Élection présidentielle : Oscar Temaru a 18 jours pour convaincre

    mardi 28 février 2017

    temaru

    Après Oscar Temaru (ici, en Bretagne), Moetai Brotherson, son conseiller, a sillonné les routes de France, à la pêche aux parrainages dans les petites mairies. Au-delà de la revendication indépendantiste, Oscar Temaru a séduit certains élus face aux Goliath des autres partis. (© Facebook/Moetai Brotherson)


    Oscar Temaru a affirmé, dimanche dernier, qu’il avait réuni 511 promesses de parrainage sur 31 départements et collectivités. Si ces promesses sont effectivement transformées en parrainages effectifs d’ici au 17 mars, le leader indépendantiste sera candidat à l’élection présidentielle française. Son conseiller Moetai Brotherson explique ce qui fait l’attrait de cette candidature chez les élus ultramarins et métropolitains. Interview.

    Où en sont exactement les parrainages en faveur d’Oscar Temaru ?

    Deux chiffres à retenir : le premier c’est 988, le total de promesses de parrainage qui nous sont parvenues, et le deuxième chiffre, celui qui compte pour le Conseil constitutionnel compte tenu de la limite de 50 parrainages par département, c’est 511, sur 31 départements. Nous venons de recevoir un parrainage de plus en provenance des Antilles.

     

    Quel accueil vous a été réservé aux Antilles ?

    On a eu rapidement des promesses de la Guadeloupe. En Martinique, ça a un peu tardé, parce que le Mouvement indépendantiste martiniquais était préoccupé par la succession de son leader historique, Alfred Marie-Jeanne.

    Mais le premier parrainage de Martinique est arrivé hier. Donc au niveau des départements d’outre-mer, nous avons la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion. Il nous manque Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon.

     

    Quelle est la motivation de ces élus ?

    On peut classer nos soutiens en deux catégories. La première, la plus évidente, ce sont les Corses, les Bretons, les Basques, certaines personnes en Savoie ou même en Bourgogne, avec qui nous sommes en contact depuis longtemps.

    Ceux-là n’avaient pas besoin d’explication de texte, ils n’avaient qu’une seule question, c’est de savoir si Oscar se limitait juste à la Polynésie ou s’il était le porte-parole de tout le monde.

     

     

    Et quelle est la réponse ?

    Dans la documentation que nous leur avons envoyée, il est bien expliqué qu’Oscar veut être le porte-parole de tous les peuples sans État. Cela dit, nous n’avons pas envoyé de réel programme parce qu’il était illusoire d’en envoyer un dès maintenant.

    On a un projet et, à partir du moment où sa candidature sera validée, on travaillera sur le programme, de manière à ce qu’on puisse relayer les revendications des uns et des autres. Les demandes ne sont pas les mêmes, certains sont plus régionalistes, d’autres se disent autonomistes, mais il y a différentes définitions du terme.

    Nous, ce qu’on leur a dit, c’est qu’on veut bien être porte-parole mais on ne peut pas, et surtout on n’a pas l’ambition, de penser à leur place.

     

    Et pour les maires qui ne portent pas ce genre de motivation, pourquoi soutenir Oscar Temaru ?

    C’est la deuxième catégorie de nos soutiens, ce sont en général des maires de toutes petites communes. Ceux-là sont attachés à la notion de démocratie réelle. Certains connaissaient Oscar, du moins de réputation, d’autres ne le connaissaient pas du tout, ou ne savaient même pas que la Polynésie est française, et ils m’ont dit : “De toute façon, vu la qualité des candidats au niveau national, pourquoi pas ? On ne votera sans doute pas pour lui parce qu’on ne le connaît pas suffisamment et ce n’est pas notre problématique à nous”, mais ils tenaient absolument à ce qu’il puisse être sur la ligne de départ.

    La moitié des maires que j’ai rencontrés ont regardé son intervention sur Mediapart.

     

    Comment faire à présent pour transformer ces promesses en parrainages effectifs ? Comment procédez-vous ?

    Nous avons une base de données avec coordonnées téléphoniques et électroniques et nous les avons déjà recontactés. D’abord pour leur rappeler que les formulaires de parrainage sont disponibles depuis vendredi dernier.

    Ils sont numérotés et seul l’élu peut les retirer. En revanche, ici, en Kanaky et pour certains territoires dans lesquels on a des relais, il y a possibilité de nommer un mandataire.

    Ce mandataire ne peut pas aller récupérer le formulaire mais il peut aider l’élu à le remplir – il ne faut pas qu’il y ait de rature, sinon c’est invalidé – et il peut ensuite, avec un mandat signé par l’élu, aller déposer le formulaire au haussariat, à la préfecture ou au Conseil constitutionnel.

    Comme la date limite de réception est fixée au 17 mars, la consigne que nous nous sommes donnés, c’est qu’il faut que tout soit parti le 12 mars au plus tard. Ici, en Polynésie, le mandataire a d’ores et déjà déposé six formulaires vendredi dernier.

     

    Si le compte est bon et qu’Oscar Temaru accède au premier tour, le Tavini a-t-il les moyens financiers de faire campagne ?

    Déjà, en termes de ciblage, la priorité, c’est la Polynésie, donc la campagne va être essentiellement polynésienne.

    Ensuite, il y aura probablement un déplacement sur les départements d’outre-mer et un déplacement sur la métropole, car il y aura des sollicitations des médias, notamment pour les débats télévisés.

    On a déjà été contactés par des chaînes qui veulent avoir Oscar en plateau.

     

    Est-ce qu’on peut clarifier l’idée de proclamation d’indépendance, en cas de victoire d’Oscar Temaru au premier tour en Polynésie?  Vous avez déclaré que ce serait un long processus, mais les exemples cités font un peu peur, le Kosovo qui était un pays en guerre, le Vanuatu…

    Le Kosovo nous sert d’exemple parce qu’on nous oppose souvent que ce serait une démarche illégale. Pourquoi la France aurait-elle accepté une démarche « illégale » du Kosovo et pas de la Polynésie ?

    Maintenant, l’exemple qui nous intéresse le plus, c’est celui du Vanuatu : entre l’élection qui a été gagnée par le parti indépendantiste et la déclaration d’indépendance, il s’est passé cinq ans, et ça correspond au travail qui a été fait avec l’ONU et les puissances administrantes. Les choses se sont passées de manière assez pacifique.

    On nous a également demandé pourquoi pas un référendum ? Au Tavini, on était parti pour ça, c’était l’idée de départ pour la réinscription, mais depuis 2013, on constate que rien n’avance, la France fait un déni de cette réinscription.

    Aujourd’hui, on n’a pas la possibilité d’envisager un référendum qui soit mis en place sereinement sous l’égide de l’ONU, la France n’en veut pas. Il faut trouver autre chose, même si ça relève plus du symbole.

     

    Propos recueillis par Caroline Perdrix

     

     

      Edition abonnés
      Le vote

      Seriez-vous prêt à accepter de travailler avec une patente si un employeur vous indiquait qu'il ne peut pas vous salarier ?

      Loading ... Loading ...
      www.my-meteo.fr
      Météo Tahiti Papeete