Édouard Fritch : rebooster l’économie pour financer le social

    mardi 11 octobre 2016

    économie social fritch forum

    “Je veux qu’on investisse dans des choses qui correspondent à des besoins réels et précis du patronat”, indique Édouard Fritch. (© Florent Collet)

    En préambule du Forum économique sur la refondation de l’économie polynésienne, se tenait hier et aujourd’hui la deuxième conférence économique de l’année. Devant un parterre de patrons et d’élus, hier, les discours du président Édouard Fritch, du ministre de la Relance économique Teva Rohfritsch et enfin celui du vice-président, ministre du Budget, Nuihau Laurey. Après une présentation de l’amélioration fragile de l’économie, ce dernier a annoncé les tendances du budget 2017 pour relancer l’économie polynésienne. Pour cela, il faudra ne pas consacrer tout le budget aux mesures sociales. Un discours sur lequel revient Édouard Fritch.

     

    Les discours et exposés montrent que notre économie est notamment dépendante de l’extérieur et que vous souhaitez développer nos richesses pour attirer les investisseurs étrangers ?
    Il n’y a pas de miracle dans notre affaire. Il faut effectivement d’abord développer le tourisme, c’est notre première industrie aujourd’hui. Il faut regarder du côté de l’économie bleue, puisque là aussi, nous allons rebooster le secteur de la pêche, nous allons exceptionnellement prendre la part de l’État sur la défiscalisation des bateaux car nous sommes en attente aujourd’hui d’un schéma directeur du développement du secteur de la
    mer.

    Nous allons donc mettre les moyens avec une défiscalisation plus importante pour que les Polynésiens puissent construire leurs bateaux ici. Il y a le secteur de l’agriculture où nous devrons donner l’an prochain beaucoup plus de moyens.
    Aujourd’hui, ce qui est certain, c’est que le secteur du tourisme va effectivement voir son budget augmenter sérieusement de façon à ce que l’accueil de nos touristes en Polynésie et la défiscalisation destinée à l’amélioration de nos hôtels puissent se faire dans de bonnes conditions.

    À entendre Nuihau Laurey, le budget va moins être porté sur le social…
    (Il coupe) Ce n’est pas moins de social. C’est un discours de vérité, c’est tout. L’économie est la base du social. Si, sur le plan économique, nous n’avançons pas, comment allez-vous financer le social ? Donc, à un moment donné, il faut effectivement se dire qu’avec autant d’argent pour du social, est-ce que le Pays va continuer à assister ces populations ? Ou est-ce qu’il faut quand même, quelque part, que nous puissions rebooster l’économie de façon à ce qu’elle produise un peu plus d’impôts, ce qui nous permettrait de financer le social ?

    En cette période difficile, n’existe-t-il pas le risque que ce ne soit pas compris de cette manière-là par les futurs électeurs ?
    Je le sais bien, mais ce n’est pas compris depuis un certain temps, car cela fait cinquante ans que nous vivons comme cela. Effectivement la politique sociale a toujours pris le dessus, à tel point qu’on ne s’est pas donné les moyens d’une bonne économie.
    Aujourd’hui, si on continue, on n’arrivera plus à financer le social, car la plus grosse difficulté qui nous attend, c’est le manque de moyens, demain, pour financer notre politique sociale. Je crois qu’à un moment donné, il faut dire la vérité et puis, surtout, au niveau politique, faire de quoi inverser les choses.
    Ceci n’empêche pas que nous financerons l’emploi aidé, les CVD (corps de volontaires au développement, NDLR), nous n’abandonnerons pas nos cas sociaux. Mais je crois qu’il faut être raisonnable sur l’utilisation des fonds de façon à ce que nous ayons une économie un peu plus pérenne demain.

    Cette conférence est une manière d’entendre les patrons pour mettre en place différentes mesures…
    (Il coupe) Oui, c’est essentiellement un lieu d’échanges. Nous avons eu la première conférence il y a un peu plus de six mois. Cela nous a permis de faire un plan d’action. Il faut faire un point avec le patronat. L’action du gouvernement doit correspondre à des besoins précis.

    Mais est-ce que, du coup, ce n’est pas le patronat qui dicte la politique du gouvernement ?
    Non, je ne crois pas puisqu’ils continuent à respecter. Vous avez vu, ils ne sont pas toujours satisfaits de l’action du gouvernement. Bien sûr qu’ils affirment leur soutien, mais nous ne pouvons pas répondre à toutes les propositions du patronat. Mais dans la mesure du possible, si nous investissons, je veux qu’on investisse dans des choses qui correspondent à des besoins réels et précis du patronat.

    Qu’entendez-vous lorsque vous avez parlé à l’assemblée de “budget de combat pour 2017” ?
    Vous aurez relevé que les réformes doivent être menées. La réforme de la PSG (protection sociale généralisée, NDLR), cela va être du combat. Si, depuis dix ans, personne ne prend la décision, c’est parce que derrière, il va y avoir une crise sociale et beaucoup de choses vont se produire, car cela ne va pas être facile d’imposer et de prendre des arbitrages sur les différentes propositions qui sont faites.

    L’année 2017 va être effectivement une année de combat, il faut relancer l’économie. Nous n’avons pas suffisamment d’investissements aujourd’hui pour non seulement arrêter cette spirale du chômage et effectivement, il faut créer un millier d’emplois pour que, rapidement, nous puissions nous dire que c’est reparti. C’est cela, le combat, se battre pour que notre pays retrouve son
    économie.

    Propos recueillis par F.C.

     

    Retrouvez ici le discours d’Édouard Fritch prononcé ce matin au Forum.

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