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Entretien avec le PDG de l’OPT : “Le câble pour les Australes, c’est confirmé”

vendredi 3 mai 2019

Jean-François Martin, PDG de l’OPT : “On a pris la décision de faire un câble aux Australes il y a deux jours.” Photo : archives LDT

Jean-François Martin, PDG de l’OPT : “On a pris la décision de faire un câble aux Australes il y a deux jours.” (Photo : archives LDT)


Le PDG de l’Office des postes et télécommunication (OPT), Jean-François Martin, a accepté de rencontrer La Dépêche de Tahiti dans un long entretien privé pour parler de l’avenir de la maison-mère, aujourd’hui parente de deux services. Sans faux-semblant, il parle de la concurrence sur le marché, l’évolution des services financiers, la pose du câble Manatua et évoque même la pose d’un autre câble qui relierait Tahiti et les Australes.

 

L’OPT a scindé ses sociétés en deux, Fare Rata et Onati. Cette transition se passe-t-elle bien ?

Depuis la modification du code des postes et télécommunications, nous sommes devenus un groupe public. L’Epic OPT assure directement ou indirectement, à travers ses filiales, des missions : les télécommunications, les services postaux et les services financiers.

Dans les télécommunications et les services postaux, il y a du service public et du service concurrentiel. Dans nos services financiers, nous ne pouvons pas nous considérer pour l’heure comme une banque puisque nous ne sommes pas organisme de crédit. Mais on y travaille. Paradoxalement, 80 % des bureaux de poste dans les archipels, c’est pour faire du service financier.

Du côté d’Onati, c’est bien la fusion de Vini (internet fixe et téléphonie mobile) avec nos services de téléphonie fixe.

Les 200 personnes de Vini et les 380 de l’OPT sont aujourd’hui logées dans la même entité. (…) Il a fallu transformer certains locaux, regrouper les personnels dans d’autres bureaux et même relancer les élections des délégués syndicaux, etc. En plus, tous ne sont pas logés à la même enseigne et n’ont pas tous les mêmes accords d’entreprise. Des discussions sont d’ailleurs toujours en cours.

Pour la holding OPT, cela a été rapide puisque nous sommes passés de 1 000 personnes à moins de 80. Mais pour Onati et Fare Rata, cela prend du temps. Désormais, elles sont sociétés par actions simplifiées, sous le regard du conseil de gestion de l’OPT. Et de l’OPT seule. Ne venez pas me parler de privatisation. Il n’en a jamais été question.

 

Nous sommes bientôt mi-2019. Où en sont les opérations de transformation et les projets ?

Il y a une chose qu’il faut comprendre. La nouvelle organisation est faite pour les clients. Pas pour les agents. C’est pour répondre à un monde concurrentiel très dur avec Viti et Vodafone et la fusion Vini et téléphonie fixe va simplifier le parcours client.

Beaucoup allaient à l’OPT pour s’abonner à internet, alors que c’est dans les agences Vini. Le truc, c’est que Vini et OPT sont liés. Vini, sans l’infrastructure de l’OPT, il n’y a rien qui marche. Nous sommes costauds sur les infrastructures. Notre technologie est pointue et nous faisons coexister le satellite, le câble, l’hertzien… On est bon. Dans d’autres pays, avoir internet, c’est beaucoup plus compliqué. On a pu être déficients à certains moments. Tout n’a pas toujours bien marché…

 

Comme se faire bloquer tous ses services Internet par un gamin de 15 ans. Ça ne faisait pas très sérieux…

On avait anticipé un certain nombre de choses, mais avec lui, on a dû accélérer l’acquisition d’un certain nombre d’équipements. Les clients avaient un ressenti négatif envers nous. Le gamin qui se faisait appeler DK n’a pas attaqué que l’OPT, il a attaqué de nombreux autres sites via leurs adresses IP.

