EMPLOI – Les effectifs salariés se sont stabilisés en 2014, mais le nombre de chômeurs a encore augmenté

    vendredi 13 novembre 2015

    L’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) a publié cette semaine un bilan de l’emploi en 2014. En décembre dernier, le nombre d’emplois salariés a progressé de 0,7 % par rapport au mois de décembre 2013, ce qui représente 430 emplois supplémentaires. 
    Hourra ? “Cette hausse est la première depuis sept ans”, constate l’ISPF, qui rappelle que “l’emploi avait reculé en moyenne de 2,2 % par an depuis 2007”. L’embellie était donc attendue, certes, mais elle reste toute relative puisqu’en moyenne annuelle, l’emploi diminue  une fois encore de 0,3 % en 2014, précise l’institut. 
    En sept ans, le nombre d’emplois salariés est passé de 69 800 à seulement 61 500… Au final, donc, si “l’emploi se stabilise en 2014”, comme le note l’ISPF, la courbe ne repart toujours pas à la hausse et il semble un peu tôt pour crier victoire.
    En décembre dernier, l’augmentation des effectifs salariés aurait en fait été une conséquence de l’épidémie de chikungunya, qui avait entraîné un nombre important d’arrêts maladie. 
    “Les entreprises polynésiennes ont ainsi accru leur recours à l’emploi intérimaire ou ont recruté directement des emplois temporaires pour maintenir leur production”, explique l’ISPF, citant notamment une hausse des effectifs salariés dans le secteur tertiaire marchand (+2,7 %) et dans le secteur primaire (+1,1 %). 
    Mais les effectifs du secteur de la construction avaient accusé un net recul (-7,9 %), tandis que ceux de l’industrie (-1,4 %) et du secteur tertiaire non marchand (-0,4 %) avaient continué de diminuer. 

    Les salaires progressent dans le privé

    En 2014, l’institut de la statistique relève par ailleurs une “contraction dans l’administration publique pour la septième année consécutive” : les salariés des administrations d’État déclarés à la CPS diminuent de 4,3 %, ceux de Polynésie française de 1,5 % et ceux des communes de 3,1% en décembre 2014 par rapport à décembre 2013. 
    “Pour la première fois, le salaire moyen de l’administration publique n’augmente pas”, maîtrise des dépenses oblige.
    La bonne nouvelle réside finalement, en 2014, dans la progression des salaires du secteur privé, qui pourrait relancer la consommation des ménages dès 2016, selon le directeur de l’institut (lire ci-dessous) : +2,2 % dans le secteur primaire, +4,2 % pour la construction, et +0,6 % pour le tertiaire marchand et l’industrie. Au total, en équivalent temps plein, le salaire moyen brut progresse de 0,7 % à 319 800 F, indique l’institut. 
    Mais là encore, la médaille a un revers puisque les effectifs équivalents à temps plein diminuent, eux, de 0,4 %. 
    La durée moyenne de travail continue de baisser pour s’établir en 2014 à 145,1 heures par mois, pour un salaire brut moyen de 274 600 F (+0,6 %). 
    En 2014, la stabilisation des effectifs semble donc s’être jouée à la faveur de la multiplication des temps partiels, qui concernaient plus d’un tiers des salariés.  

    Marie Guitton

    L’effet pervers des CAE

    La stabilisation des effectifs salariés n’a pas permis de juguler le nombre de demandeurs d’emploi, puisque celui-ci augmente de 2 % en décembre 2014 par rapport à décembre 2013, selon l’Institut de la statistique de la Polynésie française, qui relève l’effet pervers des contrats d’accès à l’emploi (CAE). 
    “La mise en place de cette nouvelle mesure d’aide à l’emploi, dès janvier 2014, a tiré les demandes d’emplois à la hausse et les offres normales à la baisse”, note l’ISPF. 
    Ne correspondant pas au profil de “perle rare” recherché par les employeurs (diplômé du supérieur avec de l’expérience professionnelle), les chômeurs sont venus s’inscrire “en masse” au Sefi dès le mois de janvier pour bénéficier d’un CAE, écrit l’institut. Faute d’autre chose, ils se sont rués sur les miettes qu’on leur proposait : des stages en entreprise ou des stages d’insertion. 
    Leur régime étant favorable aux employeurs, les offres d’emplois aidés ont bondi de 59 % en 2014. Pendant ce temps-là, le nombre d’offres d’emplois dits “normaux” a baissé de 5 %, avec une moyenne de seulement 200 nouveaux postes (le plus souvent en CDD) offerts chaque mois aux 13 330 demandeurs inscrits en moyenne mensuelle. 
    Bref, “en 2014, comme les années précédentes, il n’y a pas d’amélioration notable sur le marché du travail”, constate l’ISPF.

    “On sort d’une période de récession”

    Si l’emploi salarié s’est stabilisé en 2014, il était encore trop tôt pour parler d’une reprise. Pour l’année 2015, Fabien Breuilh, directeur de l’Institut de la statistique de Polynésie française, est plus optimiste : “On a des indicateurs qui repassent doucement dans le vert. On sort d’une période de récession assez longue. Les entreprises qui n’étaient pas compétitives (en majorité des petites entreprises, NDLR) ont disparu et les grosses entreprises commencent à augmenter leurs effectifs.”
    Le directeur de l’institut relève également une conjoncture internationale favorable, avec un prix du baril qui reste assez bas et un dollar élevé qui rend la Polynésie française relativement accessible aux touristes américains. Sur le plan intérieur, il estime que “les signes sont plutôt encourageants. Les transferts via la dépense publique commencent à se ressentir dans les entreprises et, en 2016, cela pourrait se répercuter sur la consommation des ménages, poussée par la hausse des salaires”, avance-t-il. 
    Par ailleurs, les chiffres catastrophiques des effectifs salariés dans le secteur de la construction en décembre 2014 (-7,9 %) pourraient n’être prochainement plus qu’un mauvais souvenir, grâce à la relance par la commande publique. “Il y a plein de choses dans les tuyaux, mais qui ne se font pas encore ressentir parce qu’il y a toujours un laps de temps avant que les projets aboutissent à la création d’emplois”, explique Fabien Breuilh. 
    Pour l’heure, le nombre de demandeurs d’emploi ne devrait toujours pas régresser : “La population du fenua est assez jeune et on n’arrive pas à compenser les arrivées sur le marché du travail avec les départs à la retraite”, constate le directeur de l’ISPF.

    M.G.

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