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16

Sep

2009

Comment il est devenu incontournable
Fenua - Politique
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LA LÉGENDE - Coups de gueule, coups d’éclats et scandales

Voilà presque trente ans que toute la vie politique polynésienne tourne autour de Gaston Flosse. C’est pour cela que la décision du Sénat a pris une telle importance. Car à force de monopoliser l’attention sur lui, il s’est forgé un personnage que l’on déteste ou que l’on admire. Et les multiples affaires judiciaires qu’il traîne depuis 1991 n’ont pas entamé son capital affectif auprès d’une bonne partie de la population. Car il sait être attachant par ses coups d’éclat et son audace, voire par son insolence. Petit retour sur quelques-uns des épisodes – quelques-uns seulement, car il y aurait tant à raconter ! – qui ont forgé ce que l’on pourrait presque appeler “la légende Flosse”.

(Y. F.)

La troisième voie “au pas de charge”

Gaston Flosse a horreur qu’on lui rabâche les oreilles avec des problèmes “insolubles”. Il finit toujours par ruer dans les brancards pour ne plus en entendre parler. En cette année 1999, ce sont les embouteillages, pour rentrer et sortir de Papeete, qui sont dans toutes les conversations. Les automobilistes, citoyens-électeurs, n’en peuvent plus, et personne ne trouve de remède pour les apaiser. Le 15 juillet 1999, le président Flosse surgit donc sur le front de mer de Papeete, pour prendre les choses en mains. Et il est sacrément remonté. Le voilà donc en géomètre, ingénieur des travaux et urbaniste, un mètre à la main, pour “inventer” et dessiner une troisième voie, qui n’existe pas sur le front de mer de Papeete. Le but étant de terminer les travaux en moins d’un mois, c’est-à-dire avant la rentrée scolaire.

(…) Sinon, je vais vous botter le derrière

“Impossible”, lui ont pourtant répété les entrepreneurs et les ingénieurs autour de lui. Gaston Flosse se fâche, mais garde un certain sens de l’humour lors d’une réunion de chantier menée tambour battant. Il annonce en guise d’avertissement : “Moi, je dis que c’est possible de faire cette troisième voie avant la rentrée scolaire. Et je dis à tous ceux qui ont envie de me démontrer le contraire : vous avez intérêt à avoir des arguments solides, car sinon, je vais vous botter le derrière !” Personne ne s’y risquera. Le chantier de l’improbable troisième voie de Papeete démarre la nuit, à cadence forcée. Le Président y veille, et vient en personne à n’importe quelle heure de la nuit, pour surveiller l’avancement des travaux. À la rentrée scolaire quelques semaines plus tard, Gaston Flosse est encore là à l’aube, pour faciliter la circulation sur la nouvelle troisième voie. Infatigable. Les entreprises qui ont participé espèrent, elles, ne plus jamais avoir à faire à un tel chef de chantier, intraitable !

Le ministre et le prisonnier

C’est ce que son fan-club met volontiers en avant en premier : sa fidélité en amitié. Et le 16 janvier 1987, Gaston Flosse en fait une démonstrationmagistrale etmédiatique, à ses risques et périls. Le conseiller territorial Tahoeraa, Guy Sanquer, est en effet inculpé pour abus de confiance, faux et usage de faux en écritures privées. La Chambre de l’instruction décide de son placement en détention. Révolté par cette décision, Gaston Flosse – alors secrétaire d’État dans le gouvernement de Jacques Chirac – réunit tout le gouvernement et les élus orange devant les portes de Nuutania, pour un vibrant hommage à Guy Sanquer, avant que celui-ci ne rentre en prison. Larmes, accolades, couronnes de fleurs, la scène est émouvante. Tout en se déclarant respectueux de la justice, le Tahoeraa estime, dans un communiqué, que “cette décision ne se justifiait pas”.

Un ministre de la République prenant ainsi partie dans une affaire judiciaire, c’est un acte plutôt inhabituel. Et qui déclenche de nombreuses protestations à Papeete comme à Paris, de la part de ceux qui y voient là “un défi à la justice”, et même “la négation de son indépendance”. Mais Gaston Flosse, lui, assume comme à son habitude. Et il enfonce le clou : il prend aussitôt l’avion pour Paris, avec l’avocat de Guy Sanquer, afin de demander au Garde des sceaux que le juge d’instruction de Papeete soit dessaisi du dossier. “Gaston, tu as fait une connerie !”, lui dira Jacques Chirac, comme Gaston Flosse le raconte quelquesmois plus tard auNouvel Observateur. Mais il ajoute : “Si c’était à refaire, je le referais”. Jacques Chirac lui conseille, tout de même, de prendre un peu de recul, et il cède finalement le fauteuil de président du gouvernement à Jacky Teuira, quelques semaines après ce déplacement audacieux aux portes de Nuutania.

Il se paye Michel Jau, le haut-commissaire

Tous les hauts-commissaires, nommés en Polynésie depuis le début des années 80, ont vite appris, et souvent à leurs dépens, à quel jeu Gaston Flosse les invitait : au chat et à la souris. Et les méchants coups de griffes, c’est l’élu polynésien qui avait pris l’habitude de les donner aux représentants de l’État. Michel Jau lui, haut-commissaire de 1992 à 1994, avait tiré le premier dès son arrivée… en provenance du cabinet de François Mitterrand, où l’on n’appréciait guère le bouillant Gaston Flosse. Rien ne lui fut épargné donc : budget du gouvernement rejeté et placé sous contrôle de l’État, recours devant la justice administrative, contrôles stricts des actions de la majorité orange de retour au pouvoir, les relations étaient à l’époque courtoises et glaciales entre les deux voisins de la place Tarahoi. Mais en 1993, le pouvoir socialiste est balayé aux élections législatives, et la droite revient aux affaires pour une nouvelle cohabitation. Gaston Flosse est comme un chat en embuscade : il sait qu’il aura bientôt sa revanche.

Le 5 juillet, il convoque la presse en dernière minute, juste avant son départ pour Paris. “Un conseil, ne manquez pas sa déclaration à l’aéroport de Tahiti-Faa’a”, explique son entourage aux journalistes. Qui enregistrent alors dans le salon d’honneur de l’aéroport, stupéfaits, un violent réquisitoire contre Michel Jau. “Le haut-commissaire n’a plus sa place dans ce territoire”, lâchet- il, en l’accusant d’avoir aidé à la rédaction d’un communiqué de l’opposition au sujet d’un incident de protocole, lors du défilé du 29 juin. Quelques jours plus tard, comme par hasard, la nouvelle tombe, officiellement, cette fois : le gouvernement parisien a décidé de remplacer Michel Jau par Paul Roncière. Après avoir violemment exigé son départ – en ayant certainement appris la décision en avance – Gaston Flosse peut se faire passer pour “l’exécuteur” du haut-commissaire. Question de prestige et de satisfaction personnelle. Même si à Paris, on n’apprécie pas du tout qu’un élu joue ainsi avec un haut fonctionnaire de la République. Et on le lui fait savoir. Mais ça ne fait rien : il ne regrette pas de s’être “payé” ce haut-commissaire qui voulait le descendre.

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