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Tribunal – Les errements du médecin de ring ont-ils causé la mort du boxeur néo-zélandais ?

mercredi 17 janvier 2018

boxeur mort

Il est reproché au médecin de s’être attardé à retirer les gants au lieu d’apporter des soins plus essentiels. (© archives LDT)

De l’aveu du procureur, c’est une affaire “particulièrement difficile et atypique” qu’a eue à juger le tribunal correctionnel, hier.

À la barre, le médecin de ring, Law, qui officiait lors du combat ayant opposé le Tahitien Karihi Tehei au Néo-Zélandais Rodriguez Gomez. Le Kiwi disputait alors son premier combat professionnel de boxe anglaise, après un long parcours en boxe thaïlandaise.

Sa carrière sur le ring n’aura duré que 32 secondes. Après une salve de coups, l’homme s’écroulait KO, mais au lieu de rester inconscient quelques secondes, il demeurait inanimé. L’arbitre cessait d’ailleurs son décompte et faisait appel au médecin de ring, le docteur Law, rapidement aidé par les pompiers présents de leur propre chef à cette soirée.

Les soldats du feu, ainsi que le médecin du ring, auraient, selon le juge d’instruction dû bénéficier d’un non-lieu.

Au terme de nombreuses procédures, ce n’est, finalement, que le docteur Law qui a été renvoyé devant le tribunal.

D’après l’expert, qui a étudié le déroulement de la soirée, le médecin de ring n’a pas eu les gestes adaptés et n’avait pas à sa disposition le matériel nécessaire pour ce genre de situation, il est vrai rarissime sur un ring.

L’expert avait notamment pointé le fait que le docteur Law avait passé beaucoup de temps à tenter d’enlever les gants et les bandes du sportif pour poser un appareil permettant de mesurer l’oxygénation, alors qu’il était possible de le faire sur l’oreille ou les orteils.

Les pompiers avaient fait remarquer, durant l’instruction, qu’ils avaient dit au docteur Law qu’il ne fournissait pas assez d’oxygène.

Il est également reproché au médecin de ring de ne pas avoir prévenu le Samu qui, avec son matériel d’intubation, aurait, en raison de sa proximité avec la salle de la Fautaua, peut-être pu permettre d’oxygéner le boxeur, raison principale de son décès.

Comme le stipule le règlement, le médecin de ring ne disposait que du matériel nécessaire, une lampe, de la Bétadine, un stéthoscope, des pansements, un appareil à mesurer la tension, et, comme le prévoient les lois de la Fédération, il n’avait pas de connaissance en réanimation, tout juste une formation d’une matinée.

“Le médecin en réanimation avait dit qu’il n’y avait besoin de rien, juste les mains pour prendre le pouls”, a ainsi expliqué le docteur à la barre, qui a répété : “Je ne suis pas réanimateur ou médecin urgentiste.”

Lorsque le juge lit le rapport de l’expert affirmant qu’il a été “dépassé par la situation, qu’il n’a pas réussi à mesurer la tension et mettre le masque à oxygène”, le médecin de ring en prend à peine ombrage : “Je n’ai jamais fait ça.”

Le docteur Law refuse d’endosser seul la responsabilité du décès et d’admettre une quelconque erreur. “J’ai essayé de faire ce que je pouvais”, souffle-t-il. Les juges s’interrogent si, avec le recul, il aurait fait les choses différemment.

“C’est fini, je n’irai plus du tout”, coupe-t-il. Le juge insiste : “Je ne vais plus rien faire parce qu’on va toujours m’accuser de quelque chose”, réplique-t-il.

“Ne rien faire pourrait aussi être une raison de vous accuser”, répond le juge qui repose la question : “Si c’était à refaire ?”.

La réponse du docteur Law est la même : “Je ne le referai plus.”

L’avocate de la famille de la victime s’attarde sur la vie de cet immigré installé en Nouvelle-Zélande pour qui la boxe représentait un tremplin, un moyen de subvenir aux besoins de sa famille, un rêve qui n’aura duré que 32 secondes, “parce que les soins qui auraient dû lui être prodigués” ne l’ont pas été, et fait le lien direct entre la mort et cette absence.

La procureure pointe, elle aussi, du doigt cette “accumulation d’erreurs”, “le rapport accablant de l’expert”. Elle s’étonne qu’il n’y ait pas le matériel adapté, en pointant également du doigt l’organisateur et la fédération, et explique sa surprise de voir “le manque d’empathie, même de façade du docteur”.

La procureure met en lumière le détail le plus frappant selon elle : l’absence du docteur Law dans le camion des pompiers, autant d’éléments qui ne jouent pas en faveur du médecin du ring. Elle requiert “une peine d’avertissement” de trois ans de prison avec sursis.

Lors d’une très longue plaidoirie, l’avocat du docteur s’indigne des propos du procureur au sujet de l’empathie : “On voudrait qu’il se roule par terre en pleurant ?

Après avoir pointé des problèmes de forme dans la procédure, il a également mis en cause l’organisation du combat avec un boxeur inexpérimenté et un arbitre disposant également de la casquette de recruteur de boxeurs en Nouvelle-Zélande.

Pour l’avocat, “tout était prêt pour que cela se passe mal”. “Cela devait arriver un jour.”

Son client n’étant à la barre que “parce qu’il faut un coupable”, il a demandé la relaxe. Le délibéré sera rendu le 13 février. 

 

F.C.

 

 

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