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Ven

29

Jan

2010

“J’arrivais en terre “incognita”… je ne suis pas déçue”
Fenua - Culture
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FIFO 2010 - Interview de Florence Aubenas, présidente du jury du Festival du documentaire océanien actuellement à Papeete

aubenas150.jpgJournaliste et écrivain, cette belle “plume” a effectué une grande partie de sa carrière au sein du quotidien Libération comme grand reporter. Lors d’un reportage en Irak, en 2005, elle a été retenue en otage pendant plusieurs mois. En 2005, cette grande professionnelle a publié un ouvrage d’investigation “La Méprise”, consacré au procès d’Outreau. Elle est l’une des premières journalistes à avoir fait part de ses doutes concernant la culpabilité des accusés. Le 2 juillet 2009, elle a été élue à la tête de l’Observatoire international des prisons. Elle écrit désormais pour l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur.

La Dépêche de Tahiti. Vos premières impressions sur la Polynésie ?

Florence Aubenas. Il est toujours étonnant de découvrir l’envers d’une carte postale, pour moi jusqu’à présent, c’était surtout cela. De temps en temps, en métropole, on prend la température du lagon, et on a des nouvelles de Gaston Flosse ! C’est à peu près les deux baromètres de l’île… Il y a un effet de réel, j’étais étonnée, notamment, de constater à quel point le mouvement religieux est important ici. Nous avons beaucoup de chance car nous avons parmi les membres du jury, Emmanuel Kasarherou, directeur du centre Tjibaou en Nouvelle- Calédonie et Viri Taimana, qui dirige le centre des métiers d’art de Polynésie française ! Par bonheur, ils nous expliquent avec beaucoup de finesse, de nombreuses choses qu’on ne maîtrise pas. J’ai ainsi appris avec Viri, que la pointe Tataa qui se trouve à proximité du Beachcomber, était le lieu de l’envol des âmes. J’ai fait le parallèle avec un film que j’avais vu le matin sur Hawaii. C’est très intéressant, cela nous permet de nous connecter plus vite à ces réalités, grâce à des gens de qualité. Ils sont très patients avec nous qui débarquons pour la plupart de métropole avec nos certitudes.

Des certitudes, vous ne devez plus en avoir trop, j’imagine ?

Oui c’est vrai, mais il en reste toujours un peu… (Rires) Le magazine


Télérama vous a qualifiée de “grand reporter de l’inattendu”, (à la sortie de votre livre “Grand Reporter”) : comment auriez-vous couvert le Fifo, qui est plein d’inattendu pour vous ?

Je trouve très belle la thématique sur le câble et le fait de relier les îles. C’est très intéressant. L’arrivée d’images sur l’extérieur on fait ce qu’on peut en faire, ce n’est pas évident de recevoir ces images numériques et de faire émerger en même temps des images locales. La mondialisation, avec toute la réserve qu’on peut y mettre, fait surgir aussi le local. Je serais donc curieuse de savoir ce que les gens voudraient envoyer de chez eux vers l’extérieur. C’est toujours difficile d’être confronté à une culture majoritaire et j’essaierais donc savoir ce qu’ils voudraient envoyer chez eux de l’autre côté. C’est là-dessus que j’aurais travaillé. On parle de la vision de l’un et de l’autre.

On a beaucoup parlé de l’Occident… Pensez vous que celui-ci a interprété, voire s’est approprié l’Autre ?

Bien sûr, avec ses “gros sabots”… Quand on se trouve dans des enjeux de colonisation, de culture majoritaire, quand on est toujours le plus petit et le dernier servi, je comprends qu’on ait un discours qui semble de l’extérieur répétitif et obstiné. Mais c’est normal, parce que sinon il ne passe pas ! On a raison d’être têtu quand on est dans une telle situation parce qu’il n’y a que comme cela que ça passe. Je trouve qu’ici, il y a une identité forte, on n’est pas du tout dans un endroit où l’on sert des “coconut drink” au bord de la plage !

Cela vous étonne quelque part un peu ?

