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“Far Away Places” de Tatiana Shanks : un court-métrage à succès sur les abus sexuels à Tahiti

mercredi 13 février 2019

1DG Shanks ciné Far

Vaitiare Hirshon est productrice exécutive du premier film de sa fille Tatiana Shanks. Toutes deux sont venues de Los Angeles pour la première présentation à Tahiti du court-métrage. (Crédit : Damien Grivois)

Le pire, c’est le silence. Tout le monde n’a pas envie de voir un film sur les abus sexuels, mais c’est important de regarder les choses en face.” Le propos est de Tatiana Shanks, une cinéaste californienne dont le premier court-métrage a reçu un accueil aussi enthousiaste qu’inattendu à l’échelle internationale. Avec “Far Away Places” (“Des lieux lointains”), projeté pour la première fois lundi soir à la Maison de la culture devant une centaine d’invités, la jeune femme aborde une thématique sensible, celle des violences sexuelles intrafamiliales à Tahiti.

À la fin des années 70, un jeune garçon de douze ans de Los Angeles (Kyle, interprété par le petit frère de Tatiana, Kenta Asars), se rend à Tahiti pour y visiter des proches. Durant son séjour polynésien à Punaauia, il découvre avec effroi que sa jeune cousine de neuf ans, Tea, est secrètement abusée par l’un des membres de la famille, un commerçant. Kyle s’en rend compte et décide alors de devenir son protecteur. La petite Tamahine, timide et très réservée, est à l’évidence perturbée par ce secret qu’elle garde en elle.

Je ne pensais pas obtenir un seul prix, ni même une simple nomination”, explique Tatiana Shanks. Et pourtant ! Aux États-Unis, en Italie, en Espagne, au Canada, en France, en Allemagne, en Australie… le court-métrage a raflé en deux ans plus d’une trentaine de prix : meilleur scénario, meilleure réalisatrice, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure musique de film ou encore prix du public.

Far Away Places” n’a pas été sélectionné pour le Festival international du film documentaire océanien (Fifo), ce qui ne pose pas de problème à la cinéaste. “Mon film est inspiré de faits réels qui m’ont été rapportés par ma maman, mais il ne s’agit pas d’un documentaire.”


Premier film prometteur


“Ce premier court-métrage était un challenge, un test pour moi”, admet Tatiana Shanks qui a suffisamment de personnalité et de détermination pour imposer ses choix. “J’ai écrit moi-même l’histoire de ce qui devait initialement être un long métrage. C’est mon film, j’ai cru en ma vision et je l’ai défendue.”

Lundi soir, dans le petit théâtre de la Maison de la culture, les invités de la première projection privée à Tahiti (après une première séance également organisée à Los Angeles récemment) ont applaudi et félicité la jeune cinéaste pour ce travail prometteur. Une fierté légitime pour sa productrice exécutive de maman, Vaitiare Hirshon, qui séjourne avec elle pendant une semaine au fenua, en famille, à Punaauia. Vaitiare, une enfant de Tahiti qui ne cache pas son bonheur de retrouver son île natale après sa dernière visite, il y a deux ans, lors du tournage du film. “J’ai cessé la chanson et réduit mon activité d’actrice à Los Angeles, mes enfants étaient ma priorité. Et puis j’aime bien la production.”

Le film ne sera pas présenté au public tant qu’il sera en concours dans des festivals, et on apprend qu’il vient d’être sélectionné en Russie. Vaitiare Hirshon est également une vahine investie dans le respect des droits des femmes de tous âges. “J’adore les enfants. Les violences sur eux, c’est insupportable mais ça arrive. Il faut en parler.” Elle est d’autant plus convaincue de la nécessité de briser la loi du silence qu’elle a elle-même assisté au séisme provoqué par l’affaire Harvey Weinstein. “Le mouvement des “me too” est en train de tout changer à Hollywood. Les mots et la vérité se libèrent.”

Damien Grivois

 

 

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Tea, interprétée par Meleana Hirshon, est victime d’abus sexuels. Son cousin américain Kyle, joué par Kenta Asars, le comprend et décide de devenir son protecteur.



 

“Les films, c’est ma thérapie”

 

Tatiana Shanks, jeune réalisatrice

Le cinéma, c’est ce que je fais et ce que je veux faire. Les films, c’est ma thérapie. Je suis née à Los Angeles en 1998, j’y suis restée jusqu’à l’âge de 13 ans avant de rejoindre Vancouver. Je suis franco-américaine et aurai également bientôt la nationalité canadienne. J’ai suivi des cours à domicile à partir de mes 16 ans et ai commencé à étudier le cinéma. J’ai toujours baigné dans un environnement artistique grâce à ma famille : cinéma, peinture, photographie, littérature… Quand j’avais cinq ans, j’ai trouvé un appareil photo avec fonction caméra et j’ai réalisé mes premiers films avec mes poupées ! J’aime le monde de l’imaginaire. Je voulais être actrice depuis toute petite puis en grandissant, j’ai constaté que je me sentais mieux derrière la caméra que devant. Après mon premier court-métrage, j’essaie de passer à la suite. Je travaille sur l’écriture d’un court-métrage de cinq minutes sur la violence à l’école. Mais je pense aussi à la mise à l’écran d’un roman, donc une thématique plus légère !”


 

L’équipe du film Far Away Places (2018)

écrit et dirigé par Tatiana Shanks.

Avec Kenta Asars, Manu Bonnefin, Tina Buisson, Marie Dasse, Julien Gué, Meleana Hirshon, Vaitiare Hirshon, Kevin Johnson, Tony London, Mele, Perina Riveta, Tukaumarama, Tevaite Vernette.
• produit par Vicky Cornell, Vaitiare Hirshon, Tony London et Christopher Wagner.
• Cinématographie par Ben Enke.

Édition par Chris Arnold.

Casting par Manu Bonnefin.

Assistants de direction : Tony London et Tareparepa Teinauri.
• Son : Raimana Loussan.

Musique : Toni Cornell et Mark Spiro.

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