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Diplomatie – Doit-on craindre un effet Trump dans la zone Pacifique ?

mercredi 1 février 2017

Christian Lechervy

Christian Lechervy, ambassadeur de France dans le Pacifique, fait le point sur l’actualité régionale. (© Marie Guitton)


Christian Lechervy, ambassadeur de France dans le Pacifique, est au fenua jusqu’à mardi, où il rencontrera des responsables de la Polynésie française, de la Nouvelle-Calédonie, et de Wallis-et-Futuna.

L’occasion de faire le point sur les préoccupations communes de nos collectivités, leur intégration au sein des instances régionales de coopération, et sur les éventuelles conséquences, pour les îles du Pacifique, des mesures prises par Donald Trump, aux États-Unis.

 

 

La récente adhésion, en tant que membres de plein droit, de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie au Forum des îles du Pacifique est-elle la preuve de leur bonne intégration régionale ?

Ça change beaucoup de choses. La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie sont désormais reconnues comme des partenaires de plein exercice et participent donc, à ce titre, à toutes les réunions, des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres, ou les réunions techniques et celles qui peuvent se tenir avec des partenaires étrangers. Donc symboliquement, c’est très fort, le Forum étant historiquement la principale organisation politique régionale.

Néanmoins, l’intégration régionale ne s’opère pas seulement au travers du Forum. La Nouvelle-Calédonie est par exemple devenue, en 2016, membre du bureau régional du Pacifique de l’Organisation mondiale de la santé. Aujourd’hui, aussi bien la Polynésie que la Nouvelle-Calédonie s’intègrent dans un nombre important d’organisations politiques mais aussi plus techniques. Comme le Forum, donc, mais aussi le Groupe des dirigeants polynésiens, qui s’est réuni ici en 2015 et 2016, la Communauté du Pacifique, le Programme régional océanien de l’environnement, l’Organisation du tourisme du Pacifique sud (SPTO, NDLR) dont l’un des sommets s’est également déroulé ici récemment…

 

 

Fin 2015, la Polynésie a porté la voix des leaders polynésiens, notamment la déclaration de Taputapuatea, à la COP21. A-t-elle été entendue ? Ce type d’organisation a-t-il vraiment un poids ?

A la veille de la COP21, il y a eu une rencontre entre François Hollande, les ministres français des Affaires étrangères, de l’Environnement et des Outre-mer, et les chefs d’Etat et de gouvernement polynésiens. En 2016, une nouvelle déclaration a été adoptée ici par le Groupe des dirigeants polynésiens sur la question des océans, et elle a été portée par le président Edouard Fritch lors du sommet qui s’est déroulé à Hawaii, avec le président Obama. Le thème des océans va encore être porté dans un grand nombre de forums internationaux. D’abord Fidji et la Suède vont organiser un sommet sur les océans qui se déroulera à New York au mois de juin. Puis le sujet sera porté à nouveau lors de la COP23 qui est présidée par Fidji et se tiendra à Bonn en Allemagne…

 

 

Quelles sont les principales préoccupations sur les océans ?

Tout ce qui est lié à la lutte contre la pêche et les captures illicites est une préoccupation pour tous les territoires de la région, en termes économique et environnemental.

Il y a la protection des coraux, une matière où la Polynésie a un savoir-faire scientifique au travers du Criobe installé à Moorea. Le partage des savoirs, quand on parle de coopération régionale, est un élément important, d’où par exemple le déplacement des dirigeants Polynésiens à Tikehau pour voir le dispositif pour faire face au tsunami, et à Bora-Bora sur la gestion des déchets urbains.

Il y a aussi la protection d’un certain nombre d’espèces menacées, avec l’année de la baleine aux Nations Unies et un sujet qu’on connait bien ici en Polynésie : comment gérer ces populations à l’heure où le tourisme animalier prend de l’ampleur à l’échelle régionale ?

Ensuite, il y a tout ce qui a trait à une gestion raisonnée des ressources et des espaces sur les aires marines gérées.

 

 

Au niveau régional, le désenclavement -physique ou numérique- des îles est aussi un vrai enjeu en termes d’intégration…

Aujourd’hui, l’intégration régionale n’est pas seulement un problème de nature politique, il y a aussi l’intégration par les infrastructures. Les câbles sous-marins, c’est évidemment un élément important. Wallis et Futuna va s’engager sur un câble entre Samoa et Fidji. L’accord d’exploitation et de pose a été signé en novembre 2016, donc on est déjà dans la matérialisation. Il y a d’autres projets, entre l’Australie, la Nouvelle Calédonie et Fidji, entre la Nouvelle-Zélande et la Polynésie…, qui font l’objet d’examen sur les modalités de financements -en général multilatéraux-, ou les garanties d’exploitation, etc.

Le transport aérien, en particulier la fréquence des dessertes, par exemple sur la route du corail, est également un sujet évoqué régulièrement par les dirigeants polynésiens. Lors de son déplacement l’année dernière, le président de la République n’a pas non plus caché qu’il souhaitait qu’on puisse aller vers une liaison quotidienne entre les Fidji et Wallis et Futuna. C’est un élément de désenclavement au sens humain, mais aussi de potentiel développement économique, en particulier pour des secteurs comme le tourisme.

