Entre peur et recueillement, la France rassemblée dans une même douleur

jeudi 8 janvier 2015

Minute de silence dans les services publics et les écoles, métros et bus à l’arrêt, ventes interrompues dans des commerces, cloches sonnant le glas: la France s’est recueillie jeudi en mémoire des victimes de l’attaque de Charlie Hebdo.
« Charlie sera libre! »: quelques minutes avant midi, le cri d’une femme brise le silence d’une foule de plusieurs centaines de personnes rassemblées sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame à Paris, devant des journalistes du monde entier.
Larmes sur les joues, yeux fermés, réunis en cercle pour prier, la foule se fige au son du glas, qui retentit une vingtaine de minutes.
Pendant que le pays s’immobilise, la traque des deux auteurs de l’attaque se poursuit dans un climat pesant, les fausses alertes se multipliant.
Face au choc de l’attentat qui a fait douze morts, François Hollande avait annoncé une « journée de deuil national », mesure rarissime en France. 
Le président, l’air grave, a observé la minute de silence à la préfecture de police de Paris, au côté d’une centaine de policiers en tenue.
Rue Nicolas Appert, où se trouvent les locaux de Charlie Hebdo, des centaines d’anonymes témoignent de leur solidarité, déposant fleurs, crayons, bougies, dessins et messages car « si on se tait, ils ont gagné ».
A midi, un tonnerre d’applaudissements fait suite au silence. Certains brandissent cartes de presse, pancartes « Je suis Charlie » ou crayons et stylos vers le ciel.
Gare Saint-Lazare, un message appelle au recueillement avant un coup de sifflet qui marque midi: des centaines de personnes s’arrêtent de marcher, immobiles. Au Palais de justice de Paris, plus d’un millier d’avocats, magistrats et fonctionnaires se retrouvent dans la salle des pas perdus.
Les transactions commerciales ont été gelées une minute dans de grandes enseignes. Et le concessionnaire autoroutier Sanef affiche « Nous sommes tous Charlie » sur ses panneaux.
 

– A la Réunion ‘nou lé Charlie’ –

 
A Toulouse, plusieurs milliers, dont beaucoup pointaient des stylos vers le ciel, ont maintenu le silence plusieurs longues minutes, avant des applaudissements et une Marseillaise.
« Je suis choquée, en colère, triste et je trouve que nous ne sommes pas assez nombreux aujourd’hui », témoigne difficilement Clara, 52 ans, submergée par l’émotion.
« La guerre est déclarée depuis un certain temps », souligne Jean-Luc à Lyon, qui craint d’autres attentats.
Dans l’est parisien, près du siège de « Charlie », des enfants interrogent les grandes personnes: « Est-ce qu’ils ont été arrêtés? »
« Il faut expliquer ce qui s’est passé, on leur dit qu’il y a des méchants qui ont fait du mal, et que la police va les arrêter », explique Hervé Roch, père de deux enfants.
Angoissée, Sarah, douze ans, ne voulait pas aller au collège. Sa mère a exceptionnellement décidé de l’accompagner: « Si on se met à avoir peur, on leur donne raison. »
A Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), une mère a parlé de l’attentat à ses enfants, pour ne pas qu’ils l’apprennent dans la cour de récré « où les choses peuvent être déformées ». Une autre n’a rien dit: « J’avais peur de ne pas trouver les mots. J’espère que la maîtresse va le faire. »
En larmes devant des dizaines de bougies éteintes dans le coeur de Nantes, un jeune homme décrète: « Ils ont voulu tuer Charlie Hebdo, mais ils l’ont rendu immortel. »
A Saint-Etienne, parmi des centaines de gens rassemblés devant l’Hôtel de ville, l’ex-coureur de demi-fond Driss Maazouzi, tient à dire: « Ce n’est pas parce qu’on est d’origine maghrébine ou qu’on porte une barbe comme moi, qu’on ne dénonce pas ce qui vient de se passer. »
« Il faut que la France entière se mobilise », lance, lors d’une cérémonie à Marseille, Philippe Brinsolaro, le frère du policier qui assurait la protection du dessinateur Charb, tous deux tués dans l’attaque.
A 9.000 km, des centaines se sont réunis à Saint-Denis de La Réunion, munis de pancartes proclamant « nou lé Charlie » (« Nous sommes des Charlie », en créole).
Sur les réseaux sociaux ou par texto, des appels circulent pour une opération « bougie aux fenêtres » jeudi soir. A 20H00, la Tour Eiffel s’éteindra pour saluer les victimes.

AFP

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