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Faire revivre le rahui pour préserver les lagons

lundi 28 janvier 2019

1DG projets PEW

À Huahine, l’association Paruru te tairoto o Haapu pratique un rahui traditionnel. Sur ce cliché, les pêcheurs engagés dans la lutte contre la taramea, l’étoile de mer dévoreuse de corail. (Photo : Paruru te tairoto o Haapu)

 

Les écosystèmes s’effondrent dans le monde, et en particulier les écosystèmes lagonaires, menacés par le changement climatique, la surpêche, la pollution et l’urbanisation. Face au désastre annoncé et au pessimisme ambiant, des Polynésiens, beaucoup de femmes, des associations, des écoles, des élus, des patentés, et leurs équipes sur le terrain, ont décidé d’agir à leur façon, pour préserver leur lagon et les espèces marines qui y vivent, et surtout pour conserver notre cadre de vie en Polynésie, tourné vers la mer et envié de par le monde”, explique Pew Polynésie, antenne locale de la fondation Pew Charitable Trusts.

L’ONG et la fondation Bertarelli en Polynésie française, en partenariat avec la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape), contribuent depuis plusieurs années à des initiatives locales pour la promotion du concept du rahui et la protection des ressources marines.

À travers des appels à projet ou des partenariats avec des communes, cette démarche a permis de soutenir 25 projets de rahui et de protection des lagons, dans les différents archipels de Polynésie française”, souligne Pew dans un communiqué, évoquant la demi-journée d’échange avec ces porteurs de projet, organisée le 4 décembre 2018. Les partenaires se sont réunis pour présenter des solutions concrètes et originales dans les domaines de l’éducation, l’écotourisme, la science, l’art, la gestion, la communication…


Protéger 30 % des habitats marins

 

Des Marquises aux Australes, en passant par les Tuamotu et Moorea, chacun a pris la parole pour exposer ses actions de terrain, ses succès, mais aussi ses difficultés rencontrées.

Ces 25 projets pour nos lagons contribuent directement aux recommandations de la Fape de créer un rahui dans chaque commune et de protéger strictement 30 % des habitats marins du fenua”, se réjouit Pew Polynésie, qui souligne que ces projets démontrent que chacun peut agir.

La principale difficulté, ce sont les familles qui vivent de cette ressource. On essaie de changer les choses. Naturellement, ils s’inquiètent du devenir de leur métier”, selon Clément Vergnhes, de la commune de Teva i Uta à propos du projet de rahui dans le lagon de Mataiea.

Ce qui m’a touché, c’est cette prise de conscience et ce changement radical des pêcheurs, les pêcheurs reconnus et renommés, les mémoires de la pêche. Au fond d’eux-mêmes, ils savent que la ressource s’épuise, et qu’il faut faire quelque chose pour les générations futures. Nos ancêtres pratiquaient le rahui parce qu’ils avaient déjà cette intelligence et cette conscience de préserver la ressource. Les générations d’après ont perdu cette notion de préservation. (…) Si on ne fait rien, maintenant, je pense que dans 6-7 ans il n’y aura plus rien dans nos lagons.”

LDT

 

Pour en savoir plus

– Page FB Pew Polynesie

  • Page FB Te Ora Naho

 

“Sensibiliser à la disparition du pahua”

Herehia Atger,
de la commune de Tatakoto

Il y a 30 ans, Tatakoto détenait la plus importante densité de bénitiers au monde, avec 500 bénitiers au mètre carré. Aujourd’hui, cette densité a été divisée par 50, c’est considérable. C’est ce qui a poussé la population à agir et à se lancer dans ce projet. Il consiste en la création de la journée du rahui du kokona (bénitier en paumotu), pour sensibiliser la population de Tatakoto à la disparition du pahua. Le projet s’étalera sur un an et la journée désormais officielle sera reconduite tous les ans à Tatakoto.

Certains ont un peu peur lorsqu’on parle de rahui. Ils pensent qu’on va interdire complètement la pêche. En fait, on va laisser un temps pour que l’espèce se reproduise, pour après en consommer, de manière très modérée. C’est une pratique qui a toujours existé.

On est Polynésiens. On l’est par le sang, mais on doit aussi l’être par la culture et le mode de vie. On doit se forcer, même si on n’est pas habitué, à adopter ce concept du rahui, à le vivre et à le mettre en place.

Le meilleur moment du projet a été lorsque la population a accepté à bras ouverts ce projet de rahui. Ils étaient en attente d’une aide et étaient très contents que des fondations internationales s’intéressent à leur lagon et se battent pour le protéger.”

 

 

Dix exemples d’actions concrètes


– Tubuai s’est lancée dans une démarche de protection de son lagon et de création d’un rahui côtier. La commune a émis le vœu de créer trois zones de rahui interdites à la pêche dans chaque district de l’île, soit un tiers de la surface du lagon.
– Pendant près de trois ans, les cinq écoles des Australes ont bénéficié d’un accompagnement sur l’initiation à l’écologie marine et la sensibilisation à la préservation des ressources marines. L’idée est de proposer la création d’une aire marine éducative dans le lagon.
– Une exposition artistique sur le thème “Rahui et esprit du lagon” sera organisée dans une galerie de Papeete. Des œuvres d’artistes locaux seront exposées et les fonds reversés à des œuvres de charité pour la protection des ressources marines.
– À Huahine, un rahui traditionnel a été mis en place dans le lagon de Haapu. Un soutien financier a été apporté à la communauté pour la gestion et le contrôle de ce rahui existant, notamment pour l’acquisition d’un petit bateau pour surveiller la zone protégée.
– L’association Fatu fenua no Makatea a initié une campagne de sensibilisation à la protection des tortues vertes et à la mise en place d’un rahui sur les crustacés. Des réunions publiques ont été animées en partenariat avec la mairie de Makatea, et la réalisation d’un diagnostic des zones d’intérêt par des scientifiques experts est en cours.
– À Tahuata, une aide sera apportée pour dynamiser l’aire marine éducative (AME) de Vaitahu. Plusieurs actions seront menées par l’école de Vaitahu pour développer les connaissances des élèves sur le milieu marin, améliorer la transmission des savoirs, valoriser la culture marquisienne liée à l’océan avec les anciens, et impliquer activement la population de l’île à la vie de l’AME.
– Un jeu vidéo pédagogique a été réalisé pour faire découvrir aux jeunes les espèces marines, les activités économiques dans le lagon et la nécessité de préserver les ressources marines pour les générations futures grâce au rahui. Le jeu, téléchargeable gratuitement, est désormais utilisé par de nombreux collèges et lycées.
– L’association Moorea Biodiversité s’attaque à la pollution du lagon, par des opérations de ramassage des déchets dans les embouchures des rivières et sur les plages de Moorea. Des missions d’information et des actions de terrain seront menées par des bénévoles.

– Green Polynesian, association de jeunes Polynésiens, souhaite toucher un large public pour faire passer des messages pour la protection du fenua. À travers ses vlogs (blogs en vidéo), Jonathan Aroita va voyager d’île en île pour interviewer les jeunes qui agissent pour protéger leur lagon.

– L’association Tamarii Pointe des pêcheurs œuvre activement pour la préservation du lagon de Punaauia. Elle a bénéficié d’un soutien pour développer son réseau de bouturage de corail et créer de nouvelles animations pédagogiques sur le concept du rahui. Les volontaires ont accueilli et sensibilisé près de 1 000 enfants.

 

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