Énergie thermique des mers : et si cette fois, c’était la bonne ?

samedi 13 juin 2015

“Pour l’énergie thermique des mers, Tahiti, c’est le paradis.” Le message est clair et enthousiaste.
Venu pour une semaine à l’invitation du cluster maritime Polynésie française, Sylvain de Mullenheim, directeur des ventes des énergies marines de DCNS (Direction des constructions navales), croit plus que jamais à la première installation d’une centrale d’énergie thermique des mers (ETM) dans le Pacifique à Tahiti. Il y croit encore plus, après cinq jours de rencontres avec tous les acteurs susceptibles de favoriser l’installation du projet. EDT a ainsi été le premier des interlocuteurs rencontrés.
Tahiti est le lieu idéal pour fabriquer de l’énergie grâce à la différence de température entre l’eau à 4°C puisée à 1 000 mètres de fond, et celle à 26°C pompée en surface. Un contraste thermique important et constant en Polynésie qui attire le groupe français spécialisé dans ce secteur de pointe en perpétuelle recherche et développement.
En 2010, DCNS avait déjà signé un accord avec Pacific Otec, du groupe Pacific Petroleum, pour lancer l’étude de faisabilité d’une unité de faible mesure. Étude qui avait fait l’objet d’une aide financière du Pays pour un projet qui est finalement retombé dans les profondeurs. “Nous avions peut-être été trop enthousiastes”, reconnaît Sylvain de Mullenheim aujourd’hui.

Un nouveau secteur industriel qui se concrétise

Mais en cinq ans, les progrès dans le domaine ont été très rapides. DCNS projette ainsi de construire, d’ici fin 2018, une première unité en Martinique capable de produire 10 mégawatts. Un projet à plus de 35 milliards de francs qui donne un aperçu de l’ambition nourrie par le groupe français dans ce domaine. Il est aussi la preuve que l’énergie thermique des mers n’est plus un rêve fou d’inventeur, mais bien un nouveau secteur industriel qui se concrétise.
“C’est le plus gros projet industriel français depuis la création d’Airbus”, s’enthousiasme le responsable de la DCNS. Un autre projet pourrait également voir le jour. DCNS s’implante donc dans l’Atlantique avec les Caraïbes, dans l’océan Indien, reste l’océan Pacifique. DCNS voudrait donc faire du fenua le bastion de l’énergie thermique des mers dans la région.
Mais si la technologie pour fabriquer de l’énergie grâce aux vapeurs et condensation créées par les différences de températures est en passe d’être maîtrisée, l’usine n’est pas aussi facilement transposable d’un océan à un autre, les formes de vie y étant différentes, notamment les micro-organismes et nutriments responsables du fouling sur les navires.
Un savoir-faire spécial à notre coin du globe reste donc à développer. Il pourrait être fait en collaboration avec les instituts de recherche du Pays et permettrait de développer un  savoir-faire local qui pourrait créer de l’emploi et ensuite être exporté dans le reste de la région.
Le Pays, les investisseurs et la DCNS doivent se revoir avant la fin de l’année pour éventuellement signer un accord qui lancerait l’étude de faisabilité. Il sera alors temps d’esquisser une usine qui réduirait considérablement la dépendance énergétique de la Polynésie envers l’extérieur.
Cette semaine, le Pays, les investisseurs et la DCNS ont en tout cas décidé de prendre un crayon et une feuille ensemble pour dessiner ce projet.

F.C.

 

Sylvain de Mullenheim, directeur des ventes des énergies marines de DCNS : “Ici, cela a l’air tellement évident, qu’il est impensable de ne pas y venir”

Hormis répondre à l’invitation du cluster maritime, qu’êtes-vous venu voir en Polynésie ?
« Je suis venu voir si le territoire, au sens global, les acteurs politiques, économiques, environnementaux et universitaires, avaient la volonté d’avancer sur l’énergie thermique des mers. Outre les parties ressources naturelles, financières et techniques, ce qui est très important pour DCNS, c’est la volonté des gens. Si les gens n’en veulent pas, nous ne pouvons pas démarrer le projet. »

