le haut commissariat et le Quai d’Orsay, à Paris.”

 

Quel est l’intérêt de l’Australie à ouvrir un consulat en Polynésie française ?

“Il y a un contexte Pacifique et un contexte local. Le gouvernement australien a un grand programme de renforcement des liens, partout dans la région. C’est le Pacific Step up. L’engagement renforcé dans le Pacifique.

Actuellement, il y a cinq pays membres du Forum du Pacifique sud, où nous n’avons pas de représentation. Cook, Niue, Îles Marshall, Palau et la Polynésie française.

Donc le gouvernement d’Australie a décidé de construire des missions diplomatiques dans tous les pays membres depuis 2016. Il y a un élément bilatéral à prendre en compte. Nous reconnaissons l’importance de la Polynésie française comme membre de la famille du Pacifique. Nous allons pouvoir travailler sur nos relations politiques, économiques et culturelles. C’est aussi une façon d’accentuer nos bonnes relations entre l’Australie et la France.”

 

Le président de la République a d’ailleurs parlé, en visite en Australie l’an dernier, de la constitution d’un axe Indo-Pacifique avec l’Australie en son centre.

“Nous avons de bonnes relations avec les forces armées basées en Polynésie française, avec la France. Il y a des questions importantes à voir ensemble comme le flux des trafiquants de drogues qui viennent d’Amérique du sud et qui arrivent chez nous, en passant par bateau par les eaux polynésiennes. Il y a de la cocaïne, de la métamphétamine, et les forces armées françaises ont un rôle majeur dans la surveillance de ces trafics. À l’échelle du Pacifique, nous renforçons notre réseau diplomatique.”

 

Avec beaucoup de ces pays, vous avez des accords commerciaux de libre échange. La Polynésie française pourrait-elle rentrer dans l’un d’eux comme le Pacer Plus par exemple ?

“Oui, c’est un accord qui permet de développer les règles internes pour mieux faire commerce dans la région et moderniser les relations avec les douanes, les systèmes informatiques, des choses telles que celles-là.

C’est un accord de commerce, mais aussi un accord de développement pour les pays du Pacifique. La Polynésie française n’en est pas membre, mais ce serait une façon aussi d’être mieux intégrée dans la région que d’y souscrire.

C’est, je pense, important pour la Polynésie française d’intégrer ces accord après avoir intégré le Forum du Pacifique sud. La France encourage ses collectivités à être mieux intégrées dans leur région donc Pacer Plus peut être un axe d’intégration.”

 

Les relations entre l’Australie, la Polynésie française et la France n’ont pas toujours été simples… La page nucléaire est-elle tournée pour ce qui est des relations entre nos Pays ?

“Absolument. L’histoire de nos relations est… Quand on regarde notre histoire dans un sens plus large, il faut se souvenir aussi de nos combattants australiens morts en France pendant les deux guerres mondiales.

Beaucoup d’Australiens ont des membres de leur famille enterrés en France. C’est un lien historique important. Et dans l’Indo-Pacifique, c’est une relation globale que nous avons.

L’Australie et la France se sont engagées à faire respecter le droit international dans la zone. Nous avons récemment signé avec la France un contrat très important pour la construction d’un sous-marin.

C’est un projet énorme, c’est plus qu’un accord commercial. Cela montre la confiance économique et politique entre l’Australie et la France. On peut parler de l’histoire… mais il faut parler aussi d’aujourd’hui.”

 

Le tourisme rebondit en Polynésie française. Des passerelles peuvent être montées entre les deux pays ?

“J’espère que le développement de nos liens permettrons des échanges dans les deux sens. Cela reste du business. Il y a des touristes australiens ici, des touristes polynésiens en Australie.

À mon avis, il faudrait des vols directs entre l’Australie et Papeete. C’est une question commerciale pour les compagnies aériennes qui devrait être étudiée. Il y a un fort potentiel dans les deux sens. Les Australiens aiment beaucoup les croisières, par exemple, et dans le même temps, les Polynésiens vont de plus en plus en Australie, et pas seulement sur la Gold Coast.

Nous avons des visas vacances-travail pour les ressortissants français, donc pour les Polynésiens aussi. Notre politique du tourisme est très développée.”

 

La Polynésie française a pour projet de mettre à jour une université de la mer. C’est un projet qui pourrait intéresser l’Australie ?

“J’espère. Le “Colombo plan” serait parfait pour cela. Il y a de très bons instituts ici comme le Criobe, l’Ifremer, l’Institut Louis-Malardé qui encouragent les échanges entre les Pays. Nous faisons tous partie d’un même continent… le Pacifique bleu.”

 

Ce Pacifique bleu, il faut le protéger. L’enjeu majeur est la protection de l’environnement aujourd’hui. L’Australie a son rôle à jouer pour protéger les petites îles de la région.

“Oui, nous avons débloqué un fond à auteur de 1,4 milliard de dollars australiens (100 milliards de francs) pour cela. Il est important de renforcer la coopération sur le sujet dans la région.”

 

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

 

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