Enfant fa’a’amu en métropole, elle revient sur l’île de ses parents

samedi 22 août 2015

“Mes deux papas m’ont conduit à l’autel. À ce moment-là, il y avait plein d’émotion. C’est dur à retranscrire avec des mots. J’étais contente parce que c’était complet, c’était vraiment ma vie à moi, mon mariage avec toutes ces complexités familiales.” 
Le mariage est souvent décrit par les femmes comme l’un des plus beaux jours de leur vie. Celui de Sophie a revêtu un caractère un peu plus spécial encore, digne des meilleurs scénarios de comédies, à la fois tragique et romantique. 
Il y a 29 ans, Sophie est née Temahuki, à Papeete, de parents venus de Marokau pour travailler à Tahiti. Elle n’a pas deux mois quand elle est confiée à un autre couple, la famille Jissang. 
“Mon père adoptif, un tinito d’ici, a rencontré ma mère lors de ses études en métropole. À leur retour à Tahiti, ne pouvant avoir d’enfants, et sachant qu’ici l’adoption est plus facile, qu’elle est dans la culture, ils ont demandé, sur un coup de tête”, retrace la jeune femme.

Premier retour aux sources à 12 ans

Ses parents biologiques acceptent. “Ma mère avait beaucoup d’enfants ; sept en tout. Mon père était docker. Il faisait des trajets tout le temps. Il n’était pas forcément à la maison. On disait à ma mère que si elle me donnait pour la France, ce serait une chance pour moi. Cela s’est fait comme ça.”
Même si ses parents adoptifs jouent la transparence et gardent le contact avec la famille des Tuamotu, la chose n’est pas si facile. 
“Je l’ai bien vécu mais j’ai toujours su qu’il manquait quelque chose, que je n’étais pas comme les autres en France.”
Au moment d’entrer en 6e, elle souhaite revenir vers ses racines et fait la surprise d’aller à la rencontre de ses parents biologiques. Un voyage riche d’enrichissement. 
“J’ai compris certaines choses au niveau de mon caractère. Au vu de la manière dont j’ai été élevée, il y avait des choses qui ne collaient pas. Sans avoir vécu ici, j’ai quand même un caractère plutôt cool. À mes yeux, l’importance des choses n’est pas aussi réglée qu’en métropole, et je suis parfois trop gentille. Tout cela, je le retrouve ici.”
C’est aussi l’occasion de savoir enfin pourquoi elle a été confiée à d’autres parents. 
“C’était à la fois par facilité financière et pour mon bien. Je me posais forcément la question. En France, lorsque l’on est adopté, c’est parce que l’on vient d’un orphelinat.”
Le retour en métropole n’est pas évident. “Pendant un mois, il ne fallait pas me parler. Je n’avais pas envie d’être en France, mais ici, pour la famille, le mode de vie, plus que pour les paysages ou la météo.” 
La petite a alors 12 ans mais n’a qu’une idée en tête : revenir un jour s’installer au fenua. “J’ai toujours eu Tahiti dans la tête ; j’en parlais à tout le monde.”
Sophie garde encore le contact avec sa famille, par courrier puis grâce à Internet. Elle poursuit son cursus scolaire et rencontre Julien en école de commerce. 
Ainsi naît l’idylle. Il y a deux ans, elle l’emmène en Polynésie pour qu’il fasse connaissance avec le fenua. Elle découvre aussi Marokau, l’atoll où ses parents sont retournés vivre pour leur retraite.

Un mariage au bout du monde

“Je voulais l’emmener pour savoir s’il aimait ici.” Le charme opère, et Julien profite même de ce séjour pour faire sa demande en mariage. 
“Je voulais vraiment me marier à Marokau parce que c’est mon île. Toute ma famille vit là-bas, cela a plus de sens”, explique celle qui s’appelle désormais Mme Jacq. 
Monsieur, de son côté, se rappelle de l’annonce faite à ses parents de Lille, un lieu où la terre est aussi noire que le lagon de Marokau est turquoise. 
“Au début, ils pensaient que c’était une blague. On avait parlé de Tahiti, pour eux, ça allait. Mais quand on a commencé à expliquer qu’il fallait prendre un deuxième vol et une traversée de trois heures en plein océan, ils ont commencé à avoir un peu peur”, s’amuse le jeune marié. “Niveau logistique, il fallait prévoir. Mais ils ont été ravis, ils veulent tous revenir et aller à Marokau.”
À la fin du mois de juillet, les parents adoptifs et une tante de Sophie ont donc fait le voyage depuis la métropole, une quinzaine de membres de la famille du marié également, ainsi que Tearii, le jeune garçon de six mois auquel Sophie a donné naissance. 
À Marokau, l’heureux événement est célébré avec faste. “Même en l’imaginant, je ne pensais pas que la famille en ferait autant, c’était magnifique”, se remémore Sophie avec émotion. “Ils ont tout fait pour mettre ma famille à l’aise”, reconnaît Julien.
Désormais de retour en métropole, Sophie n’a “qu’une hâte, c’est de revenir habiter ici, mais avec quelque chose, c’est pour cela que nous sommes encore en métropole”. 
Sophie a ouvert un magasin de cigarettes électroniques à Valenciennes. “À mon compte, pour pouvoir revendre l’affaire quand nous pourrons revenir ici. Cela s’appelle Manavap parce qu’il fallait qu’il y ait un petit truc polynésien.”
Le couple a dans l’idée d’aller s’installer à Marokau. “La famille nous a déjà parlé de nous construire une maison là-bas”, explique Julien, enthousiaste. “Je pense peut-être à ouvrir une pension familiale qui me permettrait de vivre. Quelque chose qui donne un travail autre que le coprah”, projette Sophie, sans renier son côté urbain, “avec des petits allers/retours à Tahiti. À moi aussi, le steak-frites manquait à Marokau”, s’amuse la jeune femme, qui regarde désormais avec recul le phénomène des enfants fa’a’amu. 
“J’ai des frères et sœurs qui auraient voulu être fa’a’amu comme moi, mais personnellement, j’aurais préféré grandir ici, même si ce n’était pas dans les mêmes conditions. Eux auraient aimé grandir en France.” 

F.C.

ANNE 2015-11-06 05:20:00
Merci pour cet article et merci Sophie pour ce beau témoignage de vie qui m'a fait chaud au coeur. Longue vie au mariés et merci de m'avoir fait découvrir l'atoll de Marokau!
Melly 2015-09-12 03:39:00
Ia orana,

je dirais ... attention ... ces jeunes faaamu métropolitains en ont "plein les yeux" quand ils retournent à Tahiti ...
au début ... le rêve, l'idéalisation, le soleil .. et par la suite ... certains se fracassent le nez, le coeur ... devant ... la réalité .... avec des dommages collatéraux ... et la déception aussi grande que le rêve a été ...

Pour avoir un fils faaamu retourné vivre à Papeete, je le sais, à mes dépends ... et il a rompu vite fait avec toute sa famille locale (qui n'en voulait qu'à ... ce qu'il pouvait apporter, lui, de Métropole ...) Triste, triste, pour tout le monde.
florent 2015-08-22 20:58:00
Nous sommes venue au fenua en esperant aussi ce miracle qu'ont nous confie un enfant faamu, helas la vie en a decider autrement! Nous sommes heureux que sophie ai reussi sa vie, son retour aux sources et reussisse maintenant son mariage!
Longue vie à toi et à ta famille (de metropole et du fenua)
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