Il y a des gens qui cherchent, et ils trouvent les failles, quand il y a faille. Il faut développer des mesures antifailles. On l’a fait. Peut-être un peu en retard. Et puis parfois, il y a les pannes physiques, qui sont longues à réparer. Mais internet marche bien aujourd’hui.

On a mis jusque 4 Mo, on a fait baisser les tarifs. Oui, certains clients sont encore mal desservis mais nous sommes en filaire, contrairement à nos concurrents qui passent par la 4G. Le génie civil coûte une fortune en Polynésie, et poser ces réseaux nous revient cher.

 

Peut-on faire un point sur Natitua ? Ça y est, les Marquises sont en haut débit ?

Avec Natitua aux Marquises, on a dopé le faisceau hertzien au premier trimestre, ce qui fait que grâce à ça, 20 îles seront couvertes. Pour les îles raccordées au câble, on a eu de bons retours. Tout n’est pas fini puisqu’on développe encore la fibre optique sur quatre villages. Taiohae, Rangiroa, Fakarava et Atuona.

Les clients ont commencé à migrer vers les nouvelles offres. Ce câble va nous permettre de ne plus finir au tribunal à cause des offres identiques à celles de Tahiti pour un service moindre. Après, il restera les dernières îles des Tuamotu où on augmentera les capacités satellite, mais ça nous coûte cher, le satellite.

 

Et surtout, vous êtes les seuls…

C’est pour cela que nous demandons au gouvernement qu’il décrète des zones blanches, comme en métropole, à faible densité de population, où l’opérateur historique sera aidé pour sa mission de service public.

La téléphonie est un service concurrentiel, mais il en va de l’intérêt général parce que nous sommes tout seuls. À ce titre, il faut nous aider pour que ces populations aient aussi accès à ces services, même si elles sont éloignées et peu nombreuses. De toute façon, nos concurrents, ils ne veulent pas y aller. Ce n’est pas rentable.

 

Vos concurrents, s’ils n’investissent pas eux-mêmes, peuvent toujours utiliser vos lignes pour couvrir les îles éloignées…

Même pas. Ils ne couvrent pas. Ils demandent à aller sur Natitua. Mais quand ils vont voir le coût de revient sur Natitua, ils vont dire ‘ah ben non, il y a trop peu de clients’.

 

Vos concurrents se font plaisir au niveau communication. Vodafone fait même de la publicité comparative à la télévision.…

Ils ont le droit. Parfois, c’est limite et ils ont perdu au tribunal car il y a des limites à ne pas franchir. Nous n’entrerons pas dans ce jeu de communication. De plus, nous sommes en position dominante, et si je bouge une oreille, l’Autorité de la concurrence va nous taxer d’être en abus de position dominante. Ce que le concurrent fait, je ne peux pas le faire.

 

Il y a quelques années, on disait que vu la petitesse du marché, il n’était pas possible d’avoir de la concurrence sur les services de téléphonie mobile et internet. Vous serez trois en décembre avec Viti… Finalement, c’était possible.

À la fois pour la téléphonie mobile et l’internet fixe, le marché global a augmenté. Donc l’opérateur historique ne perd pas forcément de parts de marché. Après, c’est sur la marge que cela se joue. Si tout le monde se fait hara kiri en faisant une guerre des prix, et en vendant à perte, tout le monde ira dans le mur. Clairement, Vodafone, sans le pétrole de son actionnaire, serait en très grande difficulté.

Pour Viti, c’est le tribunal qui a contraint un peu le gouvernement à délivrer la licence. Je ne sais pas les concernant…

Pour le coup, trois opérateurs, cela commence à faire beaucoup. Finalement, ce que l’on craint, c’est que tout le monde se concentre sur la zone urbaine, se fasse la guerre, et que personne ne se préoccupe des îles éloignées, sauf nous. Mais dans nos comptes, cela pèse. D’où notre demande auprès du gouvernement de mettre en place des mesures compensatoires. C’est ce que nous avons fait pour notre activité bancaire où nous avons calculé le déficit de toutes nos officines sur les îles ou nous sommes seuls. Cela fait l’objet d’une aide publique de 700 millions pour 2019.
Pour, la téléphonie, cela devient vital. On va devoir augmenter nos tarifs sur le téléphone fixe en juillet.