On le voit bien, le développement du tourisme de croisière suppose aussi des coopérations régionales sur les obtentions de visas, la sécurité maritime, la gestion des littoraux pour garantir un développement durable… Donc je pense qu’on peut dire que l’intégration régionale passe par ces infrastructures.

 

 

On parle de câbles internationaux qui passeraient par la Polynésie. On rêve de Papeete comme d’un hub pour les transports de marchandises… Est-ce vraiment réaliste ?

Ce qu’on peut dire aujourd’hui avec certitude, c’est que les Etats et territoires océaniens participent de la globalisation, et dialoguent avec tous. Aujourd’hui, des coopérations régionales ou sous-régionales se structurent. Il y a une volonté des territoires océaniens d’avoir une plus grande synergie, et de dialoguer avec le reste du monde. C’est pour ça que c’est très important que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie deviennent membres du Forum des îles du Pacifique, parce que c’est un des réceptacles de cette relation entre les Etats océaniens avec l’étranger. On le voit avec la réunion des ministres des affaires étrangères avec leur homologue japonais, il y a quelques semaines à Tokyo. Il y a également des dispositifs de cette nature avec la Chine, la Corée, et quelques autres…

C’est un enjeu majeur parce que ça permet aussi aux Etats et territoires océaniens de peser dans les négociations multilatérales sur leurs préoccupations. C’est très important que les Polynésiens fassent entendre leurs préoccupations. Donc il y a une logique à ce que l’intégration passe par des structures sectorielles, sous-régionales et régionales.

 

 

Dans cette grande région Pacifique globalisée, l’élection de Donald Trump aux États-Unis pourrait-elle avoir des répercussions ?

Il y a évidemment une interrogation, mais ancienne, qui est la place des États et territoires océaniens dans les zones de libre-échange transpacifiques. Le TPP (partenariat trans-pacifique, signé en 2016, NDLR) auquel a renoncé de manière spectaculaire le président Donald Trump, ne couvrait pas les États et territoires océaniens. Si ce retrait a donc un effet probable sur les économies d’Asie du nord-est, d’Asie du sud-est, de l’Australie et la Nouvelle-Zélande, son impact sur l’économie insulaire est très limité.

N’oublions pas, néanmoins, le poids historique, militaire et institutionnel des Etats-Unis dans le Pacifique. C’est déjà un acteur institutionnel dans le Pacifique océanien avec les îles Mariannes du nord, Guam et les Samoa américaines, qui participent dans un certain nombre d’organisations internationales, et veulent, on l’a entendu récemment, aller plus loin dans leur participation.

C’est incontestablement aussi un acteur militaire. Les éléments américains stationnés à Hawaii, notamment, participent à l’influence américaine dans le Pacifique, y compris insulaire. Il y a des interrogations depuis des années sur les menaces qui peuvent peser sur le Pacifique, en particulier au nord de l’équateur, du fait du développement d’un certain nombre de capacités balistiques ou sous marines. Il est évident que le nouveau président américain prendra cet élément en considération.

Et c’est un acteur économique, bien évidemment. C’est un acteur d’aide au développement particulièrement important pour les Etats qui entretiennent des relations historiques et institutionnalisées avec les Etats-Unis, comme les Etats indépendants de Micronésie, avec des impacts en matière de mobilité du travail, d’éducation ou de santé.

Donc aujourd’hui, et ça a été le cas dès la campagne des primaires américaines, il y a évidemment une attention importante portée aux territoires américains du Pacifique, sur la sécurité, leurs capacité de rayonnement stratégique, etc. Il y a aujourd’hui un dialogue qui se structure avec les autorités de la région, le premier ministre australien, le premier ministre japonais… Des rendez-vous vont s’échelonner dans les semaines qui viennent, mais il y a trop de lieux d’interaction pour mesurer aujourd’hui, chapitre par chapitre, les effets d’une administration qui, je le rappelle, n’est en fonction que depuis le 20 janvier.

 

 

Le protectionnisme américain pourrait-il induire une baisse du transit des porte-containers par la Polynésie, en provenance de Chine par exemple ? Les routes commerciales vont-elles changer ?

Non. Le développement des super porte-containers fait qu’il y a aujourd’hui des ports d’éclatement qui assurent la redistribution à l’échelle sous-régionale. C’est pourquoi c’est important que la Polynésie, mais aussi la France, participent à la Communauté du Pacifique, lieu d’échanges sur la gestion des ports et du transport.   

Ce qui est clair, c’est qu’on a une intensification des échanges commerciaux entre l’Asie et les économies insulaires. On le voit dans les matières premières, l’exportation du nickel vers la Chine, le Japon et la Corée par exemple. Et dans le transport de touristes.

 

 

Propos recueillis par Marie Guitton

 

 

 

trump

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