Éric Conte, l’interview bilan du président sortant de l’UPF

    mardi 11 avril 2017

    éric conte

    Éric Conte, président sortant de l’UPF. (© Élénore Pelletier)


    Il lui reste encore quelques cartons à remplir, avant de laisser place à son successeur. Éric Conte, l’actuel président de l’Université de la Polynésie française (UPF) arrive au terme de son mandat. Dans deux jours, il libérera le bureau qui a été le sien durant six ans, et dans lequel se sont dessinés de nombreux projets pour la vie des jeunes étudiants polynésiens.Passionné d’archéologie depuis son adolescence, Éric Conte est arrivé en Polynésie française à l’âge de 25 ans pour écrire une thèse sur la pêche traditionnelle avec une démarche ethnoarchéologique. Son séjour devait durer deux mois, mais, tombé sous le charme du fenua, il n’est finalement jamais reparti. Après avoir travaillé onze ans au service d’archéologie du territoire, il rentre à l’UPF en tant que maître de conférences en 1991 et ne quittera plus les lieux, jusqu’à en prendre la tête en 2011. Aujourd’hui, l’homme se dit prêt à passer les rênes, mais n’a pas pour l’intention autant de prendre des vacances, et encore moins sa retraite. Entretien avec Éric Conte.

    Six ans à la tête de l’Université de la Polynésie française (UPF), ce n’est pas trop dur de partir ? Comment vous sentez-vous à la veille de quitter vos fonctions ?

    Normalement, les mandats sont de quatre ans pour les présidents d’université et l’on n’a pas le droit d’en faire plus de deux. En 2011, Louise Peltier, la présidente de l’époque a démissionné à mi-mandat.

    J’ai été élu pour terminer son mandat pendant deux, puis réélu pour un second mandat, complet, cette fois.

    Six ans, c’est bien pour mettre en place des choses. Quatre ans, ça aurait été trop court et huit, peut-être trop long. Je ne ressens aucune frustration à partir maintenant, même s’il y a des projets qui ont tout juste démarré et que j’aurais bien aimé terminer. Mais je suis convaincu que mon successeur va savoir les mener à termes avec brio.  

     

    Que pensez-vous de ces six années de présidence ?

    Ça a été très prenant et extrêmement intéressant, parce qu’on joue un rôle positif pour la collectivité. J’ai vécu six ans de ma vie en ne pensant qu’à l’université, matin, midi et soir, même les week-ends. J’ai fait le calcul, ces six ans de présidence correspondent à 1/10e de ma vie, ce n’est pas rien.

    L’autonomie de l’université fait que le président est très libre de lancer des projets, de les réaliser… J’ai beaucoup aimé cette liberté. On a mis en place plein de choses : On a créé des diplômes universitaires technologiques, des classes préparatoires aux grandes écoles, l’institut Confucius…

    Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment pour la vie étudiante : la condition étudiante, les bourses, les transports, le logement…

     

    Justement, peut-on parler des projets que vous avez mis en place ?

    Il y a eu la création de l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) en 2015. On a travaillé en bonne intelligence avec le vice-rectorat et le Pays pour faire une école qui ne ressemble pas exactement à ce qui se fait en France métropolitaine, mais qui répond aux besoins du fenua.

    On a aussi créé l’institut Confucius, en 2013. On a mis en place des diplômes universitaires technologiques (DUT), en 2016.

    À la rentrée prochaine, on va ouvrir un cycle universitaire de préparation aux grandes écoles, pour  permettre à de bons étudiants scientifiques de se préparer aux concours d’écoles d’ingénieurs en métropole.

    On a restructuré toute notre offre de formations, en mettant en place de nouveaux parcours universitaires, avec la préparation au concours de science po, aux écoles de journalisme, avec l’ouverture de nouveaux masters…

    On a aussi fait de gros efforts sur le numérique en termes d’aménagement.

    Lorsque je suis arrivé ici, il n’y avait que deux visio projecteurs pour toute l’université. Aujourd’hui, toutes les salles sont équipées de visioprojecteurs et de connexions Internet…

    Nous avons d’ailleurs commencé à travailler sur de l’élaboration de cours en ligne. Je crois que c’est un des enjeux du futur : la création d’une offre à distance, notamment pour les étudiants qui vivent dans les îles, pour leur permettre d’étudier depuis chez eux.

    Reste aujourd’hui à résoudre les problèmes de réseaux, mais à ce titre, le Pays devrait nous faire bénéficier gratuitement d’un gros débit sur e câble Honotua. Il n’a pas encore été mis en place, mais cela devrait multiplier par 100 notre puissance de connexion.

     

    Il y a aussi eu des constructions…

    Oui, on a emménagé un nouvel amphithéâtre, que nous avons d’ailleurs équipé de ce qui se fait de mieux au niveau digital.
    On a rénové entièrement le bâtiment qui héberge les laboratoires de recherche et on l’a agrandi de 250 m2.

    Et nous avons un gros projet en cours : la construction d’un pôle de recherche au sein de l’université : une Maison des sciences de  l’homme du Pacifique (MSHP). Un projet de plus d’un milliard de francs, qui entre dans le cadre du contrat de projet avec un partenariat entre le Pays, l’État et l’université.

     

    Avez-vous des déceptions concernant certains projets que vous n’avez pas pu aboutir ?

    Il y en a toujours. Une initiative que nous avons eue mais qui n’a pas pu aboutir, par exemple : la mise en place d’une formation à distance, pour le diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU), proposé en formation continue.

    Une centaine de personnes préparent ce diplôme chaque année au fenua, beaucoup de mères de familles, de gens assez modestes, qui reprennent leurs études pour avoir une promotion sociale.

    Nombre d’entre eux viennent de communes éloignées. Nous avons acheté un dispositif pour filmer les cours en visio-conférence et, l’idée, c’était de créer une annexe à Taravao, pour permettre aux gens de ce côté de l’île de se regrouper, de regarder les cours en direct et même de poser des questions à l’enseignant. Mais, nous n’avons pas été suivis sur ce projet. C’est une vraie déception pour moi.

    Je regrette aussi de ne pas avoir davantage développé de projets au niveau des arts plastiques, pas forcément des formations, mais des activités, pour permettre aux jeunes de s’épanouir.

    Il y a chez nos étudiants un vrai potentiel de création et d’imagination et je crois qu’il y a des possibilités d’association avec le Centre des métiers d’arts, ou le conservatoire.

    Je pense qu’il y a également encore beaucoup de choses à faire pour la vie étudiante.

    On a un projet de guichet unique pour que les étudiants n’aient plus qu’un seul interlocuteur pour toutes leurs démarches concernant leurs logements, leurs demandes de bourses…

     

    Propos recueillis par Élénore Pelletier

     

    Des projets d’avenir ?

    “Lorsqu’on a été président de l’université, on a droit à un an d’année sabbatique. En réalité, je n’ai pas trop l’intention de me la couler douce. Je ne vais pas faire de cours pendant un an. En revanche, je vais diriger la Maison de l’homme et du Pacifique, que nous avons créée avec une équipe de l’UPF et du Centre national de recherche (CNRS).”

    “Avant d’être président de l’université, je suis avant tout archéologue. J’ai mon laboratoire d’archéologie avec des étudiants qui sont en thèse avec moi. Et ensemble, on a des projets dans l’archipel des Tuamotu. Et puis, j’ai des bouquins à écrire.”

    “Je n’ai pas prévu de prendre des vacances, mais j’aurai un rythme plus cool que celui que j’ai actuellement.”

     

     

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