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Eau « chocolat » au robinet : les habitants sont à bout

vendredi 25 novembre 2016

eau taravao

Les organisateurs de la réunion avaient apporté des bouteilles remplies au robinet, pour illustrer la gravité de la situation. (© Anne-Charlotte Bouleau)

 

 

Une cinquantaine de résidents et de professionnels de Taravao ont pris part à une réunion publique concernant l’état de l’eau, mercredi soir, à la mairie de Taravao. Des dégradations matérielles à la pénibilité de la situation, les témoignages ont été nombreux, soulevant au passage la question des risques sanitaires. Pour faire bouger les choses à l’approche de la saison des pluies, les administrés envisagent de se mobiliser.

 

 

Mercredi soir, une cinquantaine de personnes ont as-sisté à une réunion publique concernant l’état de l’eau, à la mairie de Taravao. Il s’agissait essentiellement de particuliers et de professionnels de Taravao, issus pour la plupart de la côte ouest de la section de commune, bordée par la baie de Phaëton.

En organisant cette rencontre populaire, Hana Lehartel, Vatea Sarciaux, Hina Lehartel et Joe Wonghen, eux-mêmes administrés, ont remis le sujet de l’eau “sale”, “boueuse” ou encore “chocolat” sur la table – littéralement, puisqu’ils avaient apporté quelques bouteilles remplies au robinet, pour illustrer la situation actuelle.

D’emblée, le maire de Taiarapu-Est, Anthony Jamet, présent en tant qu’auditeur, a été interpellé. L’élu a rappelé que la remise en état en plusieurs phases des 120 km de canalisations de la commune était en cours, et soumise à l’obtention des subventions de l’État et du Pays par le biais du contrat de projets.
Il a ajouté que des travaux de terrassement réalisés sur un terrain privé, en amont du captage de la rivière Oopu, auraient amplifié le problème, en raison d’une importante quantité de terre entreposée à flanc de montagne.

 

Un ras-le-bol général

 

Quelques jours de pluie et le résultat ne s’est pas fait attendre. “Ces derniers temps, on a été outré de voir que l’eau était encore plus sale que d’habitude. C’est inadmissible ! Aujourd’hui, les administrés n’en peuvent plus. On ne demande même pas de l’eau potable, mais au moins claire”, souligne Hana Lehartel.

Tout au long de la réunion, les témoignages se sont enchaînés. Certains ont rappelé que le problème ne datait pas d’hier.

D’autres ont insisté sur les frais engendrés par la détérioration de leurs propres équipements, des machines à laver en passant par les chauffe-eau, ou encore la tuyauterie.
“On est en 2016 et on doit remplir des bassines à la gouttière pour se laver !”, s’indigne une administrée, mettant en avant la pénibilité de la situation.

Une autre habitante, ne réglant pas ses factures depuis plusieurs années en signe de protestation, a eu la désagréable surprise de se faire saisir la somme sur son compte en banque. “56 000 francs pour ça”, a-t-elle lancé en pointant les bouteilles d’eau sale du doigt. “Je refuse de payer pour de la m.. !”, a-t-elle ajouté, applaudie par l’assemblée.

Enfin, un père de famille, inquiet de voir ses enfants se gratter après la douche, a soulevé la question de l’atteinte à l’intégrité physique, sans manquer d’évoquer les risques de gastro-entérite.

 

Quelles solutions ?

 

Pour faire bouger les choses, les administrés envisagent donc de se mobiliser. Constitution d’un collectif, pétition, manifestation, courriers, poursuites judiciaires… plusieurs pistes sont envisagées.

Dans l’immédiat, et à l’approche de la saison des pluies, la priorité reste l’arrêt des travaux, pour limiter l’impact sur le captage Oopu, mais également sur le lagon, dont la faune s’amenuiserait à vue d’œil.
Un raccordement à une source, située 500 mètres en amont, ou au réseau de Faaone a également été évoqué.

“L’objectif, c’est d’être positif et d’essayer de travailler main dans la main avec la commune, le Pays et l’État, via les services compétents, car ils ont l’obligation et la responsabilité de nous fournir de l’eau décente”, souligne Hana Lehartel.
Une prochaine réunion devrait intervenir d’ici deux semaines pour déterminer la stratégie retenue, tandis qu’une page Facebook sera prochainement créée, en vue de recueillir témoignages et conseils sur le sujet.

A.-C.B.

 

 

Témoignages

Une commerçante de Taravao : “Quand l’eau est chocolatée, je ne peux pas travailler”

“Je suis esthéticienne et mon local est situé en plein centre de Taravao. Je suis touchée par ce problème d’eau sale dès qu’il pleut. Pour effectuer correctement mes soins, j’ai besoin d’eau. Quand elle est chocolatée, je ne peux pas travailler. Je n’ai pas d’autre choix que d’essayer de prévoir en remplissant des bouteilles d’eau à l’avance.

J’espère que ce problème va pouvoir être réglé rapidement, parce dans mon métier, la propreté, c’est primordial ! C’est vraiment pénalisant pour mon commerce, car ça freine la clientèle. Je pense qu’il faudrait commencer par rencontrer la personne qui a provoqué ce souci avec son terrassement, pour trouver une solution.

Je suis prête à m’engager si un collectif est monté, car il faut se soutenir. Nous sommes tous concernés : les professionnels, les écoles, les familles. Il faut que la population se lève. Il ne faut pas en rester là !”

 

Un résident de Taravao : “Ce serait déjà bien si on pouvait avoir de l’eau propre”

“Même avec un clarificateur, je n’arrive pas à avoir de l’eau propre. Normalement, ça fonctionne très bien, mais avec les fortes pluies et, apparemment, suite à des travaux, le système n’arrive même plus à faire son travail. Ça dure au moins depuis dix ans, date de mon arrivée sur le territoire.

Au niveau des solutions à envisager, il faudrait déjà voir si les travaux sont légaux ou pas. Après, chacun a sa part de responsabilité, au niveau de la mairie aussi, puisque c’est à elle de nous apporter de l’eau. Il y a un objectif, dans quelques années, d’avoir de l’eau potable, mais ce serait déjà bien si on pouvait avoir de l’eau propre. Je viendrai à la prochaine réunion et je suis prêt à m’engager, mais sous certaines conditions. On ne peut pas faire n’importe quoi : il faut rester dans la légalité.

On peut commencer par envoyer chacun un courrier au haut-commissaire. Pour moi, c’est la meilleure option pour qu’il puisse s’apercevoir qu’il y a un réel problème et intervenir.”

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