Les familles Taha et Faara espèrent que c’est la fin de leur combat

    mercredi 21 septembre 2016

    combat

    La famille de Lucien Faara espère que l’État ne fera pas appel de la décision de justice, car cela fait de nombreuses années qu’elle attend réparation. (Photo : Marie Guitton)

    Le tribunal administratif de Papeete a condamné l’État, le 13 septembre, à indemniser les ayants droit de deux vétérans des essais nucléaires, Lucien Faara et Raymond Taha.  Aucun de ces deux hommes, qui avaient travaillé à Moruroa de 1966 à 1973 et de 1965 à 1981, emportés par la maladie il y a douze ans pour le premier et en janvier pour le second, n’aura pu apprécier cette reconnaissance.

     

    C’est l’une des victoires les plus fortes, grâce à laquelle on va pouvoir faire passer d’autres dossiers”, s’est félicité hier leur avocat Me Philippe Neuffer, en face des familles. “Je suis heureux pour vous. On a combattu ensemble pour arriver à ce résultat.” Le conseil a toutefois rappelé que la décision n’était pas encore définitive : “Aujourd’hui, il reste à savoir la position de l’État. Va-t-il faire appel ou exécuter spontanément ces décisions ?

     

    La décision exécutoire

     

    Trois fils, une veuve, une petite-fille et une arrière-petite-fille des victimes l’ont écouté attentivement. Le ministère de la Défense a en principe trois mois pour faire appel devant la cour administrative d’appel de Paris, dont le délai moyen de jugement est de quinze mois. En attendant, la décision prononcée par le tribunal administratif de Papeete est tout de même exécutoire. Les sommes seront donc versées aux familles, avec le risque qu’elles aient par la suite à les rembourser.

    L’avantage, c’est qu’on a déjà une décision du Conseil d’État qui est au-dessus de tout ça. La jurisprudence est déjà fixée. Donc, on a des chances que cette décision soit confirmée en appel, et l’on peut espérer qu’on aura des délais rapides…”, a soufflé l’avocat.

    En décembre dernier, la plus haute juridiction administrative française avait en substance annoncé ce qui a par la suite été modifié dans le décret d’application de la loi Morin : sans dosimètre ou suivi régulier des anciens travailleurs, impossible pour l’État d’invoquer les risques négligeables.

     

    “Il y a quinze ans, il se battait déjà”

     

    Pour dissuader l’État de faire appel, Bruno Barrillot encourage les familles et les associations à montrer leur indignation au haut-commissariat. “Quand j’ai rencontré Raymond Taha il y a quinze ans, il se battait déjà contre la leucémie. Je trouve ça inadmissible !”, s’est pour sa part ému Roland Oldham, le président de l’association Moruroa e tatou.

    Moi, franchement, j’aurais du mal si l’État faisait un autre recours… Là, ça suffit, plus de quinze ans, c’est insupportable. D’autant plus que les anciens travailleurs sont en train de mourir, et que ça va être de plus en plus difficile d’avoir des témoins oculaires pour défendre les 60 dossiers qu’il reste.

    Durant la décennie au cours de laquelle ont duré les combats de Lucien Faara et Raymond Taha, les conseils ont dû redoubler d’inventivité juridique. Les deux affaires ont suivi la même voie : refus de la Caisse de prévoyance sociale d’indemniser les victimes au titre de la maladie professionnelle, au début des années 2000, tribunal du travail de Papeete, chambre sociale de la cour d’appel…Et, en 2010, apparition de la loi Morin.

     

    Les demandes ont alors dû être portées devant le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen).
    Premier refus, annulé par le tribunal administratif, deuxième refus, à nouveau annulé par la juridiction. Expertise et, enfin, ces deux indemnisations, mais toujours en points de suspension. “J’ai la haine, a reconnu hier Matarii Metua, le fils fa’a’amu de Lucien Faara. Combien de temps on va devoir attendre ? Si quelqu’un pose une bombe terroriste, il va être jugé là, aujourd’hui. Et nous, on doit attendre quinze ans ?

    Le montant des indemnisations ne le satisfait pas non plus totalement : “Huit millions, pour trente ans qu’on leur a donnés ? Il y a un sentiment de joie, ça fait quand même assez longtemps qu’on attend cette reconnaissance, mais cette somme ne va pas ramener notre père… Et la cicatrice ne se refermera pas comme ça du jour au lendemain.

     

    Marie Guitton

     

        Retrouvez dans notre édition du Mercredi 21  septembre 2016 :       

    • Réaction : Bruno Barrillot, Délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires – “Il faut demander un rendez-vous au haut-commissaire”
    • Interview : Francky Taha, Dernier fils de Raymond Taha, ancien travailleur de Moruroa décédé en janvier – “J’aurais aimé que mon père soit toujours là pour l’entendre”
    • Encadré : En 2014, Raymond Taha s’était confié longuement

     

     

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