Oui j’avoue que j’avais une vision tronquée des choses. Je pensais que la colonisation avait plus “aplati” les choses. C’est très rassurant. J’aime la façon dont les gens nous parlent ici, avec gentillesse et respect. On nous donne notre chance et c’est un vrai partage qu’on propose. C’est sincère.

aubenas400.jpgVous qui êtes sensible à la détresse des invisibles – vous vous intéressez d’ailleurs aux plus démunis dans votre livre à paraître, “le Quai de Ouistreham”-, vous sentez-vous interpellée par la détresse et la situation souvent précaire des communautés d’Océanie, pour la plupart victimes de la colonisation ?

On m’a parlé d’un quartier démuni de Tahiti, j’aimerais y aller, parce que je sais qu’il y a des gens qui vivent des choses pénibles ici. J’espère pouvoir m’y rendre avant mon départ… On sent une grande solitude et une grande détresse dans les films qu’on a pu voir depuis quelques jours, notamment à cause de la colonisation qui a beaucoup éloigné les populations de leur culture… . Oui il y a d’ailleurs une phrase qui m’a marquée : “les exilés dans leur propre pays”, c’est vraiment ça. On le sent ici.

Croyez-vous que l’Océanie soit un des derniers territoires, du moins le plus méconnu, où il y a encore des tas d’endroits à découvrir, de personnages à rencontrer et d’histoires à raconter ?

Ah oui tout à fait. On a tous un point de vue sur l’Afrique ou l’Asie, alors qu’ici, c’est un continent oublié. On redécouvre un continent oublié. Mais ça protège aussi d’être oublié !

Vous avez eu une jolie phrase que tout le monde a reprise, vous avez dit que : “Le Fifo est un de ces endroits minuscules qui rendent le monde plus grand”… Avezvous conscience de l’éclairage que vous pouvez apporter, vous personnalité des médias, à ce festival, à cet endroit du monde ?

Si c’est le cas, c’est formidable. Je pense que c’est quelque chose qui compte, faire naître des images ici, c’est participer à une aventure incroyable et merveilleuse.

Qu’attendez-vous de ce festival ?

J’avoue que je n’aime pas trop ces endroits et ces manifestations dans lesquelles je ne me retrouve pas… Quoi qu’il en soit, j’étais très avide de voir cette production, j’arrivais en terre “incognita”… je ne suis pas déçue. C’est incroyable d’ailleurs de voir qu’entre nous et notamment selon d’où nous venons, on ne reçoit pas les images de la même façon. C’est une expérience formidable ! Plonger dans l’inconnu c’est génial.

Qu’allez-vous emporter comme image ?

Sans doute celle de l’envol des âmes, cet endroit que j’ai eu en face de moi pendant plusieurs jours et qui a éclairé les choses d’une manière inattendue. Je reviendrai, j’en suis certaine…

Propos recueillis par Dominique Jezegou

Commentaires (4)Add Comment
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bizarre
Par Digitale, janvier 30, 2010
Bizarre que cette femme à la tête de l'association "L'observatoire international des prisons" ne cherche pas à visiter l'hôtel NUUTANIA. Elle aurait là un sujet de reportage qui ferait sensation dans le nouvel obs...
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déçue aussi
Par MARIETA, janvier 30, 2010
C'est tout ce qu'elle retient ???pas trés intéressant son constat. Quartier démuni de Papeete, colonisation !!!!, l'envoi des âmes. Elle a fait tous ces kms pour voir ça ???Moi aussi, je suis déçue.
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...
Par CC, janvier 30, 2010
Florence et sa noblesse d'âme légendaire touchée par l'envol des âmes océaniennes, l'image éclaire s'il le fallait le personnage et lui rend hommage. Aucun doute, elle reviendra...
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Tataa est devenue une prison
Par puhi tari'a, février 01, 2010
mauruuru CC,
j'ajouterai que la noblesse d'âme de Florence lui a permis de vite comprendre que l'avenir qui se dessine sur la colline Tataa ressemblerai à un rampart empêchant les âmes de nos chers défunts de s'envoler librement vers les lymbes de hava'iki.
n'en déplaise à Marieta et à Digitale, Florence a bien visité une prison a Tahiti, Tataa la prison des âmes ma'ohi.

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