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“Il faut croire en ses rêves”

lundi 26 juin 2017

Alexandra Caldas

Alexandra Caldas et son coéquipier Matthieu Forge
s’apprêtant à ramer ensemble pour la première fois,
à la marina Taina, à Punaauia, hier. (© Pauline Lefebvre)


Alexandra Caldas, double greffée des poumons, est arrivée vendredi dernier au fenua. Elle arrive pour relever un défi qu’elle s’est lancé : relier Tahiti à Moorea en aviron pour sensibiliser au don d’organes. Son premier entraînement s’est tenu hier, à la marine Taina, à Punaauia.

Arrivée au fenua vendredi dernier, Alexandra Caldas, atteinte de la mucoviscidose depuis sa naissance et greffée des deux poumons, il y a cinq ans, s’est entraînée pour la première fois à la marina Taina, à Punaauia, hier, dans les conditions de la traversée Tahiti-Moorea en aviron prévue le 5 août.

Durant un mois, accompagnée de son ancien kinésithérapeute et ami, Matthieu Forge, la jeune femme de 21 ans va suivre une préparation intensive de trois séances d’aviron par semaine, pour être prête le jour J.

Ensemble, ils ont monté le projet Rame avec Alexandra, un défi sportif d’ampleur pour l’étudiante, qui a commencé l’aviron, il y a seulement six mois.
La traversée se fera le 5 août, une période de l’année où l’air est plus sec et les températures en baisse, préférable au vu des conditions de santé de la jeune rameuse.
L’ambition de cette traversée de 17 kilomètres est qu’elle devienne un événement annuel pour une cause de santé.

Afin de célébrer cette initiative, une centaine de rameurs se joindront au duo le 5 août. Des activités nautiques seront également mises en place, à l’initiative de l’association Un don de vie, qui œuvre à la sensibilisation pour le don d’organes.
Pour son premier entraînement sous le soleil polynésien, Alexandra Caldas a parcouru près de dix kilomètres avec son coéquipier. Tous deux ont accepté de livrer leurs premières impressions à La Dépêche de Tahiti et de revenir sur leurs motivations pour réaliser ce défi.

 

Après de longs mois de préparation, comment s’est passé ce premier entraînement en Polynésie ? Quelles ont été vos appréhensions ?
Alexandra : Ça a été sportif. Avec la chaleur, j’ai dû m’hydrater souvent. J’étais un peu stressée car je voulais vraiment bien faire. C’était ma première sortie en aviron avec Matthieu et cela m’a fait très plaisir de partager ça avec lui. C’était très émouvant et tout s’est très bien passé.
Être ici aujourd’hui, alors que l’on m’a toujours dit qu’il serait impossible pour moi de voyager, est juste irréel et magique.
Matthieu : C’était un bonheur, une preuve que l’on peut accomplir l’impossible. On vient du même club et donc la même “ramerie”.

C’est facile de ramer avec elle et comme elle est légère, c’est très souple. Au premier coup d’aviron, c’était parti.
Ce dont j’ai eu le plus peur a été l’adaptation en conditions extérieures avec le soleil, la chaleur, les vagues, etc.
Alexandra est une autodidacte, donc je ne m’inquiétais pas pour elle. L’aviron est inné chez elle. Nous avons un mois pour faire des essais, s’entraîner sur un aviron double de mer de 60 kilogrammes et synchroniser les gestes.
Maintenant il ne faut rien laisser au hasard, que ce soit sur le plan physique, technique ou de la santé.

 

Dans le cadre de votre maladie, vous avez vécu de longs mois à l’hôpital et perdu une grande partie de votre masse musculaire. Comment est-ce que l’on décide un jour de faire une traversée de 17 kilomètres en aviron ?
Alexandra : À ce stade, tout le corps doit être remusclé. Je me suis inscrite à l’aviron en septembre dernier, alors que cela faisait presque dix ans que je n’avais pas fait de sport. Cela m’a tout de suite plu.

L’objectif après ma transplantation a été de me dépasser un peu plus chaque jour. Il fallait que j’aille de défis en défis.
Matthieu m’a boosté, c’est grâce à lui que j’ai commencé à vivre de nouvelles choses et tester mes limites. Sans lui, il n’y aurait pas eu de sport ni de Tahiti.
Matthieu : La préparation physique doit être effectuée en douceur car il s’agit de solliciter des muscles qui n’ont jamais travaillé auparavant.
Et puis Alexandra est une râleuse. Quand je l’ai connue, c’était une adolescente qui en avait déjà marre de sa maladie.
La pratique d’un sport ne s’est pas faite immédiatement, cela a pris du temps. Au départ, je me suis lancé le défi de la faire chanter, puis de faire du vélo, du surf, de la montagne, etc. Le but était qu’elle s’extériorise, sorte de sa carapace. Je lui disais que ça allait être dur, mais qu’on allait le faire quand même. Elle pouvait râler, mais on allait y arriver.

 

Que vous a apporté la préparation de ce projet ?
Alexandra : Aujourd’hui, j’assume ma maladie, chose que je refusais de faire auparavant. J’ai toujours pris mes traitements, mais je l’ai caché à mes amis ou mes camarades. Je ne voulais pas en parler.
Maintenant, cela va mieux. J’ai envie de sensibiliser les gens à la mucoviscidose et surtout au don d’organes.
En quelque sorte, j’ai réussi à donner de l’espoir aux gens. Des amies, qui ne pratiquaient aucun sport, courent régulièrement à présent. Je reçois des témoignages, dont celle d’une petite fille de 4 ans, à qui j’ai redonné espoir.
J’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont subi une transplantation et des personnes atteintes de la mucoviscidose.
Par ailleurs, mobiliser les gens au don d’organes est essentiel.

En règle générale, si nous ne sommes pas concernés par le problème, nous n’en parlons pas.
Une personne peut en sauver sept, et la greffe fonctionne réellement ! J’en suis la preuve. Il faut que les gens parlent du don d’organes entre eux, au sein de leur famille, parce que cela sauve des vies.
Si je peux faire passer un message aux personnes malades, j’aimerais leur dire qu’il faut croire en ses rêves.

 

D’un point de vue personnel, qu’est-ce que ce défi représente pour vous ?
Alexandra : Réussir la traversée sera un exploit pour moi. Il faut que j’arrive à me prouver que je peux avancer petit à petit.
Et puis le cinq août est une date symbolique. Ce sera le jour de la traversée, l’anniversaire de Matthieu et cinq ans depuis ma transplantation.
Puis nous sommes en 2017, nous allons faire 17 kilomètres et mes poumons ont eu une durée de vie de dix-sept ans, c’est un signe non ?
Matthieu : Alexandra est devenue une raison de vivre pour moi. Je lui donne autant qu’elle me donne.
Depuis que l’on s’est rencontré, on a tout de suite accroché, quelque chose s’est tout de suite créé. Ce défi représente un avenir rempli d’espoir et de nouveaux challenges avec elle. 

 

 

Pauline Lefebvre

Orianne Obrize
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