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“Échec” de la politique des transports publics

mardi 20 février 2018

BUS TRANSPORTS PUBLICS

L’une des recommandations de la CTC : mettre en place une instance de coordination entre les communes et le Pays sur les transports terrestres. (© archives LDT)

La politique des transports terrestres. En 2008, un rapport de la chambre territoriale des comptes (CTC) avait mis en exergue « les carences du service public de transport des voyageurs sur l’île de Tahiti, notamment sur le lot urbain ».

Presque dix années plus tard, la CTC vient de produire un nouveau rapport se penchant sur la période 2009 à 2017. Et, en somme, rien n’a changé.

« Le Pays ne s’est toujours pas donné les moyens d’une véritable politique dans ce domaine », affirme la Chambre. « La mise en œuvre du service de transport régulier et scolaire met en évidence des carences qui n’ont pas lieu d’être dans le cadre d’un service public. Le fonctionnement actuel du réseau n’est pas du tout à la hauteur des besoins. »

En somme, la politique du Pays en la matière s’est concentrée sur la sécurité routière, pour laquelle des adaptations réglementaires ont été mises en place. Mais pour les transports en commun, c’est le (presque) point mort.

Pourtant, plus de 70 % des déplacements sur l’île de Tahiti sont effectués en voiture individuelle, contre 10 % en transports collectifs. Ces derniers ne représentent que 5 % des flux domicile-travail. Selon l’ISPF, 5 % des familles utilisent les transports collectifs contre 16 % en 2000. Le recours aux bus est donc en perte de vitesse, alors que ce devrait être l’inverse.

« Il a fallu attendre les années 2013-2014 pour qu’une stratégie en faveur du développement des transports en commun se fasse jour », note la CTC, qui observe par ailleurs que les réalisations concrètes sont en défaut.

 

 

Laxisme de la régulation

« Si le suivi de l’exécution de la délégation de service public est déficient, la régulation des activités de transport réglementées l’est tout autant. L’insuffisante connaissance de ces marchés, le médiocre suivi des professionnels et des véhicules, ont contribué à une mise en œuvre laxiste de cette régulation, notamment dans les îles éloignées », estime la CTC.

Concernant les taxis, « l’activité souffre d’une contradiction entre un strict encadrement réglementaire et des dérives notoires dans son application ».

Le coût global des transports terrestres pour le Pays est ainsi de plus de 1,3 milliard de francs annuels, de 2009 à 2016. La moitié pour le transport scolaire. La masse salariale du service administratif (63 agents en 2017) en charge de cette politique est de 309 millions de francs, en 2015.

 

 

Des demandes de « directives stratégiques »

Mais la CTC note que la Direction des transports terrestres (DTT) dispose en fait de moyens limités pour mener à bien ses missions.

À titre d’exemple, le département des études, chargé d’accompagner le service public de transport en commun par des aménagements d’infrastructures, s’est rapidement réduit à un seul cadre, avant de disparaître de l’organigramme, bien qu’un poste d’ingénieur transports ait été créé récemment.

Entre 2009 et 2013, la DTT a émis plusieurs notes au ministère de tutelle pour demander des directives stratégiques concernant les transports collectifs.

 

 

Le réveil en 2014

Le projet de schéma directeur des transports, évoqué depuis les années 1990, a fait l’objet d’une première tentative avortée de réflexion en 2009.

Mais la chambre précise que « les études préalables à l’élaboration du schéma directeur des transports terrestres sur l’île de Tahiti ont été lancées en 2014, en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie » et que « les grands principes d’organisation et de développement des transports en commun ont été proposés en 2016 ».

Document approuvé en août 2016 par le conseil des ministres.

 

 

Des sociétés de transport en difficulté

Pour rappel, le service public du transport en commun régulier est, depuis 2001, délégué par conventions à trois sociétés de transport exploitant respectivement les lots Est, Ouest et urbain de l’île de Tahiti, rappelle la CTC, qui écrivait, au moment de son rapport, que les conventions arriveront (…) à terme fin décembre 2017 et ne pourront plus être prorogées.

Alors que « l’ensemble des services contenus dans les conventions et leur cahier des charges s’effectue aux frais, risques et périls des exploitants », de son côté, le Pays, « autorité organisatrice, n’a pas rempli ses obligations conventionnelles en matière d’infrastructures routières et d’équipements nécessaires à l’exploitation du réseau de transport ». « Peu de projets d’aménagement pour les transports en commun — arrêts, abris, gares routières ou terminus de lignes, aires de repos et sanitaires — ont été menés à terme durant la période examinée. »

 

 

Un « manque de volonté politique »

« Le Pays n’a jamais mis en œuvre ni couloirs réservés sur certaines portions de route, ni priorité pour les bus à certains carrefours, notamment entre les axes débouchant des quartiers sur les pentes et le réseau primaire. Cette inaction, attribuée tant à un manque de volonté politique qu’à une insuffisance de budget d’investissement et de moyens humains, a pourtant été dénoncée à plusieurs reprises par l’autorité organisatrice elle-même à son ministre de tutelle. »

Du côté des exploitants, « une grande partie des services quotidiens contractuellement prévus ne sont pas assurés ». Les itinéraires ont été modifiés, parfois raccourcis, par rapport aux conventions initiales. Mais étant donné que « la connaissance du fonctionnement réel du réseau et des horaires par l’autorité organisatrice est déficiente », difficile de sanctionner…

 

 

Une activité non régulée

« Le réseau présente des caractéristiques d’une activité non régulée, marquée par l’absence de desserte de certaines zones et le sous-investissement dans les infrastructures et l’équipement. (…) La dimension publique du service n’est pas véritablement mise en œuvre. »

La CTC considère que les dysfonctionnements des transports réguliers, maintes fois dénoncés, « expliquent en partie leur désaffection par la population ».

Une étude réalisée en 2016, dans le cadre du schéma directeur, a révélé notamment une absence de fiabilité des horaires, une fréquence de passage insuffisante, des difficultés pour capter un autobus en-dehors des arrêts centraux.

La surcharge des véhicules constitue l’infraction la plus communément constatée. La direction des transports terrestres fait également état de plaintes des usagers concernant le comportement de certains conducteurs.

 

 

YR

 

• Plus d’infos ici sur le site de la CTC

 

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