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Fakarava : une pétition pour que Tetamanu ne soit pas un « Las Vegas » de la plongée

jeudi 7 février 2019

FC 2 Site web tetamanu village

Selon un spécialiste, « La disparition des animaux sera un jour telle que, progressivement, le nombre de visiteurs sous-marins diminuera. (Crédit : Site web tetamanu village)

 

L’an dernier, le documentaire « 700 requins dans la nuit » de Laurent Ballesta apportait un coup de projecteur sur la richesse de la vie sous-marine et nocturne à Tetamanu. Un splendide documentaire mettant en avant la passe sud de Fakarava, déjà considéré comme l’un des plus beaux endroits du monde pour faire de la plongée sous-marine. Le coin était déjà réputé mais, aujourd’hui, encore plus nombreux sont ceux qui désirent aller assister au balais des requins chassant à la lumière de la lune les mérous qui s’y reproduisent. Aujourd’hui une partie de la population de l’atoll s’inquiète donc des conséquences de plongées sans cesse plus nombreuses dans la passe à la nuit tombée.

Lancé il y a deux semaines, un collectif « lettre ouverte à » a réuni 300 signatures sur les 800 âmes que compte l’atoll paumotu. Le collectif indique soutenir les deux courriers adressés en octobre 2018 puis en janvier 2019 aux autorités de l’État, du Pays, de la commune, mais aussi aux associations de défense de la nature et surtout à la ministre du Tourisme.

« Le monde entier connait maintenant cette belle passe. C’est normal, surtout pour les passionnés de plongée, de vouloir venir voir ça de ses propres yeux. Le problème, c’est que la passe est fragile, il n’est plus possible de venir plonger de nuit. Il faut respecter les animaux et ne pas les solliciter sans cesse, de jour comme de nuit. Ce n’est pas Las Vegas, ce n’est pas une machine à fric. La nature a travaillé pendant des centaines de millions d’années pour nous donner ce joyau. Et maintenant, on le bousille en peu de temps au nom du fric. C’est inacceptable », résume Manihi Salmon. Le responsable d’une pension située à proximité de la place a profité de son passage à Tahiti pour se faire le porte-parole de ce ras-le-bol, habituellement dévolu à Etienne Maro. Pour appuyer sa demande, le collectif s’est également appuyé sur l’expertise de Philippe Molle, grand nom de la plongée sous-marine qui dresse un constat effrayant de l’évolution de la vie sous-marine à Tetamanu. « La passe sud de Fakarava est en train d’être gravement endommagée (…). Une récente sur-fréquentation a pour conséquence une dégradation déjà visible de sa biodiversité. »

 

Les plongées de nuit pointées du doigt

 

Le spécialiste cite ainsi l’éparpillement du grand banc de requins gris, les socles en béton et les câbles laissés par l’équipe de tournage de Laurent Ballesta et le corail détruit par les ancres de nombreux voiliers. De ses observations, le spécialiste a proposé des préconisations adoptées par le collectif (voir encadré) et adressées au ministère. Le collectif pointe également du doigt les manquements aux règles de l’urbanisme et les pontons construits illégalement par Sané Richmond (voir encadré). Le Collectif s’inquiète enfin de voir de nouvelles pensions se construire à proximité de la passe sud. « Cela n’est pas nécessaire, il y a déjà trois pensions et nous ne sommes pas toujours plein. Pourquoi en faire de nouvelles ? »

Avec une éventuelle interdiction des plongées nocturnes, le nombre de touristes vers l’atoll pourrait diminuer, mais là n’est pas l’essentiel pour Manihi Salmon. « Les plongées de nuit, c’est assez récent. Avant cela, pendant 20 ans, nous vivions quand même correctement. Nous ne voulons pas doubler ou tripler notre chiffre d’affaires, uniquement pour nager dans le fric. »

Le Paumotu craint que les nombreuses pollutions lumineuses perturbant la vie sous-marine donnent raison à la conclusion du rapport de Philippe Mole, quasiment une prophétie : « La dégradation des fonds marins et la disparition des animaux seront telles que, progressivement, ce nombre de visiteurs diminuera, jusqu’à devenir proche de zéro. » Les deux courriers adressés aux autorités de l’État, du Pays, de la commune et à la Ministre du Tourisme n’ont, pour l’instant, pas eu de réponse. La demande d’interview adressée hier à Nicole Bouteau n’a pas suscité plus de réaction. Le collectif de son côté, promet d’être plus virulent en cas de troisième courrier.

F.C.

 

 

 

Sané Richmond : « D’accord, si les autres centres de plongée ne viennent plus »

Nommément visé par la lettre ouverte, Sané Richmond est le propriétaire de la pension Tetamanu village qui propose également des plongées de nuit dans la passe qui se trouve à quelques pas. « Je ne suis pas tout-à-fait d’accord avec la demande d’arrêter les plongées de nuit. Mais je suis d’accord si on régule le nombre de plongées, c’est-à-dire que les autres centres de plongée basés au village ne viennent pas à Tetamanu, même dans la journée. Si c’est comme cela, moins de plongeurs viendront dans cette passe. C’est ce qu’ils veulent, je crois. »

L’homme regrette tout de même devoir priver Fakarava de l’un de ses principaux attraits. « Beaucoup de gens viennent surtout à Tetamanu pour la plongée de nuit. C’est ce qui les attire. » Il admet « ne pas vouloir arrêter. » Selon lui, Tetamanu n’en souffre pas. « J’y plonge depuis huit ans et tout ce que je sais, c’est qu’il y a de plus en plus de requins dans la passe. C’est normal que les requins deviennent plus agressifs la nuit, car ils chassent. Ils ne mordent pas les plongeurs. Selon moi, les plongées de nuit, cela ne va pas rompre l’équilibre mais des incidents peuvent arriver. » Deux de ses moniteurs ont d’ailleurs été mordus en l’espace de quelques semaines. « Pour voir plus de requins, ils veulent plonger vers 20 heures, où il y a plus de chasse. Pour éviter cela, les moniteurs devraient aller à l’eau plus tôt. »

Quant aux accusations portées par le collectif sur les pontons construits sans autorisation par Sané Richmond, ce dernier les balaye d’un revers de main. « C’est de la jalousie. J’ai une autorisation, j’ai une concession maritime. Par contre, à côté, il n’y en a pas. Pourquoi ils ne parlent pas ? »

 

Les mesures proposées par le collectif

  1. Définir le nombre de plongeurs par palanquée

  2. Définir le nombre de plongeurs en même temps dans la passe (gestion des clubs)

  3. Définir le nombre de plongeurs par jour

  4. Interdire des plongées nocturnes

Le collectif souhaite également une « législation spéciale concernant les unités de croisière spécialisées dans la plongée. Un bateau mouille régulièrement à Tetamanu avec 25 plongeurs à bord. Ces derniers, en plus, des plongées diurnes organisent des plongées nocturnes. »

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