Dopage – La volonté d’agir mais pas les moyens

    vendredi 15 janvier 2016

    La lutte antidopage est un sujet sensible au sein du monde sportif tahitien depuis quelques années. Les sanctions sportives sont possibles, mais les sanctions pénales ne sont pas autorisées localement. Le service de médecine sportive, compétent dans la lutte antidopage, a été dissous en 2013 faute de budget. 

    L’annonce d’un cas positif concernant un bodybuilder tahitien , aux Jeux du Pacifique de Papouasie-Nouvelle-Guinée en juillet 2015 , a relancé l’actualité quant à la politique qui est menée localement dans le cadre de la lutte contre le dopage.
    Le sujet n’est pas nouveau au fenua, la Polynésie ayant adopté, en 1988, une délibération relative à l’usage de produits dopants. Mais les textes ne seront pas suivis d’effets et pendant près de 20 ans, aucune action ne sera entreprise dans le cadre de la lutte antidopage.
    Il faudra attendre 2006 pour que Tauhiti Nena, le président récemment réélu à la tête du Comité olympique de Polynésie française (COPF), et alors ministre des Sports, prenne le dossier à bras le corps. Il s’en explique : “Nous avions de plus en plus de sportifs qui nous représentaient à l’international et Tahiti accueillait toujours plus d’événements sportifs internationaux. Le sujet de la lutte antidopage devenait donc urgent. J’ai lancé les démarches en 2006 pour que l’on puisse mettre en place, dans un premier temps, des contrôles antidopage pour les compétitions internationales que le pays organisait. Nous avons dû élaborer des textes et les soumettre à l’approbation de l’État, et en particulier des ministères des Sports, de la Justice et de l’Outre-mer, pour nous autoriser à pratiquer des contrô-les et appliquer des sanctions pénales. Nous avons également effectué des démarches auprès des agences mondiale et française de lutte antidopage pour obtenir leur soutien. Les dossiers ont été suivis par les ministres qui m’ont succédé, mais le sujet est sensible compte tenu de notre statut politique. Je sais qu’il fait l’objet d’une attention particu-lière actuellement au ministère de l’Outre-mer à Paris, et j’espère que nous obtiendrons pro-
    chainement l’aval de l’État, no-tamment dans le domaine de l’application des sanctions pénales qui est à la base de la lutte antidopage.”
    Ces sanctions pénales ne peuvent être appliquées que par une commission juridique et le Pays n’a pas autorité à la mettre en place, la justice étant de compétence d’État. Ceci étant, le Pays, par le biais de son ministère des Sports, continue de son côté à faire avancer le dossier, ayant ainsi adopté deux lois au mois d’octobre qui vont permettre au sport tahitien d’être en conformité avec les dispositions du code international antidopage.

    Une priorité

    Si, institutionnellement, les dossiers avancent donc doucement, mais sûrement, il est un autre paramètre qui pourrait rendre la lutte antidopage dif-ficile à appréhender localement : son coût. Ce n’est pas tant les contrôles en eux-mêmes qui sont onéreux (de l’ordre de 20 000 Fcfp par contrôle), c’est toute la logistique qu’il faut mettre en place pour assurer ces contrôles et notamment la disponibilité de techniciens agréés.
    Le Pays avait un temps trouvé une solution acceptable comme l’explique Tauhiti Nena : “Nous avions mis en place un service de médecine sportive au début des années 2010, ce service étant dirigé par un médecin spécialisé qui suivait régulièrement les sportifs locaux, et en particulier ceux qui figuraient sur une liste de haut niveau. Le médecin en question faisait ponctuellement des examens qui ne lui permettaient pas forcément de détecter des cas de dopage à part ceux qui étaient liés à la consommation de paka. Mais ses relations privilégiées avec les sportifs lui permettaient quand même d’avoir une idée sur les cas douteux. Malheureusement, le service de médecine sportive a été dissout il y a deux ans.”
    Et sa dissolution n’avait d’autres raisons que des économies budgétaires. À l’heure où le sport tahitien est de plus en plus présent sur la scène nationale et internationale, la bataille contre le dopage devient une néces-
    sité localement pour éviter d’envoyer des sportifs dopés qui terniraient l’image de marque de Tahiti s’ils se faisaient prendre. Cela tient principalement à une volonté politique de mettre tout en œuvre pour que le sport tahitien produise des champions “propres”.

    Patrice Bastian

    Lire aussi l’interview de Gordon Barff, chef de mission au COPF et spécialiste de la lutte antidopage dans La Dépêche de Tahiti de ce vendredi 15 janvier ou en vous abonnant au feuilletage numérique

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