Documentaires du Fifo : nos critiques (programme complet)

mardi 3 février 2015


Tatau, la culture d’un art : incontournable

Le pitch : Ce marquage social polynésien, le tatau, autrefois essentiel, a longtemps été interdit par les missionnaires. Puis l’interdit, intériorisé par la population, a quasi effacé la mémoire de cet art, devenu presque clandestin. À la fin des années 1970, grâce à Tavana Salmon notamment, il est réapparu, s’inspirant des motifs marquisiens préservés. Aujourd’hui, il triomphe dans la société polynésienne et s’exporte.

Notre avis : Tatau, la culture d’un art de Jean-Philippe Joaquim — en compétition pour le fenua et d’une durée de 52 minutes — a déjà été diffusé récemment sur Polynésie 1ère, ce qui nous avait donné l’occasion de rencontrer longuement le réalisateur (lire La Dépêche de Tahiti du 24 novembre 2014). Nombreux sont les intervenants, tatoueurs comme scientifiques, l’iconographie et la bande-son sont soignées, mais l’esthétisme – agrémenté de ralentis, gros plans, effets et images  — saute aux yeux du téléspectateur. Sur les images très soignées, le réalisateur répond : “Oui, elles le sont, car le tatouage est une pratique éminemment visuelle, il fallait donc que les images soient en adéquation. Et c’est un art aussi. Il fallait le transcender via les images, d’une certaine façon”, reconnaît Jean-Philippe Joaquim. Esthétique et historique, “cette histoire” est une 
réussite.

Christophe Cozette

Sovereignty Dreaming, la révolte des rêves : combattant

Le pitch : Le chemin du rêve peut-il conduire les Aborigènes vers la souveraineté de leurs terres ? Sur un territoire partagé entre cinq clans a été prise la décision de créer un centre d’enfouissement de déchets nucléaires. Un groupe de femmes décide de s’opposer au projet et de se battre contre ce centre qui souillerait le passage des chemins du rêve et profanerait des sites sacrés.

Notre avis : Touche pas à mon fenua, “ce truc, on n’en veut pas”, assènent les militants aborigènes – dont de nombreuses femmes – face à un projet du gouvernement fédéral d’implanter un centre d’enfouissement de déchets nucléaires, en plein milieu de leur terre. Avec en parallèle la lutte du peuple aborigène pour ses droits – avant 1967, ils étaient considérés comme appartenant à la faune et la flore –, Sovereignty Dreaming, la révolte des rêves de Vanessa Escalante (en compétition pour la France et d’une durée de 47 minutes) illustre un vrai combat entre les blancs et noirs d’Australie. On y retrouve d’ailleurs le leader du Black Power du doc Black Panther Woman, autre film en compétition officielle. Tout comme Big Boss (lire ci-contre), point de chichi à la réalisation mais une musique omniprésente, du didgeridoo au rap militant (“Vous creusez un trou dans mon âme”) pour accompagner ce “secret et sacré” d’un peuple vieux de 40 000 ans face à cette civilisation qui “prend la Terre au nom de Dieu”. Là aussi, un format adapté en dit assez, avec notamment de nombreuses scènes d’affrontements avec la police locale, qui illustrent à la perfection ce “choc des civilisations”. Une bonne chance d’être primé. 

Christophe Cozette

Big Boss : court format pour fort portrait

Le pitch : Big boss raconte l’histoire de Baymarrwangga, Aborigène de 95 ans, vivant sur l’île Murrangga au nord de la Terre d’Arnhem. Elle s’est mise au défi de rester la cheffesse du peuple Yan-nhangu pour sauvegarder la langue et transmettre les traditions : construction de pirogue, peintures corporelles, pêche, circoncision… 

Notre avis : C’est qui la patronne ? C’est elle, Baymarrwangga, avec sa vraie gueule de cinéma, aux cheveux blancs tout comme ses poils de barbe, gardienne des traditions aborigènes des îles crocodiles. Point d’Internet ni de smartphone, encore moins de kangourous, dans cette île du nord de l’Australie, on se nourrit de tortue et de ses œufs, au grand dam des écolos. Point d’artifice de réalisation dans ce documentaire de Paul Sinclair (Australie) de 29 minutes – le plus court des films en compétition –, simplement une musique envoûtante, du plus bel effet, accompagnant de nombreux et lumineux plans. Et encore une fois, une femme qui tient le premier rôle, sans qui rien ne se fait, ni pirogue, ni danses. Elle a échappé aux bombardements nippons, lors de la Seconde Guerre mondiale, et aujourd’hui, elle scrute, transmet, sévèrement parfois, les traditions de son peuple, n’hésitant pas à travailler et répéter les pas de danses traditionnelles, pour les plus jeunes. Elle fut d’ailleurs nommée personnalité australienne senior de l’année en 2012. Sans doute une surprise du palmarès.

Christophe Cozette

Consulter également ici le livret programme destiné au public 

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