Habillage fond de site

Drame de Paea : le gendarme condamné à 18 mois de prison avec sursis

mercredi 29 août 2018

“Je porterai toujours ce poids quoi qu’il advienne”, a exprimé le gendarme à la fin de l’audience. (© Florent Collet)

“Je porterai toujours ce poids quoi qu’il advienne”, a exprimé le gendarme à la fin de l’audience. (© Florent Collet)

Le tribunal correctionnel a jugé hier un dossier “douloureux et empreint d’une certaine dignité” tel que résumé par le président du tribunal. Ce dernier a tenu à faire un préambule, peu habituel, pour saluer le travail des gendarmes appelés à faire preuve de sang froid dans des situations tendues, mais aussi pour louer l’attitude de la famille qui, en “dépit de sa douleur, a été digne pour ne pas céder à la vindicte”.

Une volonté d’apaiser les choses qui a eu bien du mal à résister à l’annonce du verdict. La condamnation pour homicide involontaire de E.H. à 18 mois de prison avec sursis, l’interdiction de posséder une arme pendant un an et la non-inscription de cette condamnation à son casier judiciaire a provoqué la colère de certains des membres de la famille de la victime, à commencer par sa mère. “Dix-huit mois de prison avec sursis ! Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Cela me fait mal. Mais seul le Seigneur est juge.”

Le 27 avril 2017, E.H., chef au sein de la brigade de Punaauia, et son collègue sont appelés puis interviennent sur une altercation au domicile d’une femme pour mettre fin au différend entre E.A., son mari, et la victime, V.R., l’homme qui partage sa vie depuis plusieurs mois.

Au moment de l’arrivée des gendarmes, les deux hommes alcoolisés s’insultent. Les gendarmes tentent de les empêcher d’en venir aux mains. En vain. Énervé par les insultes, V.R. parvient à se défaire de l’emprise du gendarme et se rue sur E.A.. Les deux hommes tombent au sol et V.R. frappe violemment E.A..

Compte tenu de la forte corpulence et du dos nu et rempli de sueur de V.R., le gendarme ne parvient pas à le faire reculer tandis que les coups pleuvent. “Je pensais vraiment qu’il y avait un danger. J’avais vraiment peur pour la personne en dessous”, a rappelé le gendarme à la barre, hier, pour justifier ce qui allait survenir ensuite.

 

Les préconisations d’utilisation pas respectées

 

Selon l’enquête, le gendarme aurait d’abord dû utiliser son bâton télescopique. “Je lui aurais cassé des os”, avait expliqué E.H. durant l’enquête. “Il était fortement alcoolisé, il n’aurait rien senti”, a-t-il complété hier. Il aurait alors pu faire usage de son gaz lacrymogène mais il n’en avait pas. Juste après les faits, il expliquera ne pas en avoir reçu à son arrivée en Polynésie, l’enquête démontrera le contraire. Il contestera en expliquant que le réceptacle ne rentrait pas dans son étui. Là aussi, la gendarmerie se défendra en expliquant que les gendarmes disposent d’un site Internet pour commander le matériel manquant ou défectueux.

E.H. veut donc utiliser son Taser. “J’ai agi rapidement… trop rapidement”, confesse le gendarme à la barre. Au lieu d’être au moins à 5 mètres comme il est préconisé de le faire quand on utilise un pistolet à impulsion électrique avec des cartouches, E.H. appuie sur la détente à moins de 40 centimètres de V.R.. La détonation et la trace de sang qui apparait sur le dos de la victime ne laissent pas de temps au doute, le gendarme a confondu son Taser avec son arme à feu. S’il reconnaît sa faute, il détaille en tout début d’audience sa pensée.

“C’était une maladresse, oui. Une négligence, je ne pense pas”, déclare-t-il comme pour répondre aux critiques qui vont lui être faites.

Le détail de sa personnalité fait ainsi état des difficultés au sein de la caserne de Punaauia. “Un vrai merdier”, selon un ancien commandant. E.H. a déjà fait l’objet de sanctions de la part de sa hiérarchie, notamment pour sa mauvaise gestion des scellés. La vie avec ceux qui l’ont dénoncé lui complique la vie à la caserne. “J’étais dans un mauvais état”, dit-il du jour des faits en raison de ces dissensions. Le gendarme pointe également du doigt les effectifs diminués de moitié alors que la caserne voit ses missions doublées en prenant en charge la commune de Paea. Autre impair, celui commis lors de son contrôle judiciaire, l’obligeant à rester en Polynésie alors qu’il est parti en vacances aux États-Unis quelques mois avant le procès.

 

“Toi aussi tu dois souffrir”

 

De quoi faire grincer des dents sur les bancs de la partie civile. “C’est ce qui les choque le plus”, admet l’avocate de la femme du défunt après avoir remémoré les paroles de cette dernière au gendarme lors de la reconstitution. “L’erreur est humaine, toi aussi tu dois souffrir”. Des paroles qu’elle avait prononcées devant le fils de défunt, empli de rage et tombé depuis dans la délinquance. “Cela ne veut pas dire que je ne veux pas qu’il soit jugé”, avait précisé la veuve à son avocate qui s’est également émue que le prévenu arrive à la reconstitution en compagnie du juge d’instruction et du procureur de la République.

L’avocat des parents a, lui aussi, énuméré les nombreuses négligences et celle fatale en ne respectant pas les préconisations d’utilisation du Taser. “Il aurait vu qu’il n’avait pas la bonne arme” et d’estimer que “tout bout à bout, cela fait quand même beaucoup”, évoquant par exemple le non-respect du contrôle judiciaire par un officier de police judiciaire censé connaître le droit et de rappeler qu’il fallait être “tous égaux face à la justice”.

Dans son réquisitoire, le procureur de la République a fait la liste de toutes les “imprudence, inattention, maladresse et négligence” du prévenu. Pour une peine encourue de trois ans maximum pour un homicide involontaire, il a requis 18 mois de prison avec sursis et l’interdiction de détenir une arme pendant un an.

L’avocate de E.H. a mis en avant les louanges faites par ses collègues, qui le décrivent comme “professionnel et pacifique”. Elle a également loué la “dignité de la partie civile qui le laisse sans voix et admiratif”. Si son client reconnaît des négligences, ce drame est aussi le résultat de dysfonctionnements dans la gendarmerie.

C’est E.H. qui clora l’audience avant le délibéré. “Je porterai toujours ce poids quoi qu’il advienne. Quand sa mission est de protéger la population, c’est le pire qui puisse arriver.”

Au final, les juges ont donc suivi les réquisitions du procureur. Des renforts de police éviteront que la colère d’une partie de la famille ne provoque des dérapages plus importants que quelques noms d’oiseaux criés à la sortie du tribunal.

 

F.C.

 

 

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Retraites : Selon-vous, la réforme de la Protection sociale généralisée est-elle nécessaire, même si cela suppose des efforts de tous pour la survie du système ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete