Environnement – Deux ministres pour sauver nos rivières

    jeudi 17 mars 2016

    Pas contents mais déterminés : Albert Solia et Heremoana Maamaatuaiahutapu, respectivement ministre de l’Équipement et ministre de l’Environnement, ont révélé hier leur plan rivières en dix points (lire ci-dessous), à l’issue du conseil des ministres, où il a été entériné. Face à la nécessité de traiter la gestion des rivières dans sa globalité, en prenant en compte les problématiques environnementale, sociale et économique, les deux ministères ont décidé d’agir ensemble. Certaines des mesures sont déjà engagées ; les autres le seront au plus tard au deuxième trimestre de cette année. Et Albert Solia sait déjà que “ce ne sera pas un long fleuve tranquille”.
    Pour élaborer ce plan, Équipement et Environnement se sont largement inspirés du rapport du conseil économique, social et culturel (CESC) de 2011 sur les extractions de matériaux, ainsi que des études réalisées par chacun des ministères. L’état écologique de la plupart des cours d’eau de Tahiti laisse à désirer et la première cause en est le rejet “pirate” d’eaux usées : “Cela veut dire que les riverains ont leurs responsabilités. Les déchets dans les rivières, ce n’est pas le Pays qui les balance !”, s’est écrié Heremoana Maamaatuaiahutapu. Mais les entreprises devront également en prendre leur part, en respectant un cahier des charges.
    Albert Solia n’a pas caché son agacement devant la critique “systématique” de l’action de son ministère, de la part de la presse, des associations de protection de l’environnement, des riverains, des maires et des entreprises. “Chacun s’improvise ingénieur hydraulique et assène des contre-vérités sur les nécessités de curage et surtout sur les besoins d’aménagement des rivières”, a-t-il expliqué, et “la crispation sur le sujet des rivières s’est encore accentuée par l’intervention quasi systématique d’associations et de syndicats dans le seul objectif de tout contester et d’empêcher les travaux”. Le ministre accuse certaines associations “de circonstance” d’avoir été montées “par des gens qui ne sont même pas riverains et on découvre après que ce n’est pas toujours la protection de l’environnement qui les motive, mais qu’ils ont des intérêts particuliers, financiers”.
    Autre constat : l’échec des comités de suivi prévus pour répondre aux interrogations du public. Soit ils n’ont pas été mis en place par les communes, soit leur objet a été dévoyé par la tentative d’en faire non pas des lieux d’information, mais des centres de décision, “ce qui n’est pas acceptable” pour les ministres.
    Pour mener à bien ce plan rivières, les deux ministères comptent aussi sur la répression, avec la mise en œuvre très prochaine des amendes forfaitaires pour atteintes à l’environnement. Ils vont aussi devoir recruter, notamment des cadres, pour la gestion des rivières et les missions de contrôle. “Nous avons besoin de jeunes avec un autre état d’esprit, avec au moins un niveau BTS et prêts à suivre des formations adaptées.”

    C.P.

    Les 10 mesures du plan

    1. Poursuite et mise en commun des plans rivières élaborés par la direction de l’environnement (Diren) et la direction de l’équipement (DEQ). Avec le programme de relogement du ministère du Logement, ils représentent un total de près de 30 milliards de francs sur dix à quinze ans.
    2. Lancement d’un schéma directeur de gestion des rivières et des cours d’eau. Ce schéma directeur s’inscrira dans la politique sectorielle de l’eau, dont l’élaboration est actuellement en cours sous conduite de la Diren.
    3. Mise en place d’une commission rivières, regroupant à la fois le Pays, l’État (direction de la protection civile), les communes, le CESC, le président de la Fédération des associations de protection de l’environnement et le président de la Chambre syndicale des entreprises de génie civil. Cette commission devra se prononcer sur toutes les demandes d’autorisation d’extractions et évaluera annuellement les besoins de curage de chaque rivière. Elle sera également en charge de valider le plan pluriannuel de curage et d’entretien des rivières qui sera établi conjointement par la DEQ et la Diren.
    4. Mise en place de cahiers des charges pour toutes les entreprises réalisant des curages en rivières et extractions. Ils détailleront les modalités d’exécution des travaux.
    5. Mise en place d’un fonds rivières, estimé à 50 millions de francs par an, qui sera alimenté par les redevances de curage et d’extractions. Ce fonds sera destiné aux actions de contrôle et de surveillance des rivières et cours d’eau, ainsi qu’aux actions de protection et de réhabilitation.
    6. Mise en place de contrôles communs sur le terrain à la fois par les agents assermentés de la DEQ et de la Diren.
    7. Lancement par la DEQ des études économiques et du cahier des charges de gestion et d’extractions, en vue de l’appel d’offres, pour l’ouverture de la première carrière de l’île de Tahiti en roches massives sur la côte est. Les études géotechniques en cours à Papeno’o et bientôt à Orofara confirment la qualité du gisement en matériaux. L’objectif, à terme, est d’éviter toute extraction en rivières tout en dotant Tahiti de ressources en matériaux de construction.
    8. Refonte des textes régissant l’activité d’extractions de matériaux, ainsi que de curages, dont l’un des textes date de 1958. Les sanctions administratives seront élargies et les sanctions financières renforcées pour tout dépassement des quantités autorisées. La Diren devrait, à terme, être l’entité administrative unique qui délivrera les autorisations de curages et d’extractions et qui procédera à leurs contrôles.
    9. Mise en place de mesures concrètes afin d’optimiser les besoins en matériaux d’extractions :
    – Les constructions en bois seront favorisées par le biais d’une fiscalité favorable au bénéfice des particuliers (accroissement du délai d’exonération de l’impôt sur la propriété bâtie), des sociétés de production de bois local et des entreprises de construction de maisons en bois (baisse de 20 % de leur fiscalité à l’instar de ce qui a été établi pour les producteurs d’énergies renouvelables).
    – Le réemploi des matériaux de déconstruction dans le bâtiment et des matériaux d’enrobés dans les travaux publics sera favorisé dans les marchés publics du Pays et de ses établissements publics.
    10. Mise en place d’un observatoire des rivières et des cours d’eau. Il s’agit d’un réseau de suivi des ressources en eaux superficielles, de la source à la mer, qui pourrait être alimenté et accessible via une plateforme Internet. Il fait partie d’un réseau plus large d’observation et de suivi des masses d’eaux douce et marine. Une partie du fonctionnement de cet observatoire sera prise en charge par le fonds rivières.

    brainless 2016-03-18 00:03:00
    la dépêche quand allez vous parler du cas de méningite virale de l'école de Haapiti (Moorea) survenu cette semaine ???
    Hiro 2016-03-17 16:35:00
    Bravo Messieurs les ministres de l'équipement et de l'environnement ! Il y a même un guignol pseudo-écologiste mais vrai opportuniste qui du jour au lendemain va se pavaner à la TV pour demander le renvoie du HCR sous prétexte que l'assos 193 n'aurait pas été respecté lors de la visite du Président !!! Le ridicule ne tue pas, tout est bon pour exhiber sa tête de looser devant les caméras ! Oui oui oui, je vous le confirme, les anguilles et les chevrettes ont fini de pleurer mais franchement ce clown ne nous fait plus rire du tout.
    Parfois, les choses vont tellement sans dire que ça va beaucoup mieux en le disant !
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