 

Vous êtes victimes au même titre qu’Air Tahiti. Vous avez des lignes largement déficitaires, compensés par des lignes précises, sur lesquelles vous êtes attaqués par la concurrence qui, elle, ne va pas sur les lignes déficitaires…

Même combat. L’internet fixe et la téléphonie mobile sont des services concurrentiels, ce ne sont pas des services publics. C’est pour cela qu’il faut définir les zones peu denses et financer leur couverture par une taxe, payée par tous les opérateurs.

 

D’autres projets à venir pour le câble ?

Bon, maintenant, ce sont les Australes qui le réclament. On a pris la décision de faire un câble aux Australes il y a deux jours. On a pris le bateau qui vient faire le tracé de Manatua, et on profite de ce bateau pour identifier le tracé pour les Australes. Ça nous coûte moins cher.

 

Le président de la Polynésie française avait évoqué la question en décembre dernier.

Oui, mais cette fois-ci, c’est confirmé. On a passé la commande avant-hier. Ce bateau qui sera là fin mai, on l’envoie ensuite aux Australes. Après, on lancera les appels d’offres classiques pour trouver la société qui nous fera le Natitua Sud. Normalement, ce sera un câble Tahiti-Tubuai, avec un raccord sur Rurutu.

 

Et concernant le câble Manatua ?

Ce câble, qui connectera Tahiti aux îles Cook, à Niue et aux Samoa sera posé en décembre. Cela permettra d’être moins dépendant de Honotua (le câble qui nous relie à Hawaii, NDLR).

 

Quel avenir pour vos services bancaires ?

Nos services sont limités aujourd’hui. Nous travaillons à leur développement. Depuis que l’OPT existe, nous exerçons la compétence de service financier. En 1984, une réglementation acte que l’on peut pratiquer ces services et nous placions l’argent de nos clients à la Socredo, ce qui générait des rentes en contrepartie de nos services financiers qui, eux, ne généraient rien pour nous. Et en 2013, le trésorier payeur général nous bloque un placement. Cela finit au Conseil d’État qui dit que nous devons placer en valeur d’État et que nous n’avons pas le droit de placer ailleurs. Mais ce ne sont pas nos fonds, ce sont ceux de nos clients.

Le Conseil d’État nous considère pourtant comme établissement de crédit et considère aussi que l’argent de nos clients nous appartient. Pour autant, nous ne sommes pas autorisés à faire nous-mêmes des crédits car nous ne sommes pas assujettis aux normes prudentielles des banques. Là, il y a blocage. L’État nous dit, ‘au moins en trésor, les fonds sont sécurisés’. Certes, sauf que les taux sont négatifs aujourd’hui alors que les banques de Nouvelle-Calédonie sont demandeuses et proposent des taux à 2 % sécurisés.

Avec notre nouvelle filiale Fare Rata, qui n’est pas concernée par la loi organique puisqu’elle n’est pas un établissement public, sous réserve que l’on ne nous pose pas d’autres problèmes, nous pourrons placer les fonds des CCP. Il faut au moins que l’État nous donne un agrément bancaire pour régulariser notre situation. C’est un no man’s land juridique sur le sujet depuis le statut de 2004.

L’OPT de Nouvelle-Calédonie est dans le même problème. Mais nos discussions sont en bonne voie avec l’État. Avec une plus-value de 2 % sur nos fonds, la maison-mère OPT n’aurait peut-être plus à verser de subvention d’équilibre à Fare Rata.

 

Dernière question, il y a toujours des cabines téléphoniques. Quel est leur avenir ?

Nous allons progressivement les supprimer. Il faut les entretenir, les nettoyer et les réparer. Même les touristes prennent aujourd’hui des cartes prépayées sur les téléphones mobiles. Elles vont disparaître.

 

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

 

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