ÉCONOMIE – La pénurie de vanille met la filière en danger

    mardi 28 juillet 2015

    “On nous livre le vendredi. Le lundi matin, il n’y a plus rien.” Les amateurs risquent de chercher longtemps de la vanille dans les rayons du fenua… À Carrefour, par exemple, “on n’en a plus jusqu’au week-end prochain”, raconte un responsable. Depuis quelques mois, la pénurie d’or noir local touche comme jamais la Polynésie française, et la hausse des prix ne compense plus la baisse des volumes produits, mettant la filière en danger. La production pour 2015 est évaluée entre 12 et 15 tonnes, alors que le gouvernement affichait encore, il y a quelques années, un objectif de 100 tonnes par an à partir de 2016… “On est en pleine pénurie”, confirme Francky Tauatiti, gérant de la société Hotu Vanilla, qui se dit “déçu” de ne pas pouvoir répondre à la demande internationale. “On n’a plus rien depuis deux mois… On a tout vendu au début de l’année.” Hotu Vanilla n’a même pas pu approvisionner le marché local, qui lui demande moins de 400 kg par an. “Il n’y a plus de stock”, confirme Philippe Brillant, le gérant du Comptoir tahitien. Les professionnels du secteur pointent du doigt deux facteurs majeurs : la mauvaise floraison à cause d’une météo peu propice l’année dernière, et le renouvellement simultané des lianes installées sous ombrières. “Cette campagne de régénération a été initiée à partir du dernier trimestre de 2013 et en 2014”, confirme l’établissement public Vanille de Tahiti (Épic) qui soutient l’opération. Or, il faut attendre trois ans avant de pouvoir reprendre la récolte, d’où la sous-production actuelle.

    “Mauvaise gestion de la filière”

    Alors, pourquoi toutes les lianes sont-elles renouvelées en même temps ? Les producteurs se dédouanent de toute responsabilité et pointent celle de l’Épic vanille, mis en place en 2003 et qui a distribué toutes les serres au même moment “au lieu de les échelonner dans le temps”. Les producteurs assurent qu’ils n’ont pas eu voix au chapitre. “C’est une mauvaise gestion de la filière, une mauvaise connaissance de la production sous ombrières par le politique”, dénonce le gérant de Hotu Vanilla, qui regrette le manque de “concertation”.
    Résultat, les préparateurs et les exportateurs n’hésitent plus à proposer aux agriculteurs des prix mirobolants pour s’accaparer leurs récoltes. Les prix explosent, atteignant environ 10 000 F le kilo de vanille pure, et entre
    30 000 et 40 000 le kilo de vanille préparée à l’export. “Aujourd’hui, nous pouvons dire que les agriculteurs sont très satisfaits car le prix de vente de la vanille mûre au kilo a démarré en début de coupe à 5 000 F pour atteindre 11 000 F lors de la dernière vente sur l’île de Taha’a”, estime l’Épic Vanille de Tahiti. Mais, face à l’effondrement de l’offre, les principaux importateurs, la France, l’Allemagne et le Japon, ont réduit leurs achats. Et d’après les derniers chiffres de l’Institut des statistiques (ISPF), datés de juin, “le volume de vanille exporté diminue de 37 %, tandis que le prix au kilo augmente de 25 %.” En d’autres termes, la filière y perd. “Si on n’arrive pas à réguler notre marché, on crée le risque que les acheteurs se tournent vers d’autres producteurs”, craint Francky Tauatiti. “On produit la moitié ou le tiers de ce qu’ils demandent, avec des prix qui explosent, ajoute Philippe Brillant. Pour eux, la vanille de Tahiti devient un produit dangereux. Or, s’ils nous quittent, le jour où on aura une production plus importante, ce sera dur de retourner les voir.” À la fin des années 2000, la filière avait connu le problème inverse de la surproduction. Le kilo s’était alors vendu à un prix tellement bas que des producteurs avaient préféré abandonner, laissant des serres tourner en sous capacité. “Aujourd’hui, la vanille est super rentable, mais c’est trop tard”, raconte Francky Tauatiti. En 2009, 80 tonnes de vanille avaient été produites grâce à l’installation des serres quelques années plus tôt. Les préparateurs avaient profité des bas prix pour casser la tirelire et s’assurer des stocks, qui sont épuisés aujourd’hui.

    “Je ne vais pas pouvoir finir l’année”

    “C’est dramatique”, soupire un préparateur qui préfère garder l’anonymat. “Je ne vais pas pouvoir finir l’année”, dit-il. “Le Territoire ferait mieux de donner 3 000 F par kilo produit aux agriculteurs. Ça maintiendrait les cours à 5 000 F le kilo environ, et, à ce prix-là, je vous assure que le producteur planterait sa vanille tout seul !”
    Pour lui, les politiques ne sont pas seuls responsables : “Il faut bien reconnaître qu’il y a des cocotiers qui poussent dans les mains de certains producteurs…”Pour garantir ses stocks à l’avenir, ce préparateur a décidé de se lancer lui-même dans la production. La société Hotu Vanilla, elle, envisage de revenir sur des plantations semi-traditionnelles, en montagne, dans des lieux plus confinés. Côté gouvernement, l’Épic annonce la poursuite du programme de régénération et l’installation de 42 nouvelles ombrières cette année, pour une surface de 2 hectares. En 2016, la production devrait revenir à une trentaine de tonnes, bénéficiant d’une bonne floraison cette année et du redémarrage des plantations renouvelées. “Près de 147 agriculteurs ont pu bénéficier de ce dispositif, assure l’établissement public Vanille de Tahiti. Ce sont plus de 6 hectares de surfaces régénérées qui entreront en production en 2016.”

    Marie Guitton

     

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