El Niño : il faut sauver les bouées Tao et Triton

    mardi 27 octobre 2015

    Alors que le phénomène El Niño actuel, le plus fort jamais observé depuis le record historique de 1997-1998, est déjà surnommé “Godzilla” dans les cercles scientifiques internationaux, les chercheurs se battent pour préserver d’indispensables instruments d’observation du climat dans le Pacifique tropical.
    L’année dernière, le manque de données aurait entraîné des erreurs de prévision d’El Niño. Moins de 30 % des 70 bouées du réseau Tao/Triton, financé par les États-Unis et le Japon à la suite du violent épisode de 1982-1983 et considéré aujourd’hui comme “la clé de voûte du système d’alerte du phénomène”, fournissaient encore des informations. Las de devoir réparer les mouillages –en partie abîmés par les pêcheurs ou les vandales de passage-, le navire dévolu à leur entretien avait pris sa retraite en 2012 et n’avait pas été remplacé par les États-Unis, heureux d’économiser 10 à 12 millions de dollars par an (environ 1,2 milliard de francs) au sortir de la crise économique. “C’était la catastrophe. Tout le monde a lancé un appel parce qu’on devenait aveugle”, raconte Sophie Cravatte, chargée de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.
    Les satellites et les flotteurs Argo, qui dérivent avec les courants, continuaient d’envoyer des mesures, mais pas aussi complètes que celles des bouées ancrées du réseau Tao/Triton. Celles-ci fournissent, en temps réel et en libre accès, des données océanographiques (salinité, courants, température de la mer en surface et jusqu’à 700 mètres de profondeur) et météorologiques (vents, précipitations, flux entre l’océan et l’atmosphère). “Sans elles, on manque beaucoup d’informations sur les vents, et on est aveugle sur une partie des phénomènes atmosphériques un peu imprévisibles qui peuvent générer un phénomène El Niño”, explique la scientifique.

    Un nouveau système en 2020 ?

    Pour éviter le black-out total à l’avenir, un projet international baptisé “TPOS 2020” (pour Tropical Pacific Observing System) a été mis sur pied afin de repenser le dispositif. Les États-Unis ont accepté de reprendre, début 2015, l’entretien des bouées Tao (de la longitude 165° Est aux Galápagos) pendant deux ans, le temps de voir ce qui sera proposé.
    Aujourd’hui donc, 80 % des mouillages sont opérationnels et aident à prévoir les conséquences probables de “Godzilla” : risque cyclonique en Polynésie française, mais aussi pluies intenses en Amérique du Sud et sécheresses dans l’Ouest du Pacifique.
    “Le problème, c’est que le réseau Triton, à l’Ouest, est géré par les Japonais, qui sont à leur tour en train de tout arrêter…, s’inquiète la chercheuse de l’IRD. Il n’y aura plus que 2 bouées en fonctionnement sur 12 d’ici à janvier 2017, or c’est à l’Ouest qu’il faut regarder pour comprendre pourquoi un phénomène El Niño démarre…” Face à l’urgence, Sophie Cravatte a chapeauté une nouvelle réunion du projet TPOS en septembre à Nouméa. Des scientifiques américains, australiens, français, mais aussi japonais et chinois en visioconférence, ont commencé à rédiger un plan qu’ils espèrent présenter mi-2016 aux financeurs pour un démarrage dès 2020.
    “C’est encore assez controversé, mais on s’oriente vers moins de bouées régulières, réparties sur une surface plus étendue vers les tropiques”, confie la chercheuse, membre du comité directeur du TPOS. Les satellites et les flotteurs Argo feraient le reste du travail.
    Une chose est sûre, tous les États présents dans le pacifique (y compris la France) seront appelés à contribution pour sauver les soldats Tao et Triton. “Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il serait criminel de ne pas le faire, mais ce serait vraiment dommage de stopper une longue série de données, lâche Sophie Cravatte. Plus de 20 ans d’informations en continu, c’est hyper précieux pour mesurer le réchauffement.”

    Marie Guitton

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