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ENQUÊTE – Lafarge en Syrie : Trois responsables en garde à vue

jeudi 7 décembre 2017

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Trois responsables de Lafarge, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été placés hier en garde à vue. Le cimentier est soupçonné d’avoir pactisé avec des groupes jihadistes. (Photo : Éric Piermont/AFP)

La direction française de Lafarge savait-elle que sa filiale syrienne a contribué au financement de l’État islamique pour pouvoir rester dans le pays en guerre ? Trois responsables du cimentier, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été placés hier en garde à vue.

Bruno Lafont, l’ex-directeur général, Éric Olsen, DRH à l’époque des faits, et l’ex-directeur général adjoint opérationnel, Christian Herrault, sont entendus dans les locaux des douanes judiciaires (SNDJ) à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), a-t-on appris de sources proches du dossier. Ils ont été placés en garde à vue, a précisé une source judiciaire, et pourraient être ensuite présentés aux juges d’instruction en vue d’une éventuelle mise en examen.

Vendredi dernier, deux anciens directeurs de la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS), Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois, et le directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, ont été mis en examen pour “mise en danger de la vie d’autrui” et “financement d’une entreprise terroriste”.

Pour pouvoir continuer à faire tourner son usine de Jalabiya (nord du pays), le cimentier, qui a fusionné avec le Suisse Holcim en 2015, est soupçonné d’avoir pactisé avec des groupes jihadistes, notamment avec l’EI : il lui aurait acheté du pétrole, en violation de l’embargo décrété par l’Union européenne en 2011, et lui aurait fait remettre de l’argent via un intermédiaire, Firas Tlass.

De juillet 2012 à septembre 2014, LCS a versé environ 5,6 millions de dollars à diverses factions armées dont plus de 500 000 dollars à l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi, d’après un rapport rédigé en avril à la demande de LafargeHolcim par le cabinet américain Baker McKenzie.

Les enquêteurs cherchent à savoir si la direction en France était au courant de telles pratiques.

Plusieurs témoignages vont dans ce sens. Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois ont confirmé la semaine dernière aux enquêteurs avoir échangé régulièrement avec le siège à Paris, selon une source proche du dossier.

Et Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d’une “économie de racket”, a assuré “avoir régulièrement informé Bruno Lafont de ces questions avant juillet 2014 et que Lafont n’avait émis aucune objection à l’époque”, d’après le rapport Baker McKenzie, révélé par Le Canard enchaîné.

L’ex-directeur adjoint opérationnel a aussi affirmé avoir adressé un courriel à Bruno Lafont en juillet 2014 pour l’informer que l’usine était à l’arrêt le temps de trouver un accord “clair” avec l’EI.

L’ex-PDG dément avoir eu connaissance de tels agissements. “Pour moi, les choses étaient sous contrôle. Si rien ne me remontait, c’est que rien de matériel ne se produisait”, avait-il assuré en janvier aux enquêteurs du SNDJ.

Dans un rapport accablant pour la maison-mère, les douanes judiciaires ont conclu qu’“il serait tout à fait étonnant que Bruno Lafont n’ait pas demandé à son équipe de direction d’avoir un point précis de la situation d’une cimenterie dans un pays en guerre”. Il “devait rendre forcément des comptes à des actionnaires”, ajoutaient les enquêteurs.

Les investigations s’attachent aussi à déterminer si le groupe a tout fait pour assurer la sécurité des employés syriens de la cimenterie qui avaient notamment dû s’enfuir par leurs propres moyens quand l’EI avait finalement pris le contrôle du site en septembre 2014.

Éric Olsen assistait aux réunions du comité de sûreté et a “participé pleinement aux discussions concernant la sécurité de l’usine LCS”, souligne le cabinet Baker McKenzie. Devenu directeur général de LafargeHolcim en 2015, Éric Olsen a démissionné en avril à la suite de cette affaire.

Les enquêteurs tentent enfin de déterminer le rôle qu’auraient pu jouer les autorités françaises, alors que plusieurs protagonistes ont indiqué avoir été en contact régulier avec le ministère des Affaires étrangères et la DGSE, les services de renseignements extérieurs.

“Le quai d’Orsay nous dit qu’il faut tenir, que ça va se régler”, avait notamment déclaré Christian Herrault devant le SNDJ.

L’enquête est menée depuis juin au pas de charge par deux juges d’instruction du pôle financier et un juge antiterroriste. Une vaste perquisition a eu lieu les 14 et 15 novembre au siège du cimentier à Paris.   

AFP

 

 

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