Projet de pêche semi-industrielle aux Marquises : les avis sont partagés

    vendredi 19 mai 2017

    pêcheur thon thonier

    Aux Marquises, c’est pour l’instant une pêche artisanale qui fait vivre les habitants. (Photo : M Henry-Hiramatsu/LDT)


    À quelques mois de son lancement, le projet de pêche semi-industrielle aux Marquises provoque bien des remous. D’un côté, les élus de la Communauté de communes voient en ce projet la possibilité de développer l’économie de l’archipel et de garder les Marquisiens au pays en leur assurant du travail. De l’autre, les opposants au projet craignent une surexploitation de la ressource halieutique, et se méfient du bouleversement qu’il pourrait apporter. D’autres enfin, déplorent un manque de vraie concertation avec les habitants.

    Entre espoir de développement économique et préoccupations écologiques, le projet de pêche semi-industrielle aux Marquises divise la population de l’archipel.

    En effet, la réalisation de cet ambitieux projet de développement doit se concrétiser très prochainement – en septembre – avec l’arrivée d’une douzaine de thoniers sur les Marquises. C’est la société “Big Eyes”, du groupe Eugène Degage, qui a racheté plusieurs navires d’occasion : trois viennent de l’ancienne flottille de pêche “Tahiti Nui Rava’ai”, Société d’économie mixte aujourd’hui dissoute et les neuf autres thoniers viennent de la société Essor.

    Un bateau usine sera également présent dans les eaux marquisiennes pour préparer les produits de la pêche, en attendant la construction d’une usine de mareyage, l’objectif affiché étant de fournir 7 à 10 tonnes de poissons par jour, dont une partie fraîche réservée à l’export.

     

    Jusqu’en 2025

     

    Ce projet est soutenu par la Communauté de communes des îles Marquises (Codim) à travers un plan de développement économique plus large et plus global appelé “Toa Hiva Marquesas fisheries project”. Ce plan de développement se décline en trois phases qui s’étendent jusqu’en 2025 et qui comprennent la construction d’équipements structurants (la relance du projet d’aéroport international des Marquises, salle de mareyage ….), la signature d’accords avec l’État, notamment pour pouvoir aller pêcher dans la zone de Clipperton.

    L’enjeu pour les maires des six îles, réunis dans ce projet, est de créer de l’emploi, ce qui manque cruellement pour garder les Marquisiens dans l’archipel, ceux-ci étant souvent contraints de s’exiler à Tahiti pour trouver du travail (le taux de chômage du Fenua Enana avoisinant les 30 %).

    Les élus marquisiens espèrent ainsi, à terme, installer davantage de thoniers, et des embarcations légères, avec pour chaque flottille une zone marine dédiée. Selon les prévisions, ce projet pourrait générer 600 emplois directs. Quoi qu’il en soit, il annonce aussi, de toute façon, un bouleversement du paysage économique de l’archipel marquisien.

    Si les espoirs portés par ce projet se concrétisaient, l’archipel marquisien serait alors pionnier dans son domaine.

     

    Mouvement de mécontentement

     

    Mais d’un autre côté, parmi les habitants et en particulier les familles qui tirent une partie de leurs revenus d’une pêche artisanale ou parfois simplement vivrière, l’inquiétude est palpable de voir arriver cette petite armada de nouveaux pêcheurs.

    Bien que des réunions publiques aient été tenues pour détailler le projet dans les différentes îles de l’archipel, que ce dernier soit mis en ligne et entièrement consultable sur le site internet de la Codim, des voix s’élèvent contre sa réalisation. Une pétition sur internet a vu le jour sur le site www.change.org et a recueilli déjà plus de 1 500 signatures, un mois seulement après sa mise en ligne. Cette pétition sera remise au représentant du groupe Degage, Tutu Tetuanui, et au président du Comité de Communes des îles Marquises, Félix Barsinas.

    C’est principalement la question de l’impact sur la ressource halieutique qui angoisse le plus les pétitionnaires : le fait qu’un jour, ces familles ne puissent plus tirer leur subsistance de la mer du fait d’une surexploitation. Le deuxième point de litige est que de nombreuses personnes estiment, à tort ou à raison, avoir été mises au pied du mur et qu’il n’y a pas eu de vraies concertations avec les habitants.

    Devant ce mouvement de mécontentement, les maires vont organiser prochainement des réunions avec la population afin de présenter le projet dans son intégralité, notamment les éléments les plus importants qui peuvent avoir été mal compris du grand public.

    De notre correspondante Miwa Henry-Hiramatsu

     

    Pour en savoir plus

    • Les détails du projet sur le site de la Codim
    • Le site de la pétition

     

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