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Éducation sexuelle à l’école : fake news et hypocrisie

jeudi 30 août 2018

Un collectif de parents inquiets, menés par Sam Amaru, a rencontré la ministre de l’Éducation Christelle Lehartel. Elle les a rassurés : aucun cours d’éducation sexuelle en maternelle, ni d’ailleurs dans aucun établissement scolaire de l’école au lycée. Mais l’enfer ne serait-il pas pavé de bonnes intentions ? En croyant protéger les enfants et les adoles- cents, ne les laisse-t-on pas sans défense contre les prédateurs ? (Photo : Facebook/Sam Amaru)

Un collectif de parents inquiets, menés par Sam Amaru, a rencontré la ministre de l’Éducation Christelle Lehartel. Elle les a rassurés : aucun cours d’éducation sexuelle en maternelle, ni d’ailleurs dans aucun établissement scolaire de l’école au lycée. Mais l’enfer ne serait-il pas pavé de bonnes intentions ? En croyant protéger les enfants et les adolescents, ne les laisse-t-on pas sans défense contre les prédateurs ? (Photo : Facebook/Sam Amaru)

Des cours d’éducation sexuelle à la maternelle, dès l’âge de quatre ans, alliant langage cru et supports graphiques ? Depuis bientôt un mois, cette rumeur circule sur les réseaux sociaux, étayée par de soi-disant publications officielles. La corruption des petits enfants serait incluse dans le renforcement de la loi sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, portée par Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, et votée le 3 août.

La rumeur a démarré dans les sphères ultra-conservatrices en se basant sur une déclaration de Marlène Schiappa qui souhaite, en réalité, que les établissements scolaires appliquent enfin une disposition du code de l’Éducation datant de 2001, et que écoles, collèges et lycées organisent trois séances par an d’éducation à la sexualité, animées par des intervenants agréés et adaptées à chaque classe d’âge. Il n’a jamais été question de l’étendre aux écoles maternelles, mais malgré les efforts de “désintox” de nombreux médias, la fake news du moment tourne en boucle sur les comptes de ceux qui croient savoir.

Et ça n’a pas raté : la rumeur arrive vite en Polynésie, chacun faisant assaut de moralité au nom de la protection de l’enfance. Les professeurs et les directeurs d’école sont questionnés par des parents qui “l’ont vu sur Facebook” et s’inquiètent. La ministre de l’Éducation, Christelle Lehartel, a même dû recevoir pour les rassurer une délégation de parents outragés, menée par Sam Amaru, le pêcheur anti- îles flottantes dont la page Facebook montre une prédilection pour les théories du complot.

 

Jamais en Polynésie

 

Pourtant, si un territoire français peut se targuer de préserver les chastes oreilles des écoliers, c’est bien la Polynésie. Dans l’Hexagone, l’éducation à la sexualité n’est présente que dans 25 % des écoles, 4 % des collèges et 11 % des lycées ; au fenua, c’est 0 % partout.

Le statut d’autonomie donne au territoire la main sur les programmes scolaires du primaire, et il n’y a jamais eu de séances d’éducation sexuelle organisées dans les écoles, tout au plus des séances ponctuelles dans les collèges, sous l’angle de la santé pour évoquer les dangers des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses précoces.

Quand on tape “éducation sexuelle” sur le moteur de recherche de la direction générale de l’éducation et des enseignements, la réponse est “aucun résultat”. La charte de l’Éducation, réactualisée en 2016, n’en fait aucune mention. Bref, la politique locale sur le sujet est celle des trois petits singes : ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal. C’est un peu court, dans un territoire où les violences sexuelles sur mineurs battent tous les records.

 

“Ça part dans tous les sens”

 

La ministre Christelle Lehartel, sollicitée par La Dépêche, nous a fait répondre qu’un communiqué serait envoyé dans la journée. Nous l’attendions encore à l’heure de mettre sous presse. De son côté, Tepuanui Snow, de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (Fapeep), déplore la fausse rumeur : “Ça part dans tous les sens, tout le monde a paniqué. Les programmes sont une compétence du Pays, et il n’est pas question d’appliquer cette partie du programme. La Fapeep ne s’est pas encore prononcée sur le sujet, mais personnellement, j’ai du mal avec l’utilisation de certains termes comme “sperme” ou “éjaculation”, comme j’ai pu le voir dans une vidéo (il fait référence à un reportage de 2013 dans une classe de CM2 à Périgueux, NDLR). On vient retirer son innocence à l’enfant.”

À quel âge pense-t-il qu’il faille aborder le sujet de la sexualité ? “En quatrième, quand on fait de l’anatomie. Les premiers responsables sont les parents. Mais il va falloir pousser la réflexion, c’est un vrai débat de société qu’il faut avoir.” Effectivement. Quand certains enfants sont considérés comme des jouets sexuels par des membres de leur propre famille, que des gamines de 13 ans se retrouvent enceintes, que des mioches de 10 ans regardent YouPorn sur leur téléphone portable, il devrait être facile de se mettre d’accord pour cesser de faire l’autruche.

Marlène Schiappa souhaite que les enfants apprennent “le respect dû au corps humain” et acquièrent “une vision égalitaire des relations hommes-femmes”.

 

C.P.

 

 

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