Rencontrez-vous des difficultés ?
« Les pays sont très différents les uns des autres. Ils ont des historiques énergétiques, des moyens et des marchés qui sont très différents, donc parfois, c’est moins facile. Mais ici, cela a l’air tellement évident à tout le monde que c’est absolument impensable de ne pas venir à Tahiti. Et ce d’autant plus que nous avons trois grands bassins, entre les Caraïbes, l’océan Indien et le Pacifique, il nous faut traiter le Pacifique. »

Il y a la volonté des institutions et des investisseurs. Qu’est-ce qu’il faut désormais pour se lancer ?
« Il faut travailler déjà pour se lancer. Moi, je ne sais pas aujourd’hui, quelle est la taille de la centrale, où la mettre, quelle est sa puissance. Je ne sais même pas combien elle coûte aujourd’hui. Tout cela, ce sont des mois de travail par différentes équipes. C’est une très grosse installation. La centrale de Martinique, c’est près de 7 000 tonnes, la Tour Eiffel en fait 11 000. Ce n’est pas anodin. Il faut un peu de temps pour travailler, et qui plus est, il faut mettre cette installation dans une zone, qui parfois, voit passer des cyclones. Notre idée est de travailler dessus et d’avancer, étape par étape, pour que cela marche. »

N’existe-t-il pas un risque pour la Polynésie de travailler, pour qu’au final, cela ne soit pas faisable ?
« C’est pour cela que nous voulons travailler étape par étape. Nous avons démarré cette activité en 2010 et nous nous sommes aperçus que parfois nous avons été trop enthousiastes. On apprend aussi de ses erreurs. Notre idée maintenant est de travailler étape par étape, donc aujourd’hui, nous dessinons un projet. Nous essayons de voir qui a envie de faire quoi, quand et comment. Lorsque ce sera clair, l’étape d’après sera l’étude du projet. »

 

DCNS en bref

Créé par Richelieu en 1624, DCNS est probablement la plus ancienne entreprise de France et même du monde. Depuis la construction des navires de Louis XIII, l’entreprise est désormais détenue à 64 % par l’État français et 26 % par Thalès, groupe d’électronique spécialisé dans l’aérospatiale, la défense (porte-avions et sous-marins) et les technologies de l’information.
Autrefois Direction des constructions et armes navales (DCAN), puis Direction des constructions navales (DCN). En 2003, le groupe devient DCNS, le « S » adjoint faisant référence aux services. Depuis, 2010, elle a diversifié ses activités adjacentes, dans les énergies, nucléaires ou thermiques des mers.

 

Punu 2015-06-16 05:47:00
Ce projet ne relancera pas l'économie comme on nous le fait miroiter. Par ailleurs, je ne tiens pas à ce que mes impôts servent à financer ce dernier. Tout comme moi, la majeure partie de gens préférerait s'équiper en solaire, on en connait le coût contrairement à ce projet qui risque de nous engager sur des décennies sans garantie.
Étonnant que leur argumentaire ne prédise pas la création de centaines ou milliers d'emplois comme il est coutumier de le faire ici pour tout projet. (histoire de forcer la main).
Louis Bresson 2015-06-15 12:12:00
Donc on va produire ainsi de l'énergie... qui servira à alimenter les climatiseurs de la ville? A quel prix? Par rapport au SWAC ?
Rappelons aussi que que le plus grand champ d'économies d'énergies qui s'ouvre devant nous est celui des économies d'énergies.
Méfiance 2015-06-14 18:52:00
encore un projet qui n'aboutira jamais. de 1999 à 2002, le NIOT (Inde) avec ses millions d'ingénieurs et de chercheurs, n'est jamais parvenue à mettre au point la 1ère centrale "industrielle" (par opposition au projets de type "laboratoire") de 1MW (pour situer la centrale de la Punaruu produit 122 MW et le barrage de la Papenoo 28 MW) et à abandonné le projet en considérant que si des centrales de type laboratoire (quelques dizaine, voir une centaine de Kilowatts ) arrivent à fonctionner, l'étape suivante "industrielle" n'est pas viable !
      Edition abonnés
      Le vote

      Le Kitesurf :

      Loading ... Loading ...
      www.my-meteo.fr
      Météo Tahiti